En somme, le premier spectacle solo de Virginie Fortin, Du bruit dans le cosmos, fait beaucoup de bien.

Virginie Fortin : se remettre (drôlement) en question

CRITIQUE / Elle a le filon, le talent, l’aisance, l’originalité, la modestie bien placée. On pourrait aussi dire qu’elle a, dans son humour, un petit côté britannique, notamment lorsqu’elle s’appuie sur des questionnements très philosophiques pour en faire ressortir, avec un certain flegme, toute l’absurdité. Elle est encore un peu tiraillée entre la comédienne, l’improvisatrice et l’humoriste, mais elle est en bonne voie de bien tenir chacune à sa place.

En somme, le premier spectacle solo de Virginie Fortin, Du bruit dans le cosmos, fait beaucoup de bien. Parce qu’il n’est pas soumis à la dictature du punch-line à toutes les répliques. Parce qu’il s’attarde sur des thèmes auxquels on devrait réfléchir plus souvent. Parce qu’il s’éloigne de cette lassante tendance de l’humour nombriliste en nous rappelant, avec une savoureuse ironie, que nos petits problèmes sont des fractions de poussières à l’échelle de l’univers.

« Même Ludivine flotte dans l’espace! » rappellera l’humoriste, en replaçant l’engouement pour la série Fugueuse dans une perspective astrophysique, un procédé auquel elle recourra souvent et qui fait merveilleusement mouche. Par exemple lorsqu’elle compare les êtres humains, vus du cosmos, à des « bactéries avec des cartes Inspire ».

Oubliant son micro, son personnage de scène fera d’ailleurs une belle crise d’angoisse, dès les premières minutes, devant cet espace infini qui nous entoure. Un des moments où l’actrice l’emporte temporairement sur l’humoriste. Pas catastrophique, mais assez décalé pour qu’on sente qu’on n’est plus sur le bon disque. Un égarement qui se reproduira un peu aussi dans son sketch sur la différence entre cool et hot, mais qu’elle désamorcera magnifiquement avec sa réplique finale.

À sa défense, on pourrait dire que Virginie ne craint pas les moments de silence ni les froids, car elle en balance volontairement plusieurs au visage de ses ouailles.

Elle va même au-devant des coups, en reconnaissant que son public aura peut-être besoin de vacances après son show et que sa prestation manque peut-être d’anecdotes… avant d’en livrer une qui fera prendre conscience que, finalement, avec l’humour engagé, on ne rit peut-être pas à toutes les répliques, mais on se sent vraiment moins niaiseux.

Rectitude gauchiste

Un de ses meilleurs coups est celui où elle regarde les êtres humains par la lorgnette d’extra-terrestres qui mettraient la main sur les messages enfermés dans la sonde Voyager, se servant de véritables informations pour mettre en exergue l’opération de relations publiques derrière. Ses parallèles avec les réseaux sociaux sont bien envoyés et ses tentatives d’expliquer l’argent aux habitants d’autres planètes sont remplies de beaux éclairs de lucidité.

La surconsommation, la superficialité, les abus du marketing passeront aussi dans son tordeur, sans qu’elle s’épargne elle-même.

Très réussi également, ce passage où elle reprend une de ses premières blagues sur un itinérant, pas très politiquement correcte, avant de nous la refaire dans un carcan de rectitude gauchiste. Une belle façon d’aborder indirectement les abus de susceptibilités qui affligent notre époque.

Improvisatrice hors pair, Virginie pourrait se permettre d’en user davantage (si jamais elle voulait allonger un peu son spectacle). Sa façon de recadrer le spectateur qui mange ses croustilles trop bruyamment était du grand art : « Ah vous avez déjà vu le spectacle deux fois? C’est pour ça que ça ne vous dérange pas de manquer des bouts à cause des crounchs… »

Si l’humoriste livre son spectacle avec beaucoup de souffle (100 minutes sans pause), la densité du propos mériterait quand même un entracte. Une possibilité à soupeser… si elle souhaite que son public n’ait pas besoin de vacances après.