Après 15 ans à chanter sur la scène punk rock et ska avec Les Conards à l’Orange, Frank Custeau plonge en solo dans d’autres eaux musicales. Il lance mercredi Départs d’août, sa première galette à titre d’auteur-compositeur-interprète.

Vol solo pour Frank Custeau

Après 15 ans à chanter sur la scène punk rock et ska avec Les Conards à l’Orange, Frank Custeau plonge en solo dans d’autres eaux musicales. Il lance mercredi Départs d’août, sa première galette à titre d’auteur-compositeur-interprète.

« Je savais depuis longtemps que j’allais un jour faire un album tout seul. Honnêtement, je pensais que ça allait arriver plus tôt que ça dans mon parcours. »

Sauf que le groupe créé avec les copains avant même d’entamer la vingtaine a duré 15 ans. Jusqu’à ce que l’enthousiasme s’essouffle, jusqu’à ce que de nouveaux projets prennent davantage de place. Après trois albums, les autres membres du quatuor avaient d’autres priorités que le groupe dans leur agenda. 

Pas Frank Custeau.

« Pour moi, la musique, c’était toujours le plan A. Mais je sentais que l’aventure des Conards arrivait à sa fin », dit celui qui était à l’autre bout du Québec, au bord du fleuve, quand l’un des membres du groupe a annoncé qu’il devait prendre un temps d’arrêt en raison de problèmes de santé.

« J’étais tout seul au loin à pleurer la fin d’une relation amoureuse et la fin du groupe. Je perdais tout, d’un seul coup. »

Mais il gagnait la possibilité de repartir à neuf, a-t-il aussi réalisé dans la foulée.

« J’étais prêt depuis un bout. »

Depuis deux ans, en fait.

« Mon père est décédé en août 2014. Ça m’a soufflé. On sait qu’on va tous mourir, bien sûr, mais ça reste plutôt abstrait, un peu lointain. Avec le départ de mon père, j’ai réalisé que ça pouvait arriver n’importe quand et qu’il valait mieux ne pas perdre de temps avant de faire ce qui nous tient à cœur. »

Ce père parti trop tôt se faufile dans plus d’une chanson. C’est que Jean Custeau était un géant qui avait lui-même les deux pieds dans les mots et la musique. L’auteur-compositeur-interprète estrien a laissé plusieurs disques derrière lui et une empreinte forte dans le cœur de son fils, qui a eu envie de le saluer sur album.

« De lui, je retiens la force d’aller vers ce qu’on a vraiment envie de faire. Il a attendu toute sa vie après le succès qu’il n’a jamais eu. Mais tous les matins, il se levait et travaillait quand même dans son studio. Il suivait son cœur, malgré l’adversité et la difficulté de faire son chemin dans le monde de la musique. J’ai hérité de tous ses instruments, dont sa guitare acoustique. C’est particulier, parce que j’écoute le disque, et je reconnais son timbre de voix dans la mienne pour la première fois. »

C’est qu’en sortant du registre punk, Frank changeait aussi de tonalité. Pour laisser toute la place aux mots.

« Je baigne dans la chanson française depuis que je suis enfant. J’ai grandi avec Brassens et Renaud dans les oreilles, j’aime ce que font les Cowboys Fringants, Mononc’ Serge et Fred Fortin, par exemple. Pour moi, c’était naturel de peaufiner les paroles », dit le Sherbrookois qui détient un baccalauréat en littérature de l’Université de Sherbrooke.

Dans ses textes, il y a du crachin. De l’alcool. De l’amour en peine, des tempêtes dans le cœur. Il y a aussi des éclats de lumière, de l’humour, des rêves à portée de doigts, des envies de se pousser dans le dos pour toucher à différents possibles.

« C’est un album très personnel, parce que la seule façon de faire quelque chose de pertinent, c’est peut-être de parler de soi, d’aller puiser dans son unicité pour toucher à l’universel. »

Slam Disques, la maison de disques qui avait propulsé les albums des Conards à l’Orange, a laissé carte blanche à l’auteur-compositeur-interprète.

« Quand je leur ai parlé d’un CD en solo, ils ont tout de suite embarqué, sans hésiter et sans savoir ce que j’aurais à proposer. C’est assez formidable d’avoir pareille marque de confiance et d’avoir autant de liberté. »

Teinté de touches manouche, rock et jazz, le disque a été enregistré au studio Le Nid de Saint-Adrien. Il porte la griffe des deux coréalisateurs Pierre-Philippe « Pilou » Côté (alias Peter Henry Phillips) et Alex Crow. Les deux multi-instrumentistes ont apporté une touche musicale que Custeau n’avait pas imaginée.  
« Ils ont emmené les tounes beaucoup plus loin, ils les ont fait vivre autrement. J’étais stressé à l’idée d’entrer en studio avec un projet tout personnel, mais finalement, l’expérience a été vraiment géniale. Le studio, en nature, était un superbe cocon de création. Et entre nous, il y avait beaucoup de camaraderie. On avait du fun à se retrouver autour des chansons et à faire de la musique », dit le musicien de 34 ans qui piaffe d’impatience à l’idée de retrouver la scène.

« Au lancement, nous serons six à partager les planches. J’ai vraiment hâte. Après ça, ce que j’espère, c’est faire des shows. »

Cinq chansons sous la loupe

Le punk rock
« Une chanson qui parle de la fin d’un groupe et que j’ai commencé à écrire alors que Les Conards à l’Orange existait toujours. »

Robert Motivé
« C’est le premier extrait. J’ai tendance à procrastiner dans la vie et je me suis retrouvé avec une fureur de vivre, un besoin de faire des choses. Je me suis inventé ce bonhomme-là pour me faire un modèle de bottage de fesses. »

Forte et courageuse
« Celle-là est inspirée d’une amie qui a vécu une chose horrible. Au début, je ne voulais pas écrire là-dessus, je ne voulais pas en faire une chanson, mais la toune est venue toute seule, en quelque sorte. »

Le cimetière
« Elle parle des moments de doute extrême. L’image que j’avais était celle d’une erreur qui t’emmène quelque part. Et d’erreur en erreur, tu te perds un peu en chemin. »

Mort
« C’est en fait un hymne à la vie, que j’ai écrit un matin où vraiment, tout allait bien dans mon existence. Je me suis dit que je n’avais pas envie de mourir à ce moment-là, parce que je voulais savourer tout ce bonheur que je vivais. »


Vous voulez y aller
Spectacle-lancement
Frank Custeau
Départs d’août
Théâtre Granada
Mercredi, 18 avril, 19 h
Entrée gratuite


Vous voulez écouter
Frank Custeau
Départs d’août
Slam Disques