Le chef du Chœur symphonique de SherbrookeJean-Philippe Dutil fera découvrir le Requiem for the Living de l’Américain Dan Forrest lors du concert du 28 avril prochain.

Une messe des morts pour les vivants

Sachant qu’un requiem est une messe pour les morts, le Requiem for the Living de Dan Forrest (Requiem pour les vivants) apparaît manifestement comme un oxymore. Mais pour Jean-Philippe Dutil, chef du Chœur symphonique de Sherbrooke, cette création récente (2012) par un compositeur d’à peine 40 ans s’inscrivait parfaitement dans le concert introspectif qu’il souhaitait offrir.

« Avec notre rythme de vie et tout ce qui se passe en ce moment dans le monde, les gens ont besoin d’intériorité et de temps pour s’arrêter », constate celui qui a aussi greffé au programme du prochain concert du CSS le Magnificat d’Arvo Pärt (compositeur méditatif s’il en est) ainsi qu’une prière pour la paix (Verleih uns Frieden) de Félix Mendelssohn.

« L’idée de Dan Forrest, en choisissant ce titre, c’est de rappeler que la seule chose qui rend les êtres vivants égaux, c’est de tous mourir un jour. Raison de plus pour essayer de trouver la paix et le réconfort ici. Dans son requiem, Dan Forrest témoigne aussi de notre temps et d’éléments contemporains qui l’ont inspiré, par exemple le télescope Hubble et l’État islamique », explique le chef de chœur, qui ne connaissait pas l’œuvre de ce compositeur américain avant de la découvrir sur YouTube, justement alors qu’il faisait des recherches pour le programme du concert printanier du CSS.

« Même s’il s’agit d’harmonies modernes et d’un matériel mélodique contemporain, on est devant une pièce très accessible. Dès la première écoute, on est accroché. Il y a un peu de Brahms là-dedans, de même qu’une sorte de pont entre le classique et le populaire, comme le fait Andrea Bocelli, par exemple. C’est aussi une œuvre qui se révèle assez rapidement. À la première lecture avec les choristes, on avait déjà une bonne idée de ce que ça donnerait. »

Ses cinq mouvements forment un récit de la lutte de l’humanité contre les forces du mal, sources de douleur et de tristesse. Le premier mouvement, Introit-Kyrie est un plaidoyer pour le repos et la miséricorde. Le deuxième mouvement, Vanitas Vanitatum, rappelle les vicissitudes de la vie que chacun doit traverser, tout en évoquant des allusions musicales et textuelles du Dies Irae (Jour de colère). Le troisième mouvement, Agnus Dei, est une prière adressée à l’Agneau de Dieu pour obtenir les grâces de miséricorde et de paix. Le quatrième mouvement, Sanctus, présente trois images de ce que serait la Gloire dans le ciel et sur la terre sous l’effet de la Rédemption. Le mouvement de clôture, Lux Aeterna, dépeint la lumière, la paix et le repos, tant pour le défunt que pour les vivants.

Passage vernaculaire

« Le texte n’est pas celui d’un requiem traditionnel, poursuit Jean-Philippe Dutil. Certains passages ont été retirés et il y en a de nouveaux. Le texte reste majoritairement en latin, mais il y a un passage en anglais, que le compositeur suggère d’interpréter dans la langue vernaculaire du pays où le concert a lieu. Donc ce court passage sera chanté en français par les ténors. »

Requiem for the Living existe pour différents arrangements (orchestre de chambre, orchestre symphonique...), et c’est la version pour orchestre d’envergure classique (21 musiciens) qu’a retenue Jean-Philippe Dutil. L’œuvre de 40 minutes comporte également deux partitions vocales solistes, une pour soprano, qui sera assumée par Marianne Chapdelaine, et l’autre pour garçon soprano, confiée à Tobie Larouche.

« Marianne participe aussi au Magnificat, même si elle se mêle davantage à la masse sonore du Chœur », précise Jean-Philippe Dutil à propos de cette pièce a cappella, comportant beaucoup de nuances très douces et qui résume bien le style d’écriture du compositeur estonien.

« Tout le caractère de son répertoire est là, notamment cette simplicité, ce minimalisme qui rappelle un peu les chants monastiques. »