En août dernier, Jean-Bernard Hébert et Janine Sutto ont partagé un souper au Toqué, à Montréal, pour célébrer respectivement leur 55e et 95e anniversaires. C'est la dernière fois qu'il l'a vue en pleine forme.

Une indélébile amitié de 37 ans

Enseignante, copine, amie, alliée, consultante, confidente... Le directeur du Théâtre des Grands Chênes de Kingsey Falls, Jean-Bernard Hébert, ne manque pas de mots pour décrire celle avec qui il a partagé une amitié de 37 ans.
« Et qui va continuer, parce que tout ce qu'elle m'a légué, je vais le porter en moi tant que je vivrai », ajoute celui qui a eu la chance d'aller faire ses adieux à cette grande dame dont il était devenu, en quelque sorte, le « garde du corps ». Ces dernières années, lorsque Janine Sutto était invitée à une soirée de gala, l'homme de théâtre était souvent à ses côtés.
« Mon ami Yves Bélanger m'a accompagné lors de ma dernière visite à Janine aux soins palliatifs à St. Mary's. J'ai pu lui redire mon amour une dernière fois. Elle a tenu à nous serrer dans ses bras. C'était très épuisant pour elle, elle avait perdu beaucoup de forces. »
Jean-Bernard Hébert évalue à au moins une douzaine le nombre de ses productions dans lesquelles Janine Sutto a joué. Il confirme l'énergie de l'actrice, toujours prête à sortir souper après le spectacle, toujours dernière à vouloir quitter le restaurant.
« Pour Janine, qui s'occupait de sa fille handicapée à la maison, la tournée équivalait à des vacances. Je m'assurais donc de convaincre que les chefs des restaurants de rester tard. Mon argument était que Mme Sutto serait là. »
Jean-Bernard Hébert n'oubliera jamais l'actrice rigoureuse et professionnelle, ni la bonne vivante, ni la battante qui ne quittait jamais le navire quand un spectacle ou une compagnie allaient mal. « Même à 80 ans passés, c'était une rassembleuse, qui ne se plaignait jamais de rien. Elle a connu des comédiens d'au moins neuf générations. Elle aimait les jeunes créateurs avec de nouvelles visions. »
Avec ses collègues de la pièce Représailles, dont Raymond Bouchard, Jean-Bernard Hébert a dédié la représentation d'hier soir à Drummondville à son amie disparue.
« C'est tout un pan de l'histoire du théâtre, mais aussi de l'histoire des femmes, qui vient de tomber, mais dont on pourra se servir comme modèle. »