Les conseillers indépendants Pierre Tardif et Jean-François Rouleau ont suggéré à Annie Godbout de ne pas se précipiter dans la course à la mairie contre Bernard Sévigny avant que d'autres candidats pressentis aient complété leur réflexion. Un nouveau nom circule, celui de Steve Lussier, 42 ans, qui provient du milieu de la finance et qui déclare ouvertement que Sherbrooke a besoin de changement à la mairie.

Annie, Steve, Benoît et les autres

CHRONIQUE / Des tractations de coulisses dévoilées publiquement placent la conseillère Annie Godbout dans une position délicate en faisant ressortir des réserves face à sa candidature à la mairie chez des conseillers municipaux qu'elle voudrait sûrement parmi ses alliés.
Jean-François Rouleau et Pierre Tardif se défendent d'avoir cherché à dissuader Mme Godbout d'affronter Bernard Sévigny, mais les deux admettent lui avoir exprimé en privé ces derniers jours la crainte que ses ambitions personnelles puissent bousiller des efforts concertés pour renverser le maire actuel.
J'y reviendrai un peu plus loin, mais voici d'abord le curriculum de l'un noms courtisés par les adversaires du maire sortant et qui n'avait pas encore circulé : Steve Lussier, 42 ans, directeur au développement hypothécaire à la Banque Nationale.
« Je ne m'en cache pas, la mairie pourrait m'intéresser. Je rencontre et je consulte des gens. Par contre, je n'ai encore rien décidé », affirme-t-il.
Si la réflexion n'est pas complétée, elle est déjà campée avec une opinion tranchée.
« Tout n'est pas mauvais dans la gestion du maire, mais ses projets sans plan d'affaires me laissent perplexe. Je pense que Sherbrooke est mûre pour un changement à la mairie », juge M. Lussier.
Dans le langage réservé du milieu des affaires, de telles critiques sont rarement exprimées. La diplomatie et les noeuds de cravate se desserrent seulement une fois qu'une candidature est annoncée.
Les conseillers Rouleau et Tardif connaissaient l'intérêt de cet éventuel candidat de l'externe. Idem pour leur collègue Hélène Dauphinais. Même Annie Godbout avoue avoir déjà échangé avec M. Lussier.
« Il n'a cependant pas été question de stratégie commune. Je ne sais pas pour lui, mais ma décision ne dépendra pas nécessairement de la sienne », précise Mme Godbout tout en niant l'intention d'annoncer sa candidature dès cette semaine.
L'homme d'affaires Dany Sévigny est quant à lui rentré d'un mois de vacances lundi en délibérant toujours.
« Ma réflexion se poursuit. Elle est orientée sur mes idées et non sur qui annoncera sa candidature en premier », commente-t-il.
La réalité étant par contre que plus il y aura de prétendants, plus les chances de Bernard Sévigny d'obtenir un troisième mandat augmenteront avec la division du vote de protestation. Rappelons que M. Sévigny est devenu maire de Sherbrooke en 2009 au terme d'une lutte à trois, avec 34,4 % des voix et une mince majorité de 122 voix. L'ex-maire de Rock Forest, Benoît Charland, a lui aussi été approché en vue d'un possible retour en politique municipale.
« C'est vrai et ce ne serait pas dans un district. Ce serait à la mairie, sans liens avec le nouveau parti », précise-t-il.
Comme il est probable que le futur chef de Sherbrooke Citoyen posera sa candidature à la mairie, les électeurs auront vraisemblablement au moins deux choix en novembre prochain.
Ni Benoît Charland, ni Steve Lussier ou Dany Sévigny n'entretient toutefois de liens avec cette nouvelle formation politique. C'est également comme candidate indépendante qu'Annie Godbout songe à la mairie.
Retour sur les jeux de coulisses de vendredi dernier.
« Oui, j'ai exprimé à Mme Godbout des préoccupations à l'effet qu'un engagement improvisé et prématuré pourrait compromettre l'objectif de déloger M. Sévigny. Sans prétendre que la candidature d'Annie n'est pas valable, je lui ai suggéré d'attendre que chacun ait complété sa réflexion afin de pouvoir allier nos forces », avoue sans détour le conseiller Jean-François Rouleau.
« Ça restera toujours la prérogative d'Annie de déposer ou non sa candidature. Mon questionnement est à savoir si elle dispose d'une organisation assez structurée ainsi que de moyens financiers suffisants pour battre le maire », admet aussi Pierre Tardif.
Outre son passé d'élu municipal, M. Tardif a contribué à l'élection des députés Pierre-Luc Dusseault, à Ottawa, et de l'actuel ministre Luc Fortin, à Québec, dans le rôle stratégique de directeur de campagne.
Le quatuor de conseillers municipaux indépendants ayant discuté de la mairie était complété par Hélène Dauphinais.
« Je suis mal à l'aise de commenter des conversations privées. C'était à la base une rencontre de partage d'information sur différents sujets, comme nous en faisons régulièrement. Je ne ferai de cabale pour personne, je me prononcerai lorsque je connaîtrai toutes les options », réagit Mme Dauphinais.
Annie Godbout ne se montre pas agacée par les interrogations soulevées. Elle ne perd cependant pas de temps à s'en détacher.
« MM. Rouleau et Tardif sont deux politiciens d'expérience et je veux bien les écouter. J'ai seulement le goût de dire que si jamais je me lance, je le ferai pour les bonnes raisons. Pour mes convictions et mes idées, pas nécessairement en fonction d'un quelconque cadre stratégique. »
La dissidence entre dissidents. Le maire Sévigny doit être mort de rire.