« Un ami précieux des Sherbrookois et des Estriens »

Les témoignages vantant la contribution de Bernard Landry au développement économique du Québec pleuvent depuis l’annonce de son décès. L’Estrie est parmi les régions qui en ont largement profité.

La façon dont M. Landry avait manifesté son appui au projet de la Cité des rivières, en septembre 2000, caractérise bien l’homme, son esprit d’analyse, son audace, de même que son franc-parler.

« Si vous étiez maire, que feriez-vous avec un site comme celui-là », lui avait demandé Jean Perrault lors d’une visite des terrains et des bâtiments laissés à l’abandon à l’intersection des rues King et Belvédère.

La vieille gare n’avait pas encore été rénovée et l’Hôtel Times n’était pas encore dans les cartons. On brassait beaucoup d’idées avec peu de moyens.

« Ce trou n’est vraiment pas à la hauteur et cette horreur ne fait pas honneur non plus à votre communauté », avait sans détour répondu Bernard Landry, l’homme de confiance que Lucien Bouchard avait choisi comme vice-premier ministre et à qui il avait confié plusieurs ministères à vocation économique.

Le ténor, qui était en plus ministre désigné pour l’Estrie, n’avait pas soufflé ces mots crus aux oreilles du maire Perrault sous le sceau de la confidentialité. Il les avait ouvertement livrés durant une table éditoriale à La Tribune.

« C’était fort comme message. Ça ne laissait pas d’équivoque », rappelle un Jean Perrault reconnaissant qui, à cette époque, nageait bien plus dans la critique que dans un courant d’appui populaire.

M. Landry n’a pas signé de chèque le jour même, mais l’ex-maire parrain de la Cité des rivières a par la suite redoublé d’ardeur dans ses représentations jusqu’à ce que le gouvernement québécois souscrive au programme tiers, tiers, tiers ayant bonifié avec des contributions provinciales et fédérales chaque dollar municipal investi autour du lac des Nations.

« Dans un autre dossier, j’avais demandé à l’ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin de nous aider à convaincre M. Landry du potentiel des courses automobiles sur glace. Ce dernier n’avait pas délibéré longtemps avant de me confirmer que si le Challenge sur glace du Canada devenait le Challenge sur glace Canada-Québec, nous aurions les 300 000 $ demandés », garde également en souvenir Jean Perrault.

« Son intérêt pour le développement économique était instinctif. Nous n’avions qu’à préciser en appelant dans les ministères que nous avions l’aval de Bernard pour que les choses bougent rapidement », rappelle son ex-collègue et ami Claude Boucher, l’ayant secondé comme délégué régional de l’Estrie.

« C’était une période d’effervescence politique puisque la fusion municipale se préparait. MM. Bouchard et Landry comprenaient très bien que la concurrence entre les villes-centres et les villes périphériques était inéquitable et malsaine. La ministre Louise Harel se savait bien épaulée lorsqu’elle a orienté les maires dans cette voie », se réjouit encore aujourd’hui Jean Perrault.

L’échiquier politique régional changeait lui aussi, puisque Jean Charest était arrivé pour de bon sur la scène provinciale. Était-ce pour rendre l’ascension vers le pouvoir du chef libéral plus compliquée que les péquistes se montraient aussi réceptifs aux besoins de Sherbrooke et de l’Estrie?

« Je n’ai jamais perçu cela. Les ministres péquistes savaient que nous n’étions pas de la même famille politique, mais ces différences n’ont jamais teinté nos relations. Avec qui que ce soit au Parti québécois, d’ailleurs. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que M. Landry aimait sincèrement l’Estrie parce qu’il voyait notre potentiel ainsi que la qualité de nos universités. Il a été un ami précieux des Sherbrookois et des Estriens », retient l’ex-maire Perrault.    

« Cette collaboration n’a jamais été motivée par des considérations politiques. Nous avions tous un grand sens des responsabilités », endosse Claude Boucher, qui représentait alors la circonscription de Johnson.

N’en reste pas moins que la toute première annonce du projet d’agrandissement de l’Hôtel-Dieu a été effectuée par François Legault, alors ministre de la Santé au sein du gouvernement qu’a dirigé Bernard Landry après la démission de Lucien Bouchard. Cette confirmation est arrivée deux semaines avant l’élection du 14 avril 2003 ayant provoqué le changement de gouvernement et l’accession de Jean Charest au poste de premier ministre.

Les rivaux politiques se sont mutuellement reproché par la suite des annonces bidon avant que le nouveau pavillon de santé de 112 M$ soit inauguré en septembre 2008 par le gouvernement Charest, éliminant ainsi les craintes que le centre-ville perde ce moteur économique.

Les mêmes tiraillements ont marqué les différentes étapes d’analyse et de planification du mégaprojet de 200 millions au CHUS Fleurimont, pour moderniser l’urgence et enfin livrer le centre mère-enfant. 

Un projet auquel M. Landry n’a pas participé, et pour lequel d’ailleurs le crédit ne sera pas simple à partager entre les Jean Charest, Monique Gagnon-Tremblay, Réjean Hébert et autres...