Valaire a déterré l’enregistrement du concert donné avec l’Orchestre métropolitain en 2014, à Montréal, pour marquer ses dix ans d’existence. Le quintette d’origine sherbrookoise lance le disque Valaire symphonique, qui permet d’entendre la captation de ce moment unique.
Valaire a déterré l’enregistrement du concert donné avec l’Orchestre métropolitain en 2014, à Montréal, pour marquer ses dix ans d’existence. Le quintette d’origine sherbrookoise lance le disque Valaire symphonique, qui permet d’entendre la captation de ce moment unique.

Valaire : Opus tout symphonique

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
Entre la sortie d’un microalbum l’été dernier avec Qualité Motel et la composition de nouvelles pièces pour un prochain opus signé Valaire, les cinq musiciens sherbrookois membres des deux groupes lancent un album atypique.

Enregistré en 2014 avec l’Orchestre métropolitain, le disque Valaire symphonique fait briller les compositions du quintette dans un autre registre que leur habituel électro-jazz. Captée devant public, au temps où le Misteur précédait encore Valaire dans le nom de la formation née il y a un peu plus de 15 ans, l’offrande regroupe une vingtaine de titres, certains pigés sur leur tout premier CD, Mr. Brian, paru en 2005. 

Dépoussiérer les bandes sonores a permis au quintette de se remémorer l’esprit de cette soirée d’exception, quand ils ont pris place parmi les 56 musiciens classiques, au cœur de l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Brigitte Poupart avait signé la mise en scène du spectacle auquel participait aussi le chœur de l’école François-Joseph Perreault.

« C’est un truc qu’on n’avait jamais sorti, mais qu’on aime beaucoup, raconte Luis Clavis. Aller patauger dans n’importe quel autre enregistrement d’un vieux spectacle, je pense qu’on aurait tous trouvé ça un peu gênant, mais là, on était complètement à l’aise, et assez enchantés, en fait, de replonger dans l’orchestration étoffée, les moments particuliers, les belles surprises de ce concert. »

La soirée, qui marquait le dixième anniversaire du groupe, était un velours sur le parcours. Un projet rare, unique. De ceux qui ne se présentent qu’une fois. 

L’idée du maestro

« Je me souviens que j’avais rarement été aussi nerveux avant un spectacle! On a été vraiment bien accueillis par les musiciens, on sentait qu’ils avaient du plaisir à marier pop et classique. On se considère très choyés d’avoir pu faire ça. Et qui peut dire non à la possibilité d’être dirigé par Yannick Nézet-Séguin? Non seulement c’est une sommité, une superstar mondiale de la direction classique, mais c’est en plus quelqu’un de très agréable à côtoyer, un grand à l’approche vraiment accessible. »

C’est d’ailleurs le maestro lui-même qui avait lancé le premier mouvement, il y a longtemps.

« Il nous avait écrit sur Twitter après avoir entendu Golden Bombay [2010]. Il se demandait si on avait envie de le faire vivre en version symphonique. »

La réponse avait bien évidemment été positive. 

« On l’a relancé beaucoup plus tard et le projet a fonctionné. »

Ce projet porte également la griffe d’Olivier Hébert, le grand frère de Thomas (musicien de Valaire, qui compte aussi François-Simon Déziel, Jonathan Drouin et Julien Harbec). 

« Olivier évolue dans la musique aussi, souligne Luis. Il est un peu plus vieux que nous, mais il a en quelque sorte suivi le même parcours musical que le nôtre, à Sherbrooke. C’est lui qui a signé les arrangements des chansons. Il y a des moments qu’il a complètement revisités, d’autres qu’il a remaniés dans un autre style. Comme il nous connaît bien, il savait ce qui allait nous faire triper. Au final, c’est intelligent, c’est beau, il y a plusieurs couleurs musicales, des images, aussi. Juste écouter cette orchestration-là, sans même jouer avec les musiciens, c’était une expérience formidable pour nous. »

Disque bonbon

Entre cuivres, flûtes et violoncelles, le groupe aux chansons rythmées a dû remodeler sa vision et son approche. 

« Avec un orchestre, c’est une autre façon d’interpréter les pièces. Comme on a l’habitude d’intégrer des couleurs électroniques à notre musique, tout est séquencé, on suit la cadence. Là, le tempo était donné par une espèce de vague qui passait par la main de Yannick Nézet-Séguin, afin que tout le monde soit dans le même élan. »  

Dans la discographie des Valaire, ce disque live est un extra. Un bonbon doux. « Comme un petit cadeau sur le side, entre deux albums », résume Luis Clavis. 

« On n’a pas eu à le remanier, on l’a remixé un peu, mais c’est à peu près tout. On est content de l’offrir, c’est un autre genre de musique qui sied bien au contexte actuel et qui peut sans doute faire du bien aux gens. Maintenant, nous, on a déjà la tête dans les nouvelles compos de Valaire, on travaille sur un disque qu’on espère sortir en 2021, mais il faudra voir, on ne veut pas forcer les choses. Mon quotidien est donc rempli de mélodies neuves », précise Luis.

Le précédent bouquet de chansons du groupe, Oobopopop, remonte à 2016.

« On est encore en exploration. On a fait plus d’une vingtaine de maquettes. En ce moment, on essaie de se forcer à rester dans la dimension instrumentale. Dans nos derniers projets, tant avec Valaire qu’avec Qualité Motel, il y a eu beaucoup de collaborations, ce qui nous amène vite à des standards plus pop parce qu’on passe en mode chansons. Là, on explore des formes plus progressives qui rappellent davantage nos premiers CD », note celui qui poursuit aussi, en parallèle, son projet franco en solo. 

« J’ai lancé mon premier disque avant la pandémie. J’ai plein de chansons en banque. C’est un univers que j’ai envie de continuer à faire évoluer. Je devrais d’ailleurs lancer une nouvelle chanson à la fin du mois d’octobre. »

Bientôt une nouvelle plateforme

En plus d’être une douceur pour l’oreille, Valaire Symphonique sera aussi l’occasion de tester une nouvelle plateforme pensée pour le milieu musical québécois.

« Un projet qui regroupe autant de musiciens, c’est compliqué à mettre en marché, parce que c’est très complexe à déclarer. Avec Guillaume Déziel, on s’est amusé à démêler tout ça, on a imaginé une nouvelle plateforme qui permet de déclarer ses droits d’auteur en ligne. Tous ceux qui ont participé au disque deviennent coproducteurs, ce qui permet de mettre en place un modèle innovant, à la fois simple et équitable, de partage des revenus », explique Luis Clavis. 

Ladite plateforme, SmartSplit, n’en est pas une de diffusion comme l’est Spotify. Officiellement lancée en 2021, elle visera à faciliter le partage de droits et des revenus, mais aussi à produire une documentation riche des œuvres musicales d’ici.

VALAIRE ET L’ORCHESTRE MÉTROPOLITAINVALAIRE SYMPHONIQUE ÉLECTRO CLASSIQUEMr Label et L’Orchestre métropolitain