Après avoir arnaqué tout ce qui était possible au petit écran, les Bougon se lancent en politique, un aboutissement logique si l'on considère cet univers comme un repaire de corrompus et de profiteurs. Le film de Jean-François Pouliot Votez Bougon les emmène donc dans de nouvelles aventures, lesquelles se révèlent généralement drôles et réussies, mais laissent quand même un arrière-goût de défaitisme et d'incohérence.

Votez bougon : Retrouvailles réussies ***

CRITIQUE / Ça peut sembler bizarre, mais sous des apparences légères, grossières et tirées par les cheveux, Votez Bougon est un film relativement sérieux et complexe. Évidemment pas au point de rendre l'histoire hermétique (on retrouve le même humour grinçant, d'un jaune encore plus vif, suscitant davantage des « ils n'ont quand même pas osé faire ça » que des rires francs). Mais le scénario de François Avard et Jean-François Mercier est celui d'auteurs qui ont longuement réfléchi sur notre système politique et ses (grosses) lacunes. 
Retrouvailles réussies, donc? Globalement, oui. Ce ne sera pas tout le monde qui arrivera à lire le sous-texte ni à saisir toutes les subtilités des revirements et des réactions, mais ce n'est pas nécessaire pour saisir l'intention du film. Du moins, pour ceux qui comprendront que les Bougon tombent sur le premier os de leur vie d'escrocs.
C'est un peu malgré elle que la célèbre famille d'assistés sociaux se retrouve en politique, après un passage remarqué de Paul Bougon (Rémy Girard) à la télé, suscitant un tel engouement sur les réseaux sociaux que plusieurs citoyens verraient l'illustre chef de famille devenir premier ministre. Il n'en faut pas plus pour que les Bougon se lancent dans l'aventure. Et comme ils n'en sont pas à une contradiction près, ils se retrouvent vite à adopter des comportements qu'ils contestaient ouvertement quelques semaines plus tôt, se faisant même des alliés chez leurs ennemis.
Sauf Rita « Tita » Bougon, qui est plutôt en plein questionnement de couple. L'engouement de Paul pour la politique n'arrangera pas les choses. Mais lorsque l'improbable se produit et que Papa Bougon est élu, le désenchantement sera au rendez-vous, au péril de l'unité du clan.
Outrance incarnée
Les Bougon étant l'outrance incarnée, il faut s'attendre à ce que le film multiplie les coins ronds, les fanfaronnades et les raccourcis psychologiques. Cela étant, la seule invraisemblance qui dérange vraiment, c'est lorsque Dolorès (Hélène Bourgeois-Leclerc) se voit obligée de démissionner de son poste de ministre de la Culture parce qu'un scandale de prostitution l'éclabousse, nous forçant à tolérer qu'aucun journaliste n'ait mis la main sur cette information avant son élection.
Il faut aussi accepter le soudain revirement sentimental de Rita, qui avait toujours été la tête la plus froide de la famille. Difficile de la voir céder ainsi à des besoins émotionnels et se laisser séduire aussi facilement par un jeune Cubain cherchant, manifestement, à sortir de son pays avec sa famille. Surtout que cette moitié du scénario a tendance à ralentir l'autre qui ne manque jamais de rythme, grâce à la réalisation nerveuse de Jean-François Pouliot.
Heureusement, on réintègre le même univers de répliques cinglantes, la même impudence, une vulgarité poussée encore plus loin et des personnages tout aussi sympathiques dans leurs failles. Des prestations d'acteur, rien à redire, sinon que le film permet à Rémy Girard et Louison Danis d'étaler un spectre plus grands d'émotions, un défi qu'ils relèvent haut la main.
Avertissement : la fin du film est tout sauf réjouissante et pas du tout révolutionnaire. La déclaration de Mao (Laurence Barrette) - porte-voix de François Avard s'il en est un - sur le réel désir de changement des électeurs a un effet coup de poing. Mais ce constat d'impuissance et de complaisance a au moins le mérite de déranger. À espérer qu'il fouettera les sangs de ceux et celles qui refusent le défaitisme et ne perdent pas espoir envers un système plus juste.
VOTEZ BOUGON
COMÉDIE
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Réalisé par Jean-François Pouliot
Avec Rémy Girard, Louison Danis et Claude Laroche