William Croft consacre plus de temps à son projet de plateforme streaming qu’à la musique, depuis quelques mois. Il souhaite implanter un modèle plus équitable pour les artistes, plus porteur aussi pour la culture québécoise, par le biais de Qcmusique.
William Croft consacre plus de temps à son projet de plateforme streaming qu’à la musique, depuis quelques mois. Il souhaite implanter un modèle plus équitable pour les artistes, plus porteur aussi pour la culture québécoise, par le biais de Qcmusique.

William Croft prépare Qcmusique, une plateforme de streaming différente

Depuis bientôt trois mois, le pianiste William Croft, originaire de La Baie, planche sur un projet de plateforme streaming. Tanné de voir des géants du web comme Spotify siphonner le contenu québécois en n’offrant que des miettes en matière de redevances, il mise sur Qcmusique pour instaurer un modèle équitable, tout en procurant davantage de visibilité aux créateurs d’ici.

« Ça fait longtemps que je trouve qu’une plateforme de ce genre, ça manque chez nous. À l’heure actuelle, les artistes ne reçoivent pas grand-chose, à l’exception d’une poignée de mégastars comme Drake ou Rihanna. C’est pourquoi j’ai voulu mettre les droits d’auteurs comme il le faut et créer un jardin musical québécois se situant dans la lignée du Panier bleu », a-t-il expliqué au cours d’une entrevue téléphonique accordée au journal.

L’élément déclencheur fut un appel logé auprès de Jean-Paul Racine, un gars de Chicoutimi-Nord exerçant la fonction de programmeur. Sachant que le patron de Kalida Technologies pouvait concrétiser sa vision, il a trouvé les arguments pour le convaincre. « Ce matin-là, j’étais crinqué, raconte William Croft d’un ton enjoué. J’avais aussi en tête ce que disait ma grand-mère Émilie Gagnon, qui aurait eu 100 ans le 12 mai : “Si tu veux du sucre à la crème, fais-toi s’en”. »

Un modèle plus avantageux

Le projet a été rendu public via la page Facebook du musicien. D’emblée, les réactions ont fusé, certaines publiques, alors que d’autres ont été exprimées discrètement. Cette prudence est facile à comprendre, puisqu’au même moment, ou presque, Québécor a lancé sa plateforme streaming. Le désir de ne pas froisser un groupe qui pèse aussi lourd sur le marché de la culture et des communications coule de source.

« Nous n’étions pas au courant de ça, la création de QUB musique. Avant leur annonce, ça faisait un bout de temps qu’on travaillait sur notre plateforme », indique William Croft. Il affirme que la seule différence entre le concurrent local et les géants du Web tient au fait qu’avec lui, les profits resteraient au Québec. Pour les artistes, cependant, ce modèle ne serait pas aussi avantageux que celui de Qcmusique.

« Nous avons sept stratégies pour générer des revenus qui seront canalisés vers les artistes. Entre autres choses, de la publicité sera vendue et nous proposerons des abonnements aux commerçants. Nous aurons de belles playlists à leur soumettre. En même temps, nous ciblerons les radios étudiantes afin de convaincre les animateurs de privilégier le contenu québécois. Il suffira que l’école prenne une licence pour que le tout soit légal », énonce le Baieriverain.

Test réussi

Une autre étape importante a été franchie lors du déclenchement d’une campagne de financement de type Kickstarter. Le moment était venu de vérifier si l’intérêt pour Qcmusique allait au-delà des mots, tout en se donnant un coussin pour absorber les coûts générés par la mise en place de la structure.

« L’objectif consistait à amasser 10 000 $. Si ça avait pris 60 jours pour y arriver, nous nous serions posé des questions, mais 24 heures plus tard, c’était fait. Il y a même des artistes connus qui ont contribué anonymement. Plusieurs se montrent intéressés. J’ai des appels de partout. On me pose plein de questions », rapporte William Croft.

En parallèle, beaucoup d’énergie est investie dans le plan d’affaires, lequel sera bientôt complété. Il faut également former une équipe chargée de répondre aux défis techniques, avant de passer à la recherche de partenaires financiers. À quel moment la plateforme sera-t-elle accessible ? Ça, c’est la question à laquelle ne peut répondre le promoteur, du moins, pas avec précision.

« Dès que la première version sera présentable, nous la sortirons. Ça pourrait arriver cet été, peut-être aussi à l’automne. Le but, c’est qu’on soit sur la coche », résume William Croft.

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LA MISSION DE QCMUSIQUE: PRÉSENTER CE QUI SE FAIT ICI, SANS OEILLÈRES

Quand il pense à ce que deviendra Qcmusique, William Croft voit au-delà des redevances versées aux artistes. Une autre priorité, à ses yeux, tient au caractère universel — on aurait envie de dire encyclopédique — qu’épousera ce véhicule centré sur la musique québécoise. Il ratissera large, en effet, au lieu de se limiter aux produits les plus commerciaux.

« Moi et la percussionniste Mélissa Lavergne, par exemple, on joue avec plusieurs artistes spécialisés dans les musiques du monde, dont les frères Diouf. Il y a plein de styles à découvrir. Il se fait toutes sortes de musiques au Québec. Si on leur donne la chance de les entendre, les gens vont aimer ça », assure le pianiste devenu promoteur.

Une autre piste qui lui vient spontanément en tête est celle du jazz. Peu choyé à la radio, il possède pourtant de solides racines dans la patrie d’Oscar Peterson. « Il y a du gros stock là-dedans. C’est d’un haut niveau, mais on ne le connaît pas », déplore William Croft.

Dans une veine similaire, il voit Qcmusique devenir le point d’ancrage des artistes indépendants, tous genres confondus. Ils sont de plus en plus nombreux à opter pour l’autoproduction, en effet, mais plusieurs peinent à se faire une niche à l’intérieur des plateformes conventionnelles et surtout, à y prospérer.

Un bon nombre d’entre eux vivent en région, notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean, et ils ont été prompts à appuyer son projet dans les dernières semaines. On pense à Patrice Arton, Cynthia Harvey, Jeanick Fournier et Rob Langlois, qui fut pendant plusieurs années un fier résidant d’Arvida.

« Il y en a beaucoup, au sein des régions, qui voient dans Qcmusique l’opportunité de placer leurs enregistrements sur une plateforme le fun », fait observer William Croft.