Roxane Del

Violoniste électroluminescente (vidéo)

Lorsqu'elle veut habiller l'ambiance de sa maison, Roxane Del ne branche pas son Ipod dans les haut-parleurs. La violoniste glisse plutôt un dvd dans le lecteur du salon.
« Les images me parlent tellement que pour moi, c'est comme de la musique. Peut-être parce que je travaillais le soir avec des orchestres symphoniques, je ne pouvais pas aller beaucoup au cinéma. Je me suis rattrapée, je suis une fan de films! Les longs-métrages de répertoire, les séries télévisées : on les achète tous. On les écoute et les réécoute. »
C'était presque une évidence, un choix incontournable : Invictus, le plus récent disque de la musicienne, est tissé de pièces tirées de diverses trames sonores. Certaines y sont parce qu'elles lui ont laissé une empreinte franche dans le coeur. D'autres étaient des essentielles tant leur structure symphonique en imposait. Chacune a son histoire, mais toutes sont véhicules d'émotions.
« En écoutant la trame sonore d'un film, on replonge dans l'histoire, on se rappelle certaines scènes. Je pense, par exemple, au long-métrage Le dernier des Mohicans. La musique finale est très forte. En l'entendant, on revoit la plus jeune soeur plonger dans le vide, à la toute fin », explique celle qui s'est d'abord fait connaître sous son nom complet, Roxane de Lafontaine, qu'elle a choisi de raccourcir.
Anges et Démon, Da Vinci Code, Parfum de femme et Moulin Rouge sont toutes des bobines ayant inspiré la musicienne qui a grandi à Sherbrooke. Mais parmi tous les films qu'elle a visionnés, c'est Modigliani qui l'a tout particulièrement touchée.
« Peut-être parce que c'est une histoire vraie. À une époque où ça ne se faisait pas, Jeanne a tout renié par amour. Ça me renverse et m'émeut, cet amour inconditionnel. »
Inspirant Invictus
Invictus est un autre long métrage qui a fortement interpellé la violoniste. Tant et tellement qu'elle en a fait le titre de son album.
« Au départ, je devais nommer mon disque El tango de Roxanne, comme la chanson tirée de Moulin Rouge. Mais quand j'ai vu le film sur Mandela, quand j'ai entendu son poème, surtout, je n'ai pas pu m'en détacher. Tous les jours de sa détention, pendant 27 ans, il l'a récité. C'est un texte très beau, qui trouve un écho chez chacun. C'est devenu ma petite bible à moi. Il évoque de belles valeurs. Et Invictus, qui signifie invaincu, inébranlable, résonne beaucoup en moi parce que je suis une battante. »
Les mots ne sont pas prononcés à la légère. Dyslexique, Roxane a appris à jouer du violon sans savoir lire la musique. Vaillante et douée, elle a toujours travaillé très fort. Tant et si bien qu'à 16 ans, elle était admise à l'Université McGill et au sein de l'Orchestre des jeunes du Canada.
« Je jouais à l'oreille. À l'école, je devais ramer plus fort. J'y arrivais, mais c'était difficile. Alors la musique, c'était du bonheur. Je me plongeais là-dedans matin et soir avec une grande discipline. Lorsque j'ai pris un violon pour la première fois, la connexion s'est faite tout de suite. J'ai eu un coup de foudre pour l'instrument. »
Plus tard, elle a joint l'Orchestre Symphonique de Québec. Elle s'est ensuite lancée en affaires avant de revenir à la musique et oser un premier album, Strad, mon âme insoumise, en 2010.
Des sons et des sentiments
Aussi atteinte de synesthésie, Roxane Del a transcendé sa différence jusqu'à en faire une force lorsqu'elle manie les cordes. Et c'est peut-être plus vrai encore avec sa quatrième galette musicale.
« À cause de la synesthésie, je fais naturellement des liens entre le visuel et l'auditif. En musique, ça me permet de faire naître des émotions. Avec Invictus, je voulais toucher à ça, je voulais mettre des sentiments sur des sons. »
Et elle voulait laisser toute la place à son violon.
« J'adore chanter, je le fais un peu sur ce disque et je vais continuer de le faire, mais c'est avec mon instrument que je suis le plus à l'aise. »
Entourée de quelques musiciens, dont la chanteuse sherbrookoise Catherine Elvira Chartier, la violoniste a enregistré son album dans les studios de Larry O'Malley.
« Pour ce disque-là, j'ai passé un an à faire des recherches. Je voulais m'imbiber des émotions afin de les rendre avec justesse. Je suis très heureuse du résultat. Invictus est, je pense, un album accessible qui peut tourner en boucle et qui peut rejoindre un large public. »
Comme un bon film, finalement.