Selon Chris Davies de Belron Technical, avant de voir à grande échelle des véhicules à la conduite complètement autonome, il faudra que ceux-ci puissent communiquer entre eux. Ils auront aussi besoin de GPS et des cartes à haute résolution pour voir l’environnement qui les entoure.

Aides à la conduite: au moins 10 ans avant la conduite autonome 

CHRONIQUE / Ils sont de plus en plus offerts dans les véhicules, même les plus «communs». Les systèmes d’aide à la conduite sont la porte d’entrée vers la conduite complètement autonome. Est-ce que le monde est prêt pour ça? 

Il semble qu’il faudrait attendre au moins une dizaine d’années avant de voir des véhicules autonomes offerts sur le marché. Nous avons posé la question à Chris Davies, chef de la division de la recherche et du développement chez Belron Technical, basé en Grande-Bretagne. Lui et son équipe ont pour mission de bien comprendre comment les systèmes d’aide à la conduite fonctionnent, pour ensuite former les employés dans les centres de service de la multinationale. «Nous devons savoir où sont situés les capteurs et les caméras pour bien les calibrer quand vient le temps de remplacer un pare-brise. Il y a un réel manque de connaissance envers ces systèmes dans l’industrie», dit-il.

Mis à part le système Auto Pilot, offert dans les modèles de Tesla, on ne retrouve pas sur le marché de système pouvant prendre le contrôle total du véhicule.

«Certains systèmes d’aide à la conduite ont été mis en marché dans le courant des années 1990. Mais la complexité de ces systèmes a évolué durant les années 2000. À la fin des années 2000, ils ont commencé à être plus répandus dans les véhicules luxueux. Mais autour de 2015, il y a eu une explosion de l’offre de tels systèmes dans les véhicules», explique M. Davies. 

«Originalement, on croyait que les véhicules pouvant se rapprocher de la conduite autonome pouvaient être mis en marché cette année ou l’an prochain. On constate que les constructeurs ont pris un peu de recul sur le sujet. Il faut plus parler d’un horizon vers 2030 pour voir des systèmes plus évolués et à toute épreuve. Des GPS à haute résolution devraient aussi être intégrés d’ici les 10 prochaines années.»

Quand on lui demande si les systèmes sont-ils assez robustes pour prétendre à être aptes pour la conduite autonome, il répond : «La technologie est très impressionnante. Elle fonctionne très bien. Mais, voyez-vous, le cerveau humain peut très rapidement détecter le danger. Une machine peut quant à elle se questionner sur les circonstances entourant ce qu’elle détecte. [...] On est encore loin de la perfection.»

Plusieurs systèmes d’aide à la conduite reconnaissent les panneaux de signalisation indiquant la vitesse ou utilisent les données contenues dans les GPS. Hélas, ce n’est pas au point. La caméra peut confondre un panneau de limitation de poids sur un pont avec celui de la limite de vitesse. Heureusement que le conducteur a encore le contrôle sur la vitesse du véhicule. Imaginez ce qui pourrait arriver si l’ordinateur de bord décidait si la limite de vitesse passait de 70 à 15 km/h, juste parce qu’il a «vu» le panneau de limitation de poids...

Et que dire de notre réalité nordique? Quand on roule en hiver, la carrosserie devient facilement enneigée et les capteurs deviennent obstrués. Les systèmes d’aide à la conduite ou de conduite autonome deviennent inopérants. «En ce moment, les caméras sous le pare-brise ont un dégivreur uniquement pour elles. Dans un avenir rapproché, je peux imaginer qu’il y aura des mécanismes de nettoyage et de dégivrage pour les capteurs installés sur la carrosserie», conclut M. Davies. 

Plusieurs systèmes d’aide à la conduite reconnaissent les panneaux de signalisation indiquant la vitesse. Hélas, ce n’est pas au point. Ceux-ci peuvent confondre le panneau de droite (limitation de poids sur un pont) avec la limite de vitesse.

Solution inévitable?

Pour plusieurs d’entre nous qui aimons conduire, la voiture autonome peut être considérée comme «l’antéchrist». Par contre, il faut prendre en considération les deux facteurs suivants : le vieillissement de la population et la désaffection des plus jeunes par rapport à la conduite automobile.

Dans le premier cas, d’ici 10 ou 20 ans, plusieurs d’entre nous ne pourront probablement plus conduire leur voiture. Nous n’aurons pas d’autre choix de nous fier aux véhicules autonomes pour être plus mobiles.

Et les plus jeunes? Un article paru dans La Presse+ en janvier 2017 relatait que «la proportion de Québécois âgés de 16 à 24 ans détenteurs d’un permis de conduire est passée de 59,1 % à 54,8 %», entre 1996 et 2015. Cette baisse était alors particulièrement marquée chez les 16 à 19 ans (de 43,9 % à 35,7 %). Chez les 20 à 24 ans, la proportion est passée de 72,1 % à 67,4 %. Ceux-ci préfèrent utiliser les transports en commun ou les services de «l’économie du partage», tels que Uber ou Lyft.

Mais qu’arrivera-t-il lorsqu’il y aura de moins en moins de conducteurs? Il faudra peut-être se tourner vers les véhicules autonomes...