Le musée de Dresde, a été cambriolé il y a un an.
Le musée de Dresde, a été cambriolé il y a un an.

Vol du musée de Dresde: la police arrête des suspects et cherche les diamants

Sophie Makris
Agence France-Presse
BERLIN — Un an après un spectaculaire vol de diamants dans un musée de Dresde, le mystère pourrait être résolu avec l’arrestation mardi en Allemagne de trois suspects, accompagnée de nombreuses perquisitions pour tenter de retrouver les joyaux dérobés.

La police est intervenue au petit matin dans le quartier populaire et branché de Neukölln, au cœur de Berlin, où elle a lancé une importante opération, mobilisant plus de 1600 agents.

Bilan : trois personnes arrêtées, «fortement soupçonnées» d’avoir participé au cambriolage du musée Grünes Gewölbe de Dresde en novembre 2019 et 18 perquisitions visant des «appartements, garages et véhicules».

Les trois hommes arrêtés, de nationalité allemande, sont soupçonnés de «vols aggravés en bande organisée et d’incendie criminel» pour deux d’entre eux.

Selon le tabloïd Bild, les policiers lient cette affaire aux activités d’un clan familial criminel d’origine libanaise très actif en Allemagne et déjà impliqué dans le vol d’une pièce d’or géante de 100 kilos, d’une valeur d’environ 3,75 millions d’euros (5,8 M$), dérobée en 2017 au Bode-Museum de Berlin.

Les malfaiteurs avaient été condamnés à des peines de prison fermes, mais la pièce d’or canadienne, baptisée Big Maple Leaf et sur laquelle apparaissait l’effigie de la reine Elizabeth II, n’a jamais été retrouvée. Les enquêteurs estiment qu’elle a sans doute été fondue et l’or revendu ou expédié à l’étranger.

Concernant le vol audacieux de Dresde, les enquêteurs tentent également de mettre la main sur tout ou partie du butin dérobé : une dizaine de parures du 18e siècle, comportant bijoux et pierres précieuses, soit plusieurs «centaines» de diamants, dont un de 49 carats.

Cette pièce unique était incorporée dans une épaulette. La police de Saxe a d’ailleurs baptisé son enquête «l’affaire épaulette». Une épée dont la poignée est incrustée de neuf gros diamants et de 770 petits diamants, figure aussi parmi les objets.

Une des pièces dérobées au musée de Dresde.

L’opération de police est «axée sur la recherche des trésors artistiques volés et des preuves possibles, telles que des supports de stockage de données, des vêtements et des outils», a indiqué le parquet de Dresde dans un communiqué.

«Il faudrait être très chanceux pour retrouver (les objets) un an après le crime», a toutefois averti mardi le porte-parole de la police de Dresde, Thomas Geithner, auprès de journalistes à Berlin.

Pays touché «au cœur»

Le 25 novembre 2019, les cambrioleurs s’étaient introduits à l’aube dans le musée Grünes Gewölbe (Voûte verte) de la ville baroque de l’ex-RDA et y avaient commis leur forfait en quelques minutes.

La direction avait qualifié les pièces volées d’une valeur historique et culturelle «inestimable» et non chiffrable. Le cambriolage avait causé l’émoi en Allemagne, la ministre de la Culture parlant du vol «de pièces constitutives de notre identité en tant que nation culturelle (qui) nous touche au cœur».

Les enquêteurs offraient une récompense de 500 000 euros (775 000 $) pour tout renseignement dans cette affaire.

Un incendie avait détruit un transformateur électrique situé à proximité de l’établissement, désactivant ainsi les alarmes du musée et l’éclairage des rues adjacentes.

Une caméra de surveillance avait continué de fonctionner et filmé deux hommes. Les voleurs étaient entrés par une petite ouverture d’une fenêtre du musée puis s’étaient introduits dans la chambre forte verte d’Auguste le Fort, prince-électeur de Saxe et roi de Pologne au XVIIIe siècle.

Selon Bild, les personnes interpellées appartiennent au «clan Remmo», une vaste famille kurde d’origine libanaise qui a souvent eu maille à partir avec la police et la justice dans le passé.

Plusieurs groupes familiaux «règnent» dans le monde interlope de Berlin et fonctionnent comme des organisations criminelles, puissantes et fortunées, selon des experts.

À partir de 1723, Auguste II, dit Auguste le Fort, a entreposé dans ce musée, construit au XVIe siècle, sa collection personnelle, associée à des bijoux et œuvres de la Renaissance ou d’art Baroque.

Le musée, un des plus anciens d’Europe, possède une incomparable collection de trésors, composée d’orfèvrerie, pierres précieuses, porcelaine, des sculptures d’ivoire ou d’ambre, bronzes ou récipients sertis de pierreries.