113 ans de week-ends

CHRONIQUE / «J’aimerais avoir votre opinion sur l’expression "bon week-end". Nous avons pourtant déjà une belle expression en français : bonne fin de semaine.» (Denise Tremblay, Québec)

Le 6 janvier 2006, je souhaitais un bon anniversaire au mot «week-end», à l’occasion du centenaire de l’entrée de cet anglicisme dans la langue française. Ce mot est en effet accepté depuis 1906.

Il y a treize ans, plusieurs lecteurs auraient aimé que La Tribune bannisse tout mot à consonance anglaise. «Week-end» était le premier cité, mais d’autres comme «leader», «stop» et «interview» figuraient dans leur liste noire. Parce qu’à force de se faire dire qu’il faut éviter les anglicismes dans notre langue, on en est venu à penser qu’un anglicisme est automatiquement mauvais.

Mais un anglicisme, c’est simplement un emprunt à l’anglais. Et il y a des emprunts plus justifiés que d’autres, parce qu’ils comblent un vide lexical ou apportent un synonyme lorsqu’il n’y a qu’un seul terme pour nommer une réalité donnée.

Les anglicismes moins louables sont ceux qui s’imposent lorsque nous avons déjà dans notre langue tous les mots nécessaires pour exprimer la même réalité. Par exemple, l’anglicisme «initier» parasite depuis plusieurs années les verbes «instaurer», «entreprendre», «instiguer», «amorcer», «commencer», «lancer», etc.

Évidemment, «fin de semaine» est plus français que «week-end», mais ce dernier a ses avantages : il est plus court et permet de varier le vocabulaire (avoir un deuxième mot pour nommer la même réalité). Il répond à un besoin, et ce, depuis plus de 100 ans.

Jusqu’à tout récemment au Québec, la locution «fin de semaine» était celle qui était la plus répandue dans la langue courante... et je crois bien qu’elle l’est encore. Mais avec l’explosion des communications, «week-end» a fini par s’installer ici aussi. Et comme il est accepté par tous les ouvrages de référence, on ne peut pas soulever l’argument de la faute de langage pour le faire bannir.

Sachez également que, si les anglicismes vous irritent, l’anglais, lui, est composé de 60 pour cent de mots dérivés du latin et du français. Alors que notre langue a puisé entre trois et cinq pour cent de ses mots dans l’anglais. 

Le plus drôle, c’est que plusieurs de ces emprunts venaient initialement du français et du latin. Par exemple «bougette», qui désignait au Moyen Âge un petit sac dans lequel on mettait son argent. Les Anglais nous l’ont volé, l’adaptant à leur langue, et quelques siècles plus tard, nous leur avons repris, sauf qu’il s’était transformé en «budget»!

Voici une liste de quelques anglicismes désormais bien intégrés au français, avec l’année de leur entrée. L’astérisque indique que le mot venait au départ du latin ou du français.

«puritain»* (1562)

«paquebot» (de «packet-boat», 1634)

«verdict»* (1669)

«vote»* (1702)

«redingote» (de «riding-coat», 1725)

«club» (1774)

«romantique»* (1776)

«officiel»* (1778)

«disqualifier»* (1784)

«stop» (1792)

«handicap» (1827)

«leader» (1829)

«interview»* (1880)

«klaxon» (1914)

«slogan» (1933)

«stress» (1950)

«jogging» (1974)

Vous voyez : quelle hémorragie si nous proscrivions tout mot hérité de l’anglais! Tel n’est donc pas l’objectif de la chasse aux anglicismes. Ajoutez tous les emprunts aux autres langues (italien, espagnol, allemand, arabe, turc, etc.) et le fait qu’il reste à peu près 200 mots d’origine gauloise en français, et vous comprendrez que la pureté linguistique absolue n’est pas de ce monde, loin de là.


Perles de la semaine

Vous connaissez le jeu des définitions? Eh bien... ce qui suit n’est exactement pas ça : ce sont plutôt de véritables réponses d’examen.

«Les deux faces d’une feuille de papier sont le recto et le verseau.»

«Un quotidien est un journal qui parle de la vie quotidienne.»

«Un liquide est potable lorsqu’on peut en boire un pot sans problème.»

«La pasteurisation s’appelle ainsi parce qu’elle a été inventée par des prêtres protestants.»

«Une espèce comprend tous les gens qui se reproduisent entre eux.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.