Ce n’est pas tant ce qu’on mange qui coûte cher, mais ce qu’on ne mange pas. – photo 123rf

1800$ aux vidanges

CHRONIQUE/ Je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler une écolo-bio-vegan-zéro-déchet. Pas à l’extrême, du moins. Je dirais que je me situe dans la moyenne niveau conscientisation sociale. Je recycle, je privilégie les produits les plus naturels possible sans leur vouer un culte, j’achète très souvent seconde main et je prône le minimalisme — davantage pour réduire le bordel dans ma maison que pour des motivations anticapitalistes. Mais s’il y a une chose dont j’ai horreur, c’est le gaspillage.

Une psychanalyse pourrait sûrement arriver à la conclusion que ce « traumatisme » tire son origine de mon adolescence, période durant laquelle ma famille issue d’un milieu très modeste a traversé une dure épreuve qui l’a obligée à faire son épicerie dans les restes de ce que lesdites épiceries jetaient aux poubelles. Nourrir quatre ados, quand les deux parents ne travaillent pas, ça coûte cher !

Vous comprendrez qu’après avoir consommé pendant près de deux ans des légumes très moches ou du pain dont il fallait enlever les croûtes un peu trop moisies, une date de péremption est loin de me faire peur.

Comme jeter un aliment me brise autant le cœur que tuer un chaton à mains nues (j’exagère à peine), j’ai développé en cuisine de surprenantes compétences de gestion des stocks, de créativité et d’astuces économiques pour nourrir ma petite famille à moindre coût, même si mon budget aujourd’hui pourrait me permettre de me « lâcher lousse ». Pourquoi payer plus quand on peut faire avec moins ?

Ce n’est ni une corvée, ni un casse-tête, ni un sacrifice. Naturellement, mes réflexes sont devenus des habitudes. Quand je mentionne à certaines personnes le montant de ma facture d’épicerie hebdomadaire, je reçois immanquablement en pleine face des « mais comment tu fais ? ! »

Et moi, je ne peux m’empêcher de me dire : « Mais toi, comment tu fais pour que ça te coûte aussi cher ? Tu dois nourrir ta poubelle en même temps que tes enfants ! »

Gaspillage alimentaire

Et effectivement, on gaspille au niveau mondial le tiers de la nourriture disponible. C’est 1,3 milliard de tonnes d’aliments jetées aux vidanges chaque année, selon l’organisme Jour de la Terre.

Au Canada, c’est environ la moitié de la nourriture produite qui est perdue. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les consommateurs gaspillent davantage que les épiceries et les restaurants. Le ménage moyen jette l’équivalent de 1800 $ par année de nourriture. Faites le calcul : ça fait plusieurs paniers hebdomadaires garrochés directement dans les vidanges (ou le compost). Et pourtant, 80 % des gens considèrent ne pas gaspiller...

C’est à la lueur de cette dernière statistique que je me suis mise à douter. Et si, contrairement à ce que je croyais, je n’étais pas si « efficace » que ça ? Même si mes légumes moches finissent en potages, si mes carcasses de poulet (ou tout autre os) font d’excellentes soupes-repas, si mes pelures d’ananas servent à préparer une garapiña (vive les influences immigrantes !) et même si le lait caillé se transforme en un irrésistible dulce de leche (oui oui !)

Curieuse de découvrir ce que je pourrais faire de plus ou de mieux, je me suis invitée à l’un des ateliers À vos frigos, donnés par Isabelle Aubut de l’organisme Jour de la Terre, mercredi au Musée d’histoire et des communications de Sutton. En général, je me débrouille bien, ai-je pu constater. Mais j’y ai quand même appris quelques nouvelles astuces que je pourrai intégrer petit à petit à ma façon de faire.

Saviez-vous que si vous mettez une pomme dans votre sac de patates, elles se conserveront plus longtemps ? Que les fanes de radis, de betteraves et de carottes font d’excellentes salades ou de savoureux pestos ? Et que le site glouton.ca propose des recettes vide-frigo ? Suffit d’y inscrire les restes d’aliments que vous voulez utiliser.

Mais ce que j’ai surtout constaté, ce jour-là, c’est qu’il n’y a pas qu’une façon de faire, et que même si la mienne va à l’encontre de la manière dont fonctionnent beaucoup de gens, elle me convient, sans que je doive y investir beaucoup de temps, d’efforts et d’argent (trois critères pri-mor-diaux pour moi).

Faire autrement

Je ne crois pas être mieux placée que quiconque pour vous dire comment gérer votre menu, votre frigo et votre budget. Mais le constat est qu’on chiale que nourrir une tribu coûte cher, alors qu’on jette nos choux gras par les fenêtres. 

Ce n’est pas tant ce qu’on mange qui coûte cher, mais ce qu’on ne mange pas. Dans notre société d’abondance, on a oublié qu’il y a mille et une façons de revaloriser les restes de tables, les pelures, et les trucs moches ; de planifier, d’organiser, de conserver les aliments et de les cuisiner. Suffit de trouver celle qui nous convient.

Ce n’est pas se restreindre volontairement, c’est de remettre en question nos habitudes, de penser et de faire autrement. Jusqu’à ce que ça devienne un réflexe. Si on procède petit à petit, ce n’est même pas compliqué, ça se fait tout seul ! Et contrairement à la croyance populaire, ça ne demande pas tant de temps que ça.

Et vous, quels sont vos trucs pour diminuer votre gaspillage alimentaire… et du coup votre facture d’épicerie ?

Curieuse de découvrir ce que je pourrais faire de plus ou de mieux, je me suis invitée à l’un des ateliers À vos frigos, donnés par Isabelle Aubut de l’organisme Jour de la Terre, mercredi au Musée d’histoire et des communications de Sutton.