Takhiou Gueye tient à bout de bras la présidence et la direction artistique du Festival des rythmes d’Afrique depuis quinze ans. Pour cet anniversaire, la totalité des spectacles sera gratuite.

Une fête en cadeau à Sherbrooke

Difficile de ne pas être contaminé par l’enthousiasme de Takhiou Gueye. Cinq minutes de conversation avec lui et on a envie d’aller voir tous les spectacles prévus à la programmation du 15e Festival des rythmes d’Afrique de Sherbrooke (FRAS). Quinze bougies qui n’auraient probablement jamais été soufflées si cela n’avait été dudit enthousiasme ayant poussé le Sénégalais d’origine à tenir l’événement à bout de bras depuis 2004.

Takhiou a d’ailleurs passé le week-end à régler un pépin de dernière minute. La chanteuse ivoirienne Monique Séka, tête d’affiche principale cette année, a dû annuler sa tournée canadienne à cause de problèmes de visa. Le spectacle du samedi 28 juillet est tombé à l’eau.

« J’ai dû trouver quelqu’un d’autre au pied levé! » raconte Takhiou, qui a finalement recruté Djely Tapa, sa tête d’affiche de l’an dernier. L’artiste d’origine malienne est établie à Montréal depuis une dizaine d’années. « Une chance qu’elle a accepté! Et les Québécois la connaissent encore un peu plus depuis un an : elle chante au sein du groupe montréalais Afrikana Soulsisters. »

En quinze ans, Takhiou Gueye n’est pas peu fier du chemin accompli et des artistes qu’il a réussi à amener à Sherbrooke, tels Alpha Blondy, Marcia Griffiths, Mina Mingole... « En fait, je suis surpris de m’être rendu là. Mais si je fais tout ça, c’est parce que j’aime ça! » explique-t-il simplement.

Il s’empresse toutefois de souligner les bons coups de main reçus au fil des années, notamment le partenariat tissé avec les Concerts de la Cité, qui ont inclus les spectacles du FRAS dans la programmation pendant une décennie. À sa quatrième édition, l’événement avait d’ailleurs déménagé l’essentiel de ses prestations à la place de la Cité au lieu de la rue Wellington Nord, optant aussi pour la fin de juillet plutôt que la fin d’août.

Tout gratuit

« C’est l’ancien maire Jean Perreault, raconte Takhiou, qui m’avait suggéré de parler avec Alain de Lafontaine [alors directeur artistique des Concerts de la Cité, aujourd’hui retraité]. Ce partenariat est terminé, mais c’est une nouvelle étape pour le festival, qui vole maintenant de ses propres ailes », ajoute-t-il, précisant que le FRAS reçoit désormais un soutien direct de la Ville de Sherbrooke et de quelques autres commanditaires.


« C’est une nouvelle étape pour le festival, qui vole maintenant de ses propres ailes. »
Takhiou Gueye

« J’ai aussi l’aide de plusieurs bénévoles pendant l’événement. J’ai également tissé des liens avec les festivals Nuits d’Afrique de Montréal et Journées d’Afrique de Québec pour la programmation. On se parle tous les ans pour choisir des artistes qui nous visiteront tous les trois. Sherbrooke a maintenant une réputation. Les musiciens savent que le son est bon à la place de la Cité et que le public est chaleureux, alors ils viennent même si le festival a moins de moyens. »

Mais rien de tout cela ne se serait produit si les Sherbrookois n’avaient adopté l’événement dès le départ, insiste Takhiou. « Ce sont eux qui constituent la majorité de l’auditoire depuis le début, pas seulement les membres des communautés africaines de Sherbrooke. Les artistes savent que c’est un public qui aime danser et qui intègre les enfants à la fête. »

Pour remercier Sherbrooke de cette fidélité de 15 ans, Takhiou Gueye a préparé, du 27 juillet au 4 août, une programmation entièrement gratuite, alors qu’il y a normalement un ou deux spectacles payants au Granada. Autre nouveauté : le FRAS se met à son tour à l’heure des dégustations culinaires. Dès 17 h à la place de la Cité, des chefs algérien et tunisien seront là pour faire découvrir quelques saveurs du continent noir.

Soirées des dames

Takhiou est particulièrement fier de sa « soirée des dames » du 28 juillet. Djely Tapa sera en effet précédée par Artiz, un collectif de huit chanteuses et musiciennes haïtiennes. « C’est de toute beauté de les voir aller! Et elles s’attardent sur des sujets importants, comme l’amour, la violence et les problèmes de notre monde. »

Pour les personnes intéressées par la musique africaine traditionnelle, le président du FRAS suggère la prestation de Benkadi vendredi. Le groupe guinéen marie percussion, danse et cirque. « Ils sont vraiment spectaculaires, avec leurs masques, leurs costumes et leurs virtuoses du djembé. Avec eux, on entre dans le fin fond de l’Afrique! »

Si vous ignoriez qu’il y a une version de La voix en Afrique francophone, sachez que Prince Yannick s’y est notamment fait remarquer et que cet ancien batteur s’illustre maintenant comme chanteur pop, soul, reggae et R&B. Quant au collectif colombien Zalama Crew, il a inventé sa propre musique urbaine en mélangeant la tradition au hip-hop, en passant par le jazz, la bossa-nova, le funk ou le reggae.

Comme Takhiou a toujours tenu à faire une place aux artistes de Sherbrooke, le Ramon Virgil Latin Project, Adékoa, HAZ et le Sherby Blues Project auront leur moment.