Johanne Morency

Une poète originaire de Sherbrooke remporte le Prix du récit de Radio-Canada

Le décès de sa mère en février 2012, à Sherbrooke, a été une épreuve éprouvante. Joanne Morency l'a traversée en écrivant son manque d'appétit, sa perte de repères, le ménage des souvenirs, au fil des jours, au fil des mois qui ont suivi.
Le condensé de son journal intime, entremêlé de haïkus, vient de lui valoir le Prix du récit de Radio-Canada 2014.
Le texte Tes lunettes sans ton regard a été choisi, parmi près de 600 histoires soumises en français, par un jury composé de Kim Thùy, Anaïs Barbeau-Lavalette et Samuel Archibald.
«C'est abstrait, le deuil. L'écriture me permettait de le ramener à du concret, à quelque chose de palpable. Tout est vrai dans le texte. Mon deuil a été très lié aux objets, du cadre tombé par terre aux souliers trop petits de ma mère qui me rappelaient qu'elle n'était plus là. Ces objets donnaient des signes de vie même après la mort », affirme la Sherbrookoise, qui vit en Gaspésie depuis vingt-cinq ans mais qui est venue vivre en Estrie les derniers mois de sa mère de 88 ans.
Tout était tellement vrai dans ce haïbun (le nom donné à cette forme littéraire japonaise), qu'il a fallu des mois avant que son auteure puisse rouvrir ses cahiers et retravailler ses brouillons. «Je n'avais pas l'énergie émotive d'embarquer là-dedans. Participer au concours m'a forcée à le faire, avec une date de tombée. Mais je ne pourrais toujours pas en faire une lecture publique. Mon père a lu le texte la semaine dernière seulement, et je ne voulais pas être là..»
La poète, qui a quatre recueils publiés aux éditions Tryptique, reçoit ainsi une résidence d'écriture de deux semaines à Banff, en Alberta, ainsi qu'une bourse de 6000 $. L'ancienne psychologue, qui a cessé d'analyser les émotions des autres pour écrire les siennes, s'en servira cet automne pour transformer son journal en un manuscrit de livre. «Dans le livre, j'évoquerai aussi mon retour en Gaspésie, seule, après avoir passé dix mois à Sherbrooke. J'étais habituée de ne pas voir ma mère, mais là, je réalisais que je ne pouvais plus l'appeler.»
Celle qui avait été finaliste pour le Prix de la poésie de Radio-Canada, en 2008, considère ce prix comme «un bel encouragement à continuer en ce sens».