Paul-Robert Raymond
Le Soleil
Paul-Robert Raymond
Christian Roy, qui a été le premier au Québec à utiliser une Tesla Model S pour le taxi, est prêt à offrir une course au ministre des Transports, François Bonnardel.
Christian Roy, qui a été le premier au Québec à utiliser une Tesla Model S pour le taxi, est prêt à offrir une course au ministre des Transports, François Bonnardel.

La limite de 350 000 km est-elle nécessaire pour les véhicules de taxi électriques?

CHRONIQUE / Parmi les dispositions de la loi 17, qui entre en vigueur le 10 octobre prochain, il y aurait dorénavant une limite de kilométrage pour les véhicules de taxi — qui n’existait pas par le passé —, en plus de celle de l’âge du véhicule.

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) a publié dans la Gazette du Québec un projet de règlement sur le transport rémunéré de personnes par automobile, faisant partie de la Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile (loi 17). Cette loi «vise à favoriser la modernisation de l’industrie du transport de personnes par automobile» et à donner plus «d’équité entre les acteurs de l’industrie», selon les explications fournies par Nicolas Vigneault, porte-parole au MTQ.

Le règlement publié le 15 juillet impose une limite de 350 000 kilomètres à tout véhicule utilisé pour le transport rémunéré de personnes. Cette limite s’ajoute à celle de l’âge du véhicule qui est de 10 ans.

«Cette limite a été calquée sur celle d’Uber, qui l’impose à ses chauffeurs», affirme Christian Roy, chauffeur de taxi chez Taxi Coop Ste-Foy. Il a été le premier au Québec, voire en Amérique du Nord, à mettre en service une Tesla Model S pour le taxi en 2014.

Après plus de six ans, la Model S a accumulé plus de 370 000 km au compteur et «est comme une neuve», assure M. Roy. «J’ai investi récemment plus de 10 000 $ dans la remise à neuf de la suspension et des freins. Et vu que les Model S sont en aluminium, il n’y a aucune trace de rouille, évidemment!»

À 350 000 km, une voiture électrique est au tiers de sa vie utile. En Europe, un propriétaire de Tesla Model S a parcouru déjà plus de 1 million de kilomètres.

En principe, la limite de kilométrage serait applicable dès le 10 octobre prochain. Mais l’article 123 du règlement spécifie que «jusqu’au 10 octobre 2022, une automobile réputée autorisée par l’application de l’article 293 de la Loi peut être utilisée pour offrir du transport rémunéré de personnes par automobile malgré que son odomètre indique plus de 350 000 km à condition que son année de modèle soit de moins [de] 10 ans».

Pour Christian Roy, même cette mesure transitoire vient contrecarrer ses plans. «Ça m’enlève un an dans mon plan original de me départir de ma Model S en 2023», explique-t-il. «Je prévois m’acheter un Model Y [le modèle récent de VUS compact de Tesla]. C’est sûr que ma Model S est payée, mais ça me donne un an de moins pour ramasser mon argent, en plus avec toutes péripéties dues à la COVID-19.»

Question de démontrer que sa voiture est loin d’être une «minoune», M. Roy souhaiterait qu’un responsable au MTQ vienne voir de visu celle-ci. Il est même prêt à offrir une course au ministre des Transports, François Bonnardel. Et, bien sûr que Christian Roy a déjà fait part de ses doléances au MTQ par courriel à projet.reglement@transports.gouv.qc.ca, durant la période de 20 jours se terminant le 4 août.

L'odomètre de la Tesla Model S de Christian Roy

Au-delà de l’odomètre

Même Stéphane Pascalon, président du Club Tesla Québec, ne comprend pas cette volonté d’imposer une limite de kilométrage. Même pour des véhicules à essence. D’autant plus que les propriétaires de véhicules de taxi sont soumis à des inspections obligatoires.

«Les chauffeurs de taxi peuvent rouler de 50 000 à 80 000 km par année», dit-il. «On les pénalise, car on leur enlève la période la plus rentable de leur investissement.»

Au-delà de la mesure de l’odomètre, M. Pascalon va plus loin. «On devrait aussi favoriser les véhicules les moins polluants en matière d’émission de gaz à effet de serre [GES], selon les cotes publiées à cet effet. Là, on ne fera pas nécessairement de réduction de GES, mais on va plutôt forcer l’achat de véhicules neufs.»

Même constat du côté de M. Roy. «Des collègues qui ont des Camry [hybrides pour la plupart] n’en reviennent pas! Leurs véhicules ont plus de 400 000 km au compteur et ils ne savent plus où donner de la tête avec ce règlement! Et leurs voitures sont en règle, car ils doivent passer les inspections!» ajoute-t-il.

Dérogation pour trois modèles

Aucun lien avec la loi 17, mais trois modèles de voitures électriques supplémentaires peuvent maintenant être utilisés par l’industrie du taxi, même si leur empattement se situe sous la barre des 261 centimètres.

Avec leur empattement qui dépasse les 256 cm, la Chevrolet Bolt, le Hyundai Kona électrique et le Kia Soul pourront arborer un dôme de véhicule de taxi ou être utilisés pour le transport rémunéré de personnes. Cette dérogation d’empattement — soit 256 cm au lieu de 261 — avait été mise en place lors de l’arrivée de Téo Taxi dans le paysage du taxi à Montréal. À cette époque, il y avait pratiquement que le Kia Soul sur le marché avec un empattement si court et la Chevrolet Bolt arrivait à peine dans les salles de montre des concessionnaires. Depuis, le Kona EV de Hyundai s’est ajouté. La liste complète des véhicules admissibles se trouve dans Internet ici.

En conclusion, si une dérogation a été faite pour l’empattement des véhicules admissibles, pourquoi ne serait-il pas possible de le faire pour le kilométrage?