Après trois ans d’absence, le festival Espace [IM] Média (EIM) produit par Sporobole revient avec une costaude cinquième édition qui prévoit des activités à Sherbrooke, mais aussi ailleurs en Estrie. L’événement désormais triennal se déroule de juin à décembre, sous le vaste thème de la surveillance. Le lancement de la programmation s’est fait lundi, au Musée des beaux-arts de Sherbrooke (MBAS), avec lequel l’événement collabore pour présenter la première exposition de son étoffé programme, Les astronautes de la raison ont peuplé le ciel nocturne, de l’artiste Véronique Béland (à gauche). Celle-ci est ici en compagnie de Sarah Boucher, conservatrice du MBAS, d’Éric Desmarais, directeur général de Sporobole, et de Maude Charland-Lallier, directrice du MBAS.

Une cinquième édition revue et augmentée

Il y a déjà trois ans que la précédente édition du festival Espace [IM] Média (EIM) a eu lieu. L’événement d’art numérique, qui se déroulait auparavant tous les deux ans, au mois de septembre, a revu son calendrier et adopte désormais une formule triennale.

L’attente aura valu le coup. Le rendez-vous artistique orchestré par le Centre en art actuel Sporobole propose cette année une costaude cinquième édition.

Non seulement y aura-t-il des expositions dans différents lieux culturels de Sherbrooke (Galerie d’art Foreman, MBAS, Théâtre Granada, etc.), mais de nouveaux partenariats avec les municipalités périphériques permettront à l’événement de sortir des limites de la ville. Une première.

« Quatre nouvelles collaborations satellites donnent au Festival la possibilité de se déployer dans d’autres lieux de la région, et sur une longue période, soit de juin à décembre. C’est exceptionnel. Jamais auparavant nous n’avons eu autant de partenariats et jamais nous ne sommes allés aussi loin sur le territoire », explique le directeur général et artistique de Sporobole, Éric Desmarais, qui a bâti la programmation de concert avec la commissaire Nathalie Bachand.

Compton, Lac-Mégantic, Valcourt et Saint-Camille sont les quatre nouveaux pôles régionaux avec lesquels EIM s’associe.

« On invite les artistes à créer des œuvres in situ en phase avec le paysage, la communauté ou l’organisme qui les accueille lors d’une résidence de plusieurs semaines. À l’ASTROlab du Mont-Mégantic, par exemple, on présentera à partir du 23 juillet Du Mont-Mégantic aux exoplanètes, un film qu’a réalisé l’artiste Jean-Pierre Aubé pendant une résidence d’un an à l’Observatoire », précise M. Desmarais.

Sous surveillance

La quinzaine d’événements, d’expositions et de performances au menu de cette nouvelle mouture réunissent des artistes d’ici comme d’ailleurs et s’arriment au grand thème de la surveillance.

« C’est un sujet dans l’air du temps, qui nous permet d’aborder les enjeux de l’art actuel dans un contexte numérique. C’est un thème riche, qui soulève plusieurs enjeux éthiques, qui suscite des réflexions. On peut le creuser de différentes façons dans un festival comme le nôtre, qui se consacre aux pratiques artistiques numériques, sonores et visuelles en critiquant, reconstruisant ou revisitant le concept même du numérique et de ses outils », note M. Desmarais.

La transmission d’informations à l’heure de l’hyper connexion internet, l’omniprésence des caméras de surveillance, les données partagées sur les sites d’achat en ligne, les publicités ciblées en fonction des pages web visitées, l’écoute en continu via nos cellulaires et tous les appareils technobranchouillés qu’on achète pour la maison : la surveillance a plusieurs visages et s’immisce dans notre quotidien de façon souvent banale. Ça ne la rend pas anodine pour autant. On aura de multiples occasions de réfléchir à la question en visitant l’une ou l’autre des événements proposés par le festival triennal, qui s’ouvre jeudi avec le vernissage d’une primeur nord-américaine. Après avoir tourné pendant sept ans en Europe, l’exposition Les astronautes de la raison ont peuplé le ciel nocturne traverse l’Atlantique pour la toute première fois et s’installe pour l’été au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, avec lequel EIM collabore.

Conçue par l’artiste Véronique Béland, Québécoise établie en France depuis une dizaine d’années, l’originale exposition marie poésie et art médiatique. L’installation centrale de l’expo, THIS IS MAJOR TOM TO GROUND CONTROL (oui, c’est un clin d’œil à Bowie) qu’elle a imaginée dans le cadre de sa formation au Studio national des arts contemporains le Fresnoy, capte les ondes du cosmos et les transforme en mots. Devant nos yeux. En temps réel.

Ça pique votre curiosité? On y revient en détail dans Le Mag de samedi, alors que sera publié un long entretien avec Véronique Béland. On vous parlera aussi de l’autre exposition estivale qui se déploie au MBAS et qui est consacrée à l’artiste signataire du Refus global Marcel Barbeau. Le vernissage des deux expositions a lieu jeudi à 18 h, en présence de Véronique Béland et de Ninon Gauthier, qui fut la conjointe de Marcel Barbeau pendant 47 ans.