Le romancier Jacques Allard vient de faire paraître une suite qu'il n'avait pas prévue à son roman Rose de La Tuque. Paru il y a un mois, Sarah Zweig - D'amour et de guerre fera l'objet d'un lancement officiel le 9 août prochain à Eastman, tout juste avant le début des Correspondances, un événement que l'auteur a cofondé il y a 15 ans.

Une suite inattendue de Jacques Allard

Le roman Rose de La Tuque (paru en 2011 et lauréat du prix Alfred-DesRochers en 2012) ne devait pas avoir de suite. Pourtant, lorsqu'on connaît la passion quasi dévorante de son auteur pour la littérature, on n'est qu'à moitié étonné de voir l'histoire se poursuivre. Vrai que Jacques Allard a dû tordre un peu la fiction pour pouvoir donner vie à Sarah Zweig - D'amour et de guerre. Mais la cause étant noble, on a tendance à lui pardonner aisément.
Pour permettre à l'action de démarrer dans Sarah Zweig, Jacques Allard s'est permis une petite fantaisie. Il donne en effet la parole à un personnage que le lecteur croyait mort à la fin de Rose de La Tuque.
« Je ne pensais pas faire une suite à Rose de La Tuque », reconnaît d'emblée l'auteur, qui a cofondé les Correspondances d'Eastman il y a une quinzaine d'années. « Mais j'ai eu une idée pour en créer une et je me suis ensuite mis en marche. »
Autre confession de l'auteur : Sarah Zweig, le personnage central de son nouveau roman, lui ressemblerait beaucoup, bien qu'il s'agisse d'une femme. « Je l'ai alimentée de mes souvenirs et de mes références littéraires, par exemple », note-t-il.
Tout au long du livre, on retrouve les noms d'auteurs tels Stefan Zweig, Virginia Woolf et Sigmund Freud. Impossible sans doute de dissocier le romancier du professeur qu'il a été. Ou alors est-ce le contraire?
« Sarah Zweig est un roman sur des livres. J'en profite notamment pour rendre hommage à Stefan Zweig, un écrivain que j'ai découvert il y a longtemps et qui incarne l'humanisme, la culture et la civilisation à l'intérieur de l'histoire racontée. Mais il ne faut pas croire que je donne un cours de littérature. J'ai surtout voulu faire une bonne histoire. »
La « guerre secrète »
S'il a choisi de camper l'action de sa plus récente oeuvre romanesque en pleine Deuxième Guerre mondiale, Jacques Allard ne souhaitait toutefois pas écrire un livre faisant le récit détaillé de combats et d'atrocités commises en temps de guerre.
« C'est pour ça que Sarah est agente dans le renseignement canadien. Oui, les gens ont souvent vu ou lu des choses sur les conflits armés, mais quand on parle de guerre secrète, le public est moins au courant. »
Jacques Allard reconnaît, dans la foulée, que la guerre n'est pas un contexte facile. « Cependant, puisque ce type d'événement a plusieurs facettes, on peut en tirer de multiples histoires. »
Le sujet n'est jamais épuisé, en d'autres mots. D'autant plus que les personnages ont « une vie intime et traversent des émotions », ce qui n'est pas le cas des faits historiques froidement exposés.
Et si le deuxième conflit mondial se trouve en toile de fond dans le roman, l'auteur n'en réussit pas moins à tricoter une histoire d'amour, soit celle de Sarah Zweig et de Hugues Blackburn, un aviateur impliqué dans la bataille.
« Vivre en littérature »
Sans l'exprimer exactement de cette façon, Jacques Allard laisse clairement entendre qu'il ne pourrait se passer de la littérature. Et l'écriture lui permet justement d'alimenter le feu qui continue de crépiter à l'intérieur de lui.
« Après 50 ou 60 ans d'engagement, je peux encore vivre en littérature en écrivant des romans », confie-t-il, en révélant avoir déjà commencé l'écriture du tome III de sa future trilogie.
Derrière Sarah Zweig - D'amour et de guerre, il y a « cinq années de travail à temps plein ». La totalité des faits et informations historiques relatés dans le roman a été vérifiée. « Juste pour trouver la documentation, ça m'a pris trois ans. Ma longue expérience en recherche m'a servi. »
Lorsqu'il parle des recherches effectuées, Jacques Allard utilise le mot « scrupuleux » pour qualifier la détermination presque maladive avec laquelle certains traquent le moindre détail relié à un sujet donné. Il avoue lui-même être attaché à l'exactitude des faits.
« J'ai même vérifié la météo pour des journées précises pendant la Deuxième Guerre mondiale. Pourquoi? Pour me rapprocher le plus possible des faits », concède-t-il, avouant dans la foulée avoir un faible pour l'histoire avec un grand H.