La fonte rapide des glaces espérée par les pêcheurs, afin que le lac Massawippi soit à l’eau libre pour l’ouverture de la nouvelle saison dans une semaine, les oies la souhaitent aussi. Si la nourriture est abondante dans les champs, leur dortoir sécuritaire est restreint cette année.

Allez Galarneau, sinon l’ouverture est à l’eau!

CHRONIQUE / Ce n’est plus qu’une affaire de flair de marmotte. Cette fois, les météorologues sont catégoriques : la cassure entre l’hiver et le printemps se produira au cours des prochains jours avec une chaleur qui sera persistante.

À une semaine, jour pour jour, de l’ouverture de la saison de pêche, le soleil devra être vaillant pour passer à travers le couvert de glace qu’il n’a pas encore attaqué de front et qui n’a guère été exposé non plus aux grandes pluies. Allez Galarneau, sinon l’ouverture est à l’eau!

Manifestons solidarité et empathie envers les bernaches qui, elles, sont actuellement à l’étroit pour dormir.

« Avec aussi peu d’endroits dégagés, l’espace pour elles est restreint » relève Philip Church, un riverain du secteur de Hatley.

M. Church est un témoin privilégié puisque sa propriété est au point de rencontre du ruisseau et du lac qui porte le même nom. Un carrefour où la glace fond plus rapidement que dans les baies. Or, comme c’est le cas dans tout le bassin versant, le débit du ruisseau Massawippi est faible en l’absence de pluies continues, qui vident en même les champs et les forêts à la fin d’hivers enneigés.

Peu de pluie, peu de neige, donc moins de courant pour accélérer l’érosion de la glace par le dessous pendant que le soleil et le vent grugent le dessus.

Au zénith des périodes migratoires, 500, 1000 oies, possiblement plus, en tout cas trop pour les compter à l’unité, arrivent des champs à la tombée du jour et se cantonnent pour la nuit au lac Massawippi de même que sur plusieurs autres plans d’eau de la région où elles ne risquent pas d’être surpris par des prédateurs terrestres Les oiseaux retournent faire le plein dans les champs aux premières lueurs du matin avant de poursuivre leurs périples saisonniers. Cette année, la nourriture accessible est abondante, c’est l’offre d’hébergement sur nos lacs encore figés qui est plus limitée.

Qu’est-ce qu’elle font alors les oies?

« Elles se perchent exceptionnellement dans les arbres... » risque une collègue. Juste pour rire, tentez l’expérience d’essayer de rester en équilibre ou agrippé à une branche avec des palmes aux pieds.

Non, le cerveau des meneuses de troupes a emmagasiné le souvenir qu’en pareilles conditions, le mieux est d’écourter l’escale estrienne pour atteindre plus rapidement les battures du Saint-Laurent, qu’elles savent l’hôtel le mieux coté par Trivago. Les plaines longeant le fleuve sont également pour elles de bons restaurants

Les oies étant capables de se débrouiller, c’est moi, ainsi que tous les autres pêcheurs que vous devez éclairer, M. Church : y a-t-il des chances qu’on puisse pêcher en embarcation dans une semaine au lac Massawippi?

« Je n’ai pas osé m’aventurer sur le lac ces derniers jours, mais j’ai mesuré jusqu’à 28 pouces de profondeur dans des trous la semaine dernière. Par contre, ce n’est pas que de la glace dure. Il y a superposition de couches de glace, de neige et d’eau. Quand le soleil plombe et que ça fond nuit et jour, la glace peut perdre jusqu’à deux pouces par 24 heures » a observé dans le passé le riverain qui préside le Club de conservation du lac Massawippi.

Glace ou pas, la 50e édition du tournoi de pêche de cette association aura lieu comme prévu du 27 avril au 6 mai.

« Nous n’avons jamais annulé l’événement. À ce que je sache, le couvert de glace n’a jamais tenu pendant toute la durée du tournoi et je serais extrêmement surpris que cela se produise cette année », ajoute M. Church.

« Ça risque effectivement d’être assez juste pour mes premiers clients, à qui je ne pourrais offrir d’autres dates à court terme car mon carnet de réservation est plein jusqu’à la fin du mois de mai. Mais j’ai aussi confiance qu’après tout au plus quelques jours d’attente, la glace aura disparu » souscrit le guide de pêche Hugues Sébire.

Ce lac est habituellement le plus précoce. S’il y a encore de la glace au Massawippi pour l’ouverture, ce sera le cas pas mal partout.