Virginie Fortin

Virginie Fortin : entre peur et plaisir

« Enfin » n’est pas véritablement le bon mot pour accompagner la sortie du premier spectacle de Virginie Fortin. Même si elle avait d’abord promené, en 2014 et 2015, une prestation conjointe en compagnie de son amie Mariana Mazza, même si cette dernière est arrivée avec Femme ta gueule dès 2016 et qu’elle le présente depuis bientôt deux ans, Virginie Fortin ne lance pas Du bruit dans le cosmos avec le sentiment de franchir à son tour une étape qu’elle attendait avec impatience. Au contraire, la comédienne et humoriste de 31 ans a savouré pleinement chacune des expériences (SNL Québec, Trop, Code F) que la vie a mises sur sa route ces dernières années, sans urgence de passer à la prochaine étape.

« Je ne dirais donc pas enfin prête mais plutôt finalement prête. Devenir humoriste n’a jamais été un rêve d’enfance ni d’adolescence. Au contraire, j’ai toujours su que je voulais prendre mon temps. Quand j’ai fait le spectacle avec Mariana, on venait toutes deux de commencer. Je me suis permis d’apprivoiser le métier et le stand-up comic, d’absorber tout ça, de vérifier si j’aimais vraiment. Aujourd’hui, je trouve que ces quatre années m’ont été salutaires, parce que j’ai fini par découvrir ce que je voulais dire et faire », résume-t-elle.

D’ailleurs, se dépêcher de concrétiser ses aspirations ne correspond pas du tout à la philosophie de vie de Virginie Fortin. « Je réponds souvent que je n’ai pas d’ambitions, mais dans le fond, c’est juste que je ne suis pas pressée de réaliser mes rêves. Ces dernières années, j’ai eu le temps de vivre 18 000 affaires, j’ai beaucoup écrit... Aujourd’hui, je me sens outillée. Je ne suis pas sûre que j’aurais eu autant de fun, il y a deux ans, de me retrouver toute seule en tournée. »

L’artiste s’estime simplement heureuse d’avoir plusieurs passions et de pouvoir les réaliser les unes après les autres. Son souhait de devenir actrice, tout comme son papa Bernard Fortin, n’a donc jamais pris la voie d’évitement, même si, après ses études en théâtre au Cégep Marie-Victorin, elle est plutôt entrée en littérature à l’Université McGill, puis a bifurqué vers les langues, avant d’être admise en communications à l’UQAM puis de partir à Chicago pour se perfectionner en improvisation.

En fait, s’il y a une constante dans toutes ces années d’exploration, c’est justement l’impro (elle a fait partie de la LNI pendant dix ans). « Ça m’a permis de découvrir que je pouvais être drôle et combiner ça avec le jeu d’acteur. Je n’ai donc jamais fait de deuil de mon désir de devenir comédienne. Aujourd’hui, je m’aperçois qu’avec l’humour, je peux quand même vivre tout le reste. »

« Dans le fond, si je veux me psychanalyser, on pourrait dire que ce qui m’effraie m’attire. La première fois que j’ai essayé le stand-up, ma réaction a été : "Attends une minute! C’est épeurant... mais c’est le fun, ça!" Quand je suis partie pour le Festival Fringe à Édimbourg en 2016 [Virginie est parfaitement bilingue] et que je me suis retrouvée dans un bassin de 900 spectacles, certains soirs devant seulement six personnes, à minuit, je ne peux pas dire que ça n’a pas été difficile, mais j’en ai retiré beaucoup de fierté et j’ai rencontré des humoristes de partout... Chaque peur affrontée m’a permis de m’améliorer », constate-t-elle.

Philo nono

Le premier spectacle de Virginie est à l’image de sa façon plutôt zen de voir la vie. Avec Du bruit dans le cosmos, l’artiste va à l’encontre de ses nombreux collègues qui s’inspirent du quotidien. Depuis son enfance, Virginie trouve fascinante l’idée de réfléchir sur la présence humaine dans l’infini de l’univers.

