Occupé à créer son nouvel opéra, Hadrien, qui sera présenté en première à Toronto en octobre, Rufus Wainwright n’était pas monté sur scène depuis un moment. Mais rien n’y paraissait. Sa voix était la même. Singulière et puissante. Nasale, mais juste. Celle qui fait de lui un artiste distinctif, reconnaissable aux premiers mots d’un couplet.

Une voix et une aura de légende

Vingt ans après la sortie de son premier album, Rufus Wainwright mettait les pieds pour la première fois à Sherbrooke pour y offrir, en solo, un spectacle en voix, piano et guitare. Quelque 800 spectateurs attentifs s’étaient rassemblés au Théâtre Granada pour l’applaudir.

L’auteur-compositeur-interprète était à peine monté sur scène qu’il entamait déjà une première chanson. Barbe blanchie par ses quatre décennies et demie, veston noir couvert de paillette, il a joué les notes de Beauty Mark. « Quel endroit! C’est pas Berlin. C’est plus paisible », a-t-il lancé avant d’enchainer avec Vibrate

Occupé à créer son nouvel opéra, Hadrien, qui sera présenté en première à Toronto en octobre, le chanteur n’était pas monté sur scène depuis un moment. Mais rien n’y paraissait. Sa voix était la même. Singulière et puissante. Nasale, mais juste. Celle qui fait de lui un artiste distinctif, reconnaissable aux premiers mots d’un couplet. 

Aussi à l’aise derrière un piano qu’une guitare, Rufus Wainwright a interprété, presque toujours les yeux fermés, une vingtaine de titres choisis dans l’ensemble de sa discographie. Entre ses performances musicales bien senties, il a glissé, en français comme en anglais, quelques mots au public. S’ouvrant sur ses amours. Son amour.

« Mon mari est Allemand. J’adore ça, mais parfois c’est difficile. Il a certaines règles que je dois suivre. Une d’entre elles est que, sur tous mes albums, je dois écrire une chanson pour lui. J’aime pas être forcé à faire les choses la plupart du temps. Mais finalement, je suis content, car ça donne de belles chansons d’amour », a-t-il raconté avant d’offrir la chanson Peaceful Afternoon à son amant Jörn Weisbrodt. 

« Pour tout le monde sauf une personne »

Y allant d’une petite anecdote, il a raconté qu’il avait déjà modifié, lors d’un spectacle en Californie, un passage grossier des paroles de Gay Messiah après avoir aperçu un gamin de 10 ans qui lui souriait dans les premières rangées. « Après le spectacle, je me suis aperçu que c’était une lesbienne de 36 ans. » 

En primeur, il a présenté trois chansons composées pour son prochain album de musique pop à paraître l’an prochain. Early Morning Madness parle des lendemains de veille. La tristesse qui vient souvent avec ces pénibles matins. Des siestes nécessaires pour se réconcilier avec le désordre laissé dans nos têtes une fois les bouteilles vides.

Il a offert Only for People that Love, une autre chanson inédite, à tous ceux qui aiment. « Tous ceux qui aiment au sens large. Aiment leurs enfants, leurs amis, leur amoureux. C’est vraiment pour tout le monde. Sauf une personne », a-t-il précisé, provoquant les rires de ceux qui avaient deviné qu’il faisait référence au président américain.  

Trois nouvelles chansons. Assez pour créer l’impatience d’entendre les autres titres de cet album à venir.

Sinon, l’artiste canado-américain a chanté une chanson en français, soit la Complainte de la Butte qu’il a enregistrée pour la trame sonore de Moulin Rouge en 2001. Et il a interprété deux chansons de Leonard Cohen, le grand-père de sa fille, soit Marianne et, bien sûr, Hallelujah.

Après seize chansons enfilées en 75 minutes de spectacle, Rufus Wainwright ne s’est pas laissé applaudir longtemps avant d’entamer les trois chansons de son rappel. Les spectateurs ne sont pas ressortis les mains rougies. Mais même sans mise en scène complexe, ils ont eu droit à la performance d’un solide musicien. Un artiste qui traine sur scène une aura de légende.

Le spectacle présenté au Théâtre Granada était le premier d’une courte tournée de cinq dates. Les quatre autres arrêts se feront en septembre en Ontario, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. Sa tournée All These Poses (conçue pour le 20e anniversaire de son premier disque) le ramènera au Québec l’an prochain. Reste à voir s’il reviendra pour une deuxième fois à Sherbrooke.