Mathieu Blanchard, auteur, réalisateur, producteur et comédien de Coming Out.

Une série véritablement gaie

Si la série Coming Out (diffusée sur Sympatico et Kebweb de 2013 à 2014 et mettant en scène des personnages majoritairement homosexuels) a été offerte uniquement sur le web, ce n'est pas (contrairement à ce qu'on pourrait croire) parce qu'elle a été refusée par les grands réseaux de télé traditionnels, comme Radio-Canada ou TVA. Mathieu Blanchard, qui a non seulement écrit Coming Out, mais l'a aussi produite et réalisée (en plus de jouer dedans), rectifie rapidement cette fausse idée que l'on pourrait se faire.
« Au contraire, je trouve que le web rendait la série encore plus accessible. Pour la télé traditionnelle, le processus est très long et ardu. Il faut compter quatre ans et avoir deux saisons d'écrites avant de savoir si on sera accepté. Je trouvais que c'était beaucoup de travail pour trop de risques. Mais Bell, avec seulement le premier épisode en main, a fait preuve d'une très belle ouverture et n'a rien censuré. »
Amateur de séries américaines comme Queer as Folk et L Word, Mathieu Blanchard trouvait que le Québec n'avait pas encore eu sa série où tous les personnages principaux sont homosexuels (à part Cover Girl, sur l'univers des drag queens, ce qui n'était pas représentatif de la majorité de la communauté).
« Sinon, à la télé québécoise, les gais se limitaient souvent à l'ami du personnage principal, comme Éric Bernier dans Tout sur moi. On allait un peu dans sa vie privée, mais cela restait de la comédie. J'avais envie d'une série dramatique où l'on voyait les vraies
choses, des gais dans leur vie de tous les jours. J'ai décidé d'axer la première saison sur trois coming outs : un qui s'est bien passé, un autre en train de se faire et un dernier qui tourne mal », rapporte l'auteur-acteur polyvalent, qui a aussi tenté de déboulonner quelques clichés.
Maintenant offertes en DVD, les deux saisons de Coming Out (24 épisodes de neuf minutes) ont reçu un accueil plus que satisfaisant pour son concepteur, même si certains trouvaient que la série aurait pu aller plus loin. Elle a même été achetée à l'étranger.
Mathieu Blanchard a quand même dû se servir de son système D pour que Coming Out se concrétise, d'abord en fondant sa boîte de production, puis en se tournant en partie vers le sociofinancement. « Ce n'est pas à cause du propos que le financement est difficile à trouver, mais bien à cause des critères de sélection pour les séries web », souligne-t-il.
Il a quand même dû finalement abandonner le projet d'une troisième saison. « Mais je mijote autre chose sur les personnes transgenres et la transexualité. Là-dessus, nous sommes en retard de 20 ans. »