La salle Maurice-O’Bready était comble depuis plusieurs mois pour le premier passage à Sherbrooke du spectacle solo de Katherine Levac hier soir. La jeune humoriste franco-ontarienne, même s’il lui manque quelques épices en formule stand-up comic par rapport à ses personnages, a su tirer plusieurs rires d’un auditoire déjà séduit.

Velouté et légèrement corsé

CRITIQUE / On savait déjà qu’elle pouvait nous faire rire avec une panoplie de personnages, de la Paidge Beaulieu de SNL Québec à la Rébecca-Sophie de Like-moi! Maintenant, Katherine Levac a-t-elle le même pouvoir hilarant dans une formule stand-up comic? Un peu moins, il faut l’avouer, même si son premier spectacle solo, Velours, ne cesse de prendre du coffre tout au long de ses 90 minutes.

Remarquez, c’est tout à l’honneur de la jeune Franco-Ontarienne de vouloir montrer sur scène une autre facette de ses talents. Mais Katherine Levac a un peu le même karma que Pauline Martin : elle torche à tout coup dans la peau de personnages comiques. C’est sa grande force, et elle passera probablement une partie de sa carrière à vouloir s’en détacher.

La preuve, c’est que deux des meilleurs moments de sa prestation sont lorsqu’elle s’éloigne de son monologue pour chanter un délirant hommage aux femmes de 64 ans et, plus tard, pour reprendre, le temps de quelques répliques, la peau de cette amie de Sudbury cassant royalement son français, prétexte pour raconter la genèse de cette désormais immortelle Paidge Beaulieu. La salle en aurait assurément voulu davantage.

Mais le reste de la soirée demeure très réussi. C’est juste que le démarrage est un peu lent, la prestation n’atteignant sa vitesse de croisière qu’au premier tiers environ, le temps que l’humoriste campe son petit monde, puis qu’elle habitue le public à son langage propre (il faudra quand même retravailler l’articulation, car on en perd des bouts).

Quand c'était hot!

La grande force de Katherine Levac, c’est cette façon de commencer une phrase dans une humeur et de la terminer dans une autre totalement à l’opposé (c’est presque devenu sa marque de commerce). On passe ainsi souvent du léger et joyeux au très bête, ce qui crée des décalages vraiment drôles.

Mais l’humoriste exploite aussi à merveille des thèmes qui lui sont proches, tels son appartenance à la génération Y et son statut de Franco-Ontarienne vivant au Québec. Sa meilleure blague à ce sujet sera sa comparaison entre la souveraineté et Michèle Richard. « Je sais que ça existe, mais j’étais pas là quand c’était hot! »

On notera d’ailleurs un fond de vrai à plusieurs de ses sketchs, et ses interventions plus politiques et sociales (entre autres envers Justin Trudeau, l’Église et l’assimilation des francophones par les anglophones) sont vraiment bien envoyées. Bref, un terrain sur lequel elle pourrait s’aventurer davantage. Elle fait un léger saut sous la ceinture, mais on est vraiment à des lieues de Mariana Mazza en matière de vulgarité.

Le talent de compliquer

Velours, c’est donc la vie d’une jeune femme qui, lorsqu’elle se compare à ceux et celles qui l’ont précédée, à l’impression d’avoir une existence de rêve et de n’avoir aucune raison de se plaindre. On s’en doute, l’heure et demie servira à nous démontrer, avec force rires, que malgré ce constat, la vie des jeunes d’aujourd’hui n’est pas forcément plus simple. Ou alors que notre époque vient avec ce talent de compliquer inutilement les choses.

Tout au long de sa prestation, Katherine Levac sème des histoires qu’elle ramènera plus tard à des moments inattendus, notamment son récit d’orignal qu’elle a vu « ne pas se noyer ».

Le spectacle passe parfois un peu trop du coq à l’âne, laissant un sentiment de TDAH, et il reste aussi à poncer les interventions avec la salle, dont les ficelles sont un peu trop apparentes. Quand la fille de Montréal, l’étudiante de Brébeuf et la spectatrice qui rit trop sont toutes dans le même coin et ont la même voix, on commence à douter que ce ne soit pas arrangé.