Yoan : Productions Y

Avec un premier disque vendu à plus de 130 000 exemplaires, Yoan aurait pu choisir de rebrasser les ingrédients de sa recette gagnante et rappliquer avec une galette dans la lignée de la précédente. Mais l’auteur-compositeur-interprète de 22 ans voyait les choses autrement. Il a quitté l’écurie des Productions J pour faire cavalier seul et aller là où il le souhaitait. Après un an et demi passé loin des projecteurs, il revient à l’avant-scène avec un deuxième album tout francophone qu’il a lui-même coréalisé, avec Rob Heaney.

« Je suis parti de Productions J au début de 2017, mais j’avais amorcé la discussion avec eux à ce sujet en 2016. Ça s’est très bien fait, il n’y a pas eu de déchirements ni de malaises. C’est seulement que moi, j’avais une idée très claire de ce que je voulais. Mes buts, mes objectifs sont limpides. Je ne m’en suis jamais caché, je vise une carrière internationale. Pour y arriver, je veux faire les choses à ma manière. »

Le gagnant de La Voix 2014 a lancé sa propre boîte de production, laquelle boîte porte son nom. Autour de lui fourmille une petite équipe qui partage sa vision et ses visées.

« J’ai bâti mon équipe moi-même et je suis vraiment content de la gang avec qui je travaille. On prend les décisions ensemble, on planche tous pour faire avancer le projet dans la même direction. C’est une autre façon de faire les choses, plus directe, et je suis vraiment bien là-dedans. »

L’album Depuis longtemps est né dans la foulée de ce changement de garde.

« Avant de retourner en studio, j’ai pris du recul, j’ai bûché du bois dans mon coin de campagne, j’ai réfléchi, j’ai même eu le temps de m’ennuyer. Je sortais d’un tourbillon tel que, très franchement, j’avais l’impression d’avoir vécu dix ans condensés en trois. Pareil rythme, ça te casse ou ça te forge. Moi, ça m’a forgé. C’était un tremplin formidable, j’ai beaucoup appris pendant cette période-là, mais j’avais besoin d’un temps d’arrêt pour reconnecter avec moi-même. C’est ce qui m’a permis de faire ensuite le disque que je souhaitais », dit celui qui avait en tête d’enregistrer un album francophone depuis un temps, déjà.

« Les gens le savent : j’ai plus d’aisance en anglais qu’en français, mais pendant ma première tournée, j’intégrais quand même une chanson en français à mon tour de piste sur scène. Et chaque fois, je sentais que ça faisait plaisir aux spectateurs. Réaliser un disque en français, c’est une manière pour moi de dire merci au public du Québec. »

Devenir singulier

C’est aussi une autre façon d’aborder la musique.

« Le français, c’est une langue très poétique. Lorsque j’écris et que je chante en français, je suis connecté à mes racines, je suis au plus près de moi », dit le chanteur natif de Ferme-Neuve. Avant d’entamer le projet d’un deuxième disque, Yoan avait en poche six chansons dans la langue de Molière et autant dans la langue de Shakespeare. Côté cour, côté jardin : son cœur balançait. C’est l’inspiration qui a tranché.  

« Les idées se sont enchaînées et finalement, ce que j’avais à dire s’est traduit par des textes dans ma langue maternelle. J’ai réalisé après coup que le fil conducteur, c’est l’amour, dans ses différentes déclinaisons. Je n’ai pas fait exprès, mais je suis un romantique et je pense que chanter en français fait ressortir cet aspect de ma personnalité, ça m’amène dans cette zone-là, près du cœur. Pour le reste, je suis resté fidèle à ce que je suis. C’est le secret, je pense. Parce que tout le monde est unique. Quand on reste soi-même, on se distingue, on devient singulier. C’est en essayant d’imiter les autres qu’on se fond dans la masse. »

L’enrobage musical de ce nouveau bouquet de chansons a toujours des racines profondément ancrées dans le country. Mais on sent aussi que soufflent les vents du blues, du rock et du folk.

« On m’associe beaucoup au country et c’est normal : j’ai une voix country, des inspirations country, et c’est avec le country que je me suis fait connaître à La Voix. Tout ça fait partie de moi, mais j’ai toujours écouté beaucoup de rock et de blues américain. Mon country n’est donc pas très traditionnel, il n’y a pas de violon ni de steel guitar dans mes chansons. Cette fois, en plus de le produire, j’ai coréalisé l’album. J’arrivais en studio avec mes démos et une idée précise de ce que je souhaitais comme son. Je voulais qu’on entende mon côté plus rock, plus blues, je tenais à ce que le disque ait une couleur organique. Rob Heaney m’a aidé à concrétiser le tout, en mettant des étincelles là où il le fallait. »  

Yoan lors de son passage avec son précédent spectacle à la salle Maurice-O'Bready le 28 janvier 2016.

