Moule zébrée

Agir avant qu’il soit trop tard

ÉDITORIAL / La présence de moules zébrées dans le lac Memphrémagog, de même que dans le lac et la rivière Magog, avec la crainte de la prolifération de cette espèce envahissante dans d’autres plans d’eau, notamment le lac Massawippi, posent un immense défi écologique pour la région.

Bien que la situation ne soit pas encore alarmante, cela illustre la vulnérabilité de nos écosystèmes et démontre la nécessité de resserrer la réglementation actuelle, notamment pour ce qui est du lavage des embarcations (à moteur ou pas) avant leur mise à l’eau.

L’inquiétude est grande au lac Massawippi où l’organisme Bleu Massiwippi rappelle que les risques d’introduction et de prolifération y sont plus élevés qu’au lac Memphrémagog en raison des caractéristiques de son eau, principalement un taux élevé de calcium et d’acidité (le pH).

D’autant plus que plus de 500 embarcations passent chaque été du lac Memphrémagog au lac Massawippi, multipliant ainsi les risques de contamination.

« Les risques sont plus grands ici et s’il fallait que la moule zébrée soit introduite dans le Massawippi, ce serait vraiment problématique », affirme Michèle Gérin, directrice générale de Bleu Massawippi.

Selon les données de la Table de concertation sur les Espèces exotiques envahissantes aquatiques présentées la semaine dernière, la cote de vulnérabilité du Massawippi est très élevée.

Elle est considérée élevée au lac Memphrémagog où l’eau serait toutefois moins propice à la prolifération de la moule zébrée, ce qui n’empêche pas l’organisme Memphrémagog conservation Inc. (MCI) de redoubler d’efforts avec des patrouilles nautiques, des sentinelles et des stations de lavage à Magog, Fitch Bay, Ogden et Potton.

Au lac Massawippi, on retrouve des stations de lavage à North Hatley et Ayer’s Cliff. 

La moule zébrée, introduite en 1986 dans les Grands Lacs par l’eau de ballast de navires européens, s’est propagée au Québec par le corridor fluvial, le lac Champlain et la rivière Richelieu.

Ce petit mollusque très prolifique se fixe sur des surfaces submergées, il peut obstruer les prises d’eau potable (ce qui n’est pas le cas pour le moment pour la prise d’eau de la Ville de Sherbrooke dans le Memphrémagog en raison du faible nombre de moules zébrées observées) et causer des dommages aux embarcations. Il peut aussi contribuer à augmenter la transparence de l’eau, donc favoriser le développement de plantes aquatiques, en raison de sa grande consommation de plancton, selon Forêts, Faune et Parcs Québec.

Or malgré des réglementations en place depuis 1996 dans la MRC de Memphrémagog, dont une amende de 100 $ pour les plaisanciers qui omettent de nettoyer leur embarcation avant la mise à l’eau, il semble qu’il y ait beaucoup de négligence et de je-m’en-foutisme.

De plus, les stations de lavage ne sont pas toujours ouvertes et les patrouilleurs nautiques ne peuvent être partout à la fois.

Devant cette situation, l’organisme Bleu Massawippi entend déposer un plan d’action d’ici le 1er mars prochain destiné à mieux sensibiliser les élus et à resserrer les mesures de contrôle, mais sans restreindre l’accès à l’eau, signale sa directrice générale.

Mais, encore là, les patrouilleurs ne peuvent être partout et on ne peut surveiller les milliers d’utilisateurs des plans d’eau.

Heureusement, il est encore temps d’agir, de prévenir.

Les municipalités doivent bien sûr réglementer plus sévèrement, mais il faut aussi en appeler à la conscience environnementale des plaisanciers, qu’ils soient kayakistes, planchistes ou amateurs de bateaux à moteur.

La MRC de Memphrémagog doit lancer sous peu une campagne de sensibilisation à cet effet.

Les lacs constituent une richesse fragile et un attrait touristique majeur pour l’Estrie.

Tous devraient avoir en tête le principe de précaution avant de mettre leur embarcation à l’eau, car la menace est réelle.