Paul-Robert Raymond
Le Soleil
Paul-Robert Raymond
Dans le calcul du coût total d’acquisition d’un véhicule, le coût du carburant, qui ne cesse de jouer au yo-yo, est souvent ignoré dans l’équation. Savez-vous que la différence de prix entre les véhicules à essence et les VÉ peut s’annuler après quatre ou cinq ans, quand on met bout à bout tous les frais?
Dans le calcul du coût total d’acquisition d’un véhicule, le coût du carburant, qui ne cesse de jouer au yo-yo, est souvent ignoré dans l’équation. Savez-vous que la différence de prix entre les véhicules à essence et les VÉ peut s’annuler après quatre ou cinq ans, quand on met bout à bout tous les frais?

Fait-on vraiment trop la promotion des véhicules électriques?

CHRONIQUE / Un lecteur m’écrivait récemment que la presse en général fait trop la promotion des véhicules électriques (VÉ), en soulignant le manque de neutralité de la part des journalistes. Mise au point.

Dans un court courriel, ce lecteur écrit : «Vous faites, vous et vos collègues, une forte publicité pour les VÉ. Jamais, par contre, vous ne mentionnez les fortes subventions reçues à l’achat des véhicules, ni le fait qu’ils ne paient aucune taxe pour circuler, taxes très élevées qu’on paie à l’achat d’essence. Je paie quand même pas mal de taxes de toutes sortes et d’impôts, et ça m’énerve un brin de devoir payer les véhicules de gens plus riches que moi. Si vous étiez un peu plus neutre dans vos commentaires, vos collègues et vous en feriez mention dans vos articles comme celui d’aujourd’hui [lundi dernier].»

Ceci est le genre de critique souvent lues et vues dans les réseaux sociaux provenant de ceux qui résistent aux changements qui peuvent survenir. Et c’est tout à fait normal, car l’humain a toujours peur du changement. Tout le monde, un jour ou l’autre, a eu une résistance au changement, même votre humble serviteur.

Cependant, quant à la «révolution» qui est présentement en route, on ne peut que la saluer. Car, lentement mais sûrement, on pourra se libérer de l’essence, à moyen et à long terme. 

Je peux comprendre qu’il est difficile de se défaire d’un paradigme auquel on est habitués depuis plus d’un siècle. On a l’habitude de faire le plein lorsque le réservoir d’essence est vide. Alors qu’avec les véhicules électriques, on peut partir de chez soi avec une batterie pleine qu’on a rechargée durant la nuit. 

Et à ceux qui disent qu’il n’y a pas de voitures électriques qui peuvent parcourir 500 kilomètres avec une charge, sachez qu’il y en a sur le marché. Cependant, il faut aussi savoir que près de 9 automobilistes sur 10 pourraient très bien se servir d’un VÉ avec une autonomie de 200 km et moins pour faire leur parcours quotidien.

Je vous mets au défi de mettre votre odomètre trajet à zéro avant de partir pendant quelques jours et de relever le nombre de kilomètres parcourus quotidiennement pour aller au travail et en revenir, avec les courses et autres déplacements. Vous constaterez sûrement que le nombre se situera sous les 100 km. 

Trop subventionnés?

Notre lecteur soulève le fait que les VÉ sont fortement subventionnés. Je me suis amusé à faire ce petit calcul : il y aurait présentement 66 000 VÉ immatriculés au Québec. Si on attribue la somme de 8000 $ à chacun (ce qui n’est pas la vraie somme, car certains ont obtenu moins de rabais parce qu’ils sont rechargeables, etc.), ça nous donne un total de 528 millions $. Distribués sur huit ans...

On est loin des 19 milliards $ consentis à l’industrie pétrolière — en subventions, en congés fiscaux, en lignes de crédit, etc. — depuis l’élection des libéraux de Justin Trudeau en 2015. Ce montant inclut toutefois les 4,7 milliards $ pour l’achat du pipeline KinderMorgan par Ottawa, annoncé en 2017. Pour les fins détails, je vous invite à lire la Vérification faite de mon collègue Jean-François Cliche. La comparaison n’est pas difficile à faire.

Également, plusieurs s’arrêtent souvent au prix d’achat pour prétendre que les VÉ sont des «chars de riches». Le coût du carburant, qui ne cesse de jouer au yo-yo, est souvent ignoré dans l’équation. Savez-vous que la différence de prix entre les véhicules à essence et les VÉ peut s’annuler après quatre ou cinq ans, quand on met bout à bout tous les frais? Il existe d’ailleurs un excellent outil mis en ligne (coutsdutilisation.caa.ca/fr/) par le CAA (la division canadienne) pour calculer le coût total d’acquisition en fonction du kilométrage fait chaque année, etc.

Parlant du coût de l’essence qui joue au yo-yo, savez-vous que certaines stations-service opérant sur 24 heures haussent le prix à la pompe durant la nuit? On y reviendra.

Et comme toute nouvelle technologie, il faut s’attendre à ce que les prix à l’achat diminueront avec le temps. Il arrivera un moment où le prix d’achat d’un VÉ sera le même qu’un à essence. À ce moment, il sera certes superflu d’offrir des rabais gouvernementaux.

Enfin, sachez qu’au Québec, il y a un écosystème d’une trentaine d’entreprises, d’instituts et d’individus qui œuvrent dans l’électrification et qui se forgent une expertise unique. Il serait dommage que cet écosystème n’existe plus parce que les VÉ seront de plus en plus fabriqués en Chine...