Inspiration Pag

Rick Haworth, réalisateur du premier opus, était de retour dans l’équipée pour signer les arrangements. Le résultat final est en phase avec ce qu’imaginait Yoan.

« C’est un disque qui me ressemble. Non seulement j’en suis fier, mais j’ai aussi pris goût à chanter en français. Je sens que j’ai gravi une marche de plus dans mon cheminement professionnel. »

L’album de 12 titres est tissé des compositions de Yoan, à l’exception de deux chansons. L’une écrite par son paternel Sylvain Garneau (Je t’aime évidemment), l’autre empruntée au répertoire de l’icône du rock, Michel Pagliaro (Sous peine d’amour). Deux perles qui s’inséraient bien dans le chapelet de chansons qu’il venait de tricoter.

« Je suis un très grand fan de Pagliaro. C’est probablement l’artiste québécois qui m’a le plus inspiré. J’admire l’attitude qu’il a, l’énergie qu’il sait déployer. Il n’a jamais versé dans le rock quétaine. Sous peine d’amour, ce n’est pas une chanson à laquelle on pense d’emblée quand on évoque son œuvre, mais c’est le titre de son dernier album studio, paru en 1988. Je me reconnais à travers les paroles de cette chanson, c’est le genre d’histoire que j’aurais pu écrire, mais sans doute pas avec autant de doigté que lui. Quant à la chanson de mon père, c’est celle que j’ai interprétée à La Voix. Les gens l’avaient aimée et je voulais la ramener parce qu’il ne faut jamais oublier d’où on vient. »

Lorsqu’il la chante, les souvenirs déferlent. Les émotions aussi.

« C’est que mon père l’a écrite pour ma mère. Je me rappelle très précisément d’un soir, je devais avoir six ans, on se trouvait à l’Hôtel Plouffe, à Saint-Jérôme. Mon père était en spectacle et à l’étage, où je me trouvais avec ma mère, on l’entendait très bien chanter. Elle m’avait raconté que cette chanson avait été composée pour elle. C’est un moment ancré dans ma mémoire. Reprendre cette chanson-là, qui n’a jamais été endisquée, c’est une façon pour moi de l’immortaliser. C’est aussi une forme de reconnaissance envers mon père, qui est un homme vrai et intègre qui m’a souvent dit : "Quand tu fais bien les choses, avec droiture et authenticité, généralement, ça se passe bien." J’avance en faisant mienne cette façon de voir. En musique comme dans la vie. »

Une tournée dès l’automne

Yoan est impatient à l’idée de reprendre la vie de tournée avec ses neuves chansons. Déjà, il a une bonne idée de la façon dont il fera vivre celles-ci sur scène, dès septembre.

« Je veux de la simplicité, je souhaite un show de voix, à quatre sur planches », exprime celui qui dit avoir gagné en confiance au cours des dernières années.  

« J’ai commencé à chanter à 16 ans. Je me suis produit une vingtaine de fois seulement avant de remporter La Voix, à 18 ans. Après, les choses se sont enchaînées. Je n’avais pas d’expérience, j’ai fait la tournée en pensant beaucoup à ma technique, à ma justesse vocale. Pour moi, c’était un point faible, c’est quelque chose que je voulais parfaire. Je me concentrais peut-être moins sur les textes... Le fait de chanter davantage m’a permis de me sentir plus solide. Ça change mon interprétation. Je pense être maintenant en mesure de me brancher davantage sur les paroles et sur le ressenti. »

En septembre, le chanteur sera au Pavillon des arts et de la culture de Coaticook (le 14) et à la salle Léo-Paul-Therrien de Drummondville (le 22). À la salle Maurice-O’Bready de Sherbrooke, on l’attend le 11 janvier 2019.

Depuis longtemps parce que...

« Ça allait avec la situation : il s’est quand même écoulé trois ans entre le lancement de mon premier album et celui de mon second. C’est aussi le titre d’une chanson qui illustre bien mon identité musicale, je trouve », exprime celui qui a déjà un peu de matériel pour un troisième disque.  

« Présentement, je me concentre sur la sortie du deuxième, je veux prendre le temps de bien faire les choses, on parle aussi d’aller en Europe avec mes nouvelles chansons. Mais évidemment, comme j’avais aussi commencé à écrire en anglais, j’ai déjà quelques titres en banque pour un autre opus. »

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Yoan inc.