« De se voir ainsi tout petit, ça peut être une grande source d’angoisse... mais aussi de réconfort, quand tu t’aperçois que ton stress est très futile dans l’univers. J’ai donc décidé de verbaliser ça et de faire de l’humour d’observation depuis la stratosphère. Ça me permet d’aborder les travers humains d’une autre façon que selon le petit jugement de Virginie. Par exemple, comment expliquer certains de nos comportements aux extraterrestres? On pourrait parler d’un spectacle philosophique nono. »

Elle s’attarde quand même, au cours de ses 100 minutes de stand-up sans entracte, à quelques sujets plus terre-à-terre. « Parce que ça serait le fun que la vie soit agréable pour tout le monde, si possible de A à Z. »

Ceux et celles qui ont vu son spectacle avec Mariana ou à En route pour mon premier gala peuvent se rassurer : le matériel de Virginie est pratiquement flambant neuf. On ne retrouve que quelques bribes de ses prestations au Dr Mobilo Aquafest, le petit festival d’humour montréalais qu’elle a cofondé avec Sèxe Illégal, Guillaume Wagner et Adib Alkhalidey. La jeune femme signe l’essentiel de ses textes, avec la collaboration de Philippe Cigna de Sèxe Illégal, également son conjoint.

« Tout ce qu’il y a là-dedans est né dans les douze derniers mois. Une bonne part provient de ce que j’ai offert au Fringe en anglais en août. De toute façon, je serais incapable de donner le même spectacle 300 fois. Je me tanne très vite de ce que je dis. Cent représentations, c’est bien assez, dans mon cas, pour avoir eu le temps d’écrire un autre show. J’aime la scène, mais aussi le casse-tête d’y penser et le vertige de tester de nouvelles blagues. »

Virginie Fortin a amorcé sa tournée en novembre, mais elle ne raffole pas trop du mot « rodage », bien que la première montréalaise ne soit prévue que l’automne prochain. « Même si c’est un rodage et que des choses de construisent encore, il y a quand même quelqu’un devant toi qui te livre ses idées. Pour moi, du moment que c’est vivant, c’est un spectacle. Il y a quelque chose qui se passe. »

Le dilemme JPR

Virginie en a « viraillé » un coup dans son lit lorsqu’a éclaté l’affaire Gilbert Rozon, Juste pour rire étant le producteur de son spectacle. Autant elle a été choquée par les gestes reprochés à Rozon, autant elle a hésité à rompre les liens avec la boîte.

« J’ai vécu une véritable remise en question, vraiment. La production était alors très avancée et, en début de carrière, on a besoin de cette espèce de machine bien huilée derrière soi. J’avais aussi des gens formidables à JPR, Véronique Trépanier et Christian Thibault, qui travaillaient avec moi. Toutes les semaines, je leur demandais ce qui allait arriver. J’ai beaucoup douté, mais j’ai décidé d’attendre de voir ce qui se passerait. C’est sûr que j’ai été dégoûtée par tout ça, j’ai voulu partir à un certain moment, mais pour aller où? Et est-ce que ce serait vraiment mieux? Quels secrets on ignore encore? Aujourd’hui, l’entreprise continue d’exister, elle est presque vendue, Gilbert Rozon n’est plus là et il file doux... »

De l’importance des fictions

La deuxième saison de Trop, dans laquelle Virginie Fortin joue une jeune femme bipolaire, sera dévoilée aux médias lundi. Le tournage s’est réalisé de septembre à novembre, ce qui a donné quelques sueurs à la comédienne, qui peaufinait son spectacle au même moment.

« J’ai eu un automne un peu rock ‘n’ roll, mais ça a été formidable encore une fois. On avait eu beaucoup de plaisir à tourner la première saison. Le plateau, les textes, tout est le fun. C’est vraiment un pur bonheur. »

Virginie s’est évidemment fait beaucoup parler du problème de santé mentale que vit son personnage d’Anaïs. « On reprend conscience de l’importance des fictions pour briser certains tabous. Des personnes dont un proche est bipolaire, ou qui le sont elles-mêmes, m’abordent maintenant dans la rue ou sur Facebook et me disent que la série leur a fait beaucoup de bien, qu’elles sont heureuses que ce soit une comédie, parce que la bipolarité, ce n’est pas drôle. L’humour aide à briser le silence. C’est aussi très humain de tenter de désamorcer la tragédie par le rire. »

Que réserve l’avenir à Anaïs et à sa sœur Isabelle (Évelyne Brochu)? Virginie Fortin préfère rester discrète. « Disons simplement qu’après s’être occupée de sa sœur, Isabelle verra peut-être la situation s’inverser... »

VOUS VOULEZ Y ALLER
Du bruit dans le cosmos (en rodage)
Virginie Fortin
Les 23 et 24 mars, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 30 $

Samedi 7 avril, 20 h
Centre d’art de Richmond
Entrée : 22 $