Kidjo

Un spectacle haut en couleur

La diva africaine Angélique Kidjo a choisi Sherbrooke pour effectuer son seul passage en sol canadien samedi et elle ne l'a pas regretté.
Le Théâtre Granada était bondé de spectateurs plus qu'heureux de se laisser porter par les airs rythmés de la chanteuse béninoise, qui a amorcé sa tournée nord-américaine le mois dernier pour lancer son 13e et dernier album Eve.
Que ce soit lors des pièces au tempo rapide telles que Shango Wa et Kulumbu ou lors des pièces chargées d'introspection comme Cauri, Malaika ou Eva, l'énergie déployée par la chanteuse de 53 ans lui a valu de vifs applaudissements après chaque morceau, la forçant parfois à patienter avant d'en entamer un nouveau.
« J'étais vachement étonnée! Ils étaient chauds et je me suis dit dès le début que j'allais m'amuser ce soir. Après Sherbrooke, le public de Boston va ramer. Je ne pense pas qu'ils vont pouvoir faire mieux qu'eux! », confiait Mme Kidjo après sa prestation endiablée livrée sans entracte.
« Nous sommes tous africains »
La présence de la diva africaine en février, pendant le Mois des Noirs, s'avérait également significative pour plusieurs. « Nous sommes tous africains », a d'ailleurs répété Angélique Kidjo à maintes reprises au cours de la soirée à la foule constituée autant de fans aux origines issues du continent africain que de Québécois de souche. Nombreux sont ceux qui ont vu dans le spectacle de la star de renommée mondiale une occasion en or de dresser un pont entre les cultures.
« C'est une des cent personnalités les plus influentes dans le monde entier et l'avoir pendant le mois des Noirs, on ne peut pas espérer mieux! Il faut que des spectacles comme ça continuent », assure le Sénégalais d'origine Boucacar Cissé.
« C'est très important parce que c'est favorable au rapprochement interculturel pour montrer aux Estriens ce que les Noirs apportent au développement de la région », renchérit celui qui est directeur général de la Fédération des communautés culturelles de l'Estrie.
« Ça rejoint tout le monde à la fois, chacun à leur façon! confirme Isabelle Desmarais, qui combine les origines québécoises et rwandaises. Elle est une inspiration. Elle donne envie de l'aider dans tous ses projets et de soi-même mettre la main à la pâte. »
Montrer l'Afrique
Fidèle à sa réputation d'interprète engagée, celle qui est notamment ambassadrice pour l'UNICEF a aussi ponctué son spectacle de monologues pour dénoncer des injustices qui perdurent en Afrique, comme la violence faite aux homosexuels, aux femmes et aux enfants. Chacun des discours a contribué à galvaniser davantage l'auditoire conquis dès les premières notes de la pièce liminaire du spectacle, Ebile.
« Ce qui me touche le plus, c'est le message qu'elle véhicule. En tant que jeune fille du Niger, qui est un pays sous-développé où il n'y a pas beaucoup de jeunes filles qui sont éduquées, ça me touche personnellement, évoque Habiba Abdou Watta, étudiante à la maîtrise en économie à l'Université de Sherbrooke. Elle profite de la situation actuelle pour montrer toutes les richesses qu'il y a en Afrique, mais aussi les difficultés en ce qui concerne les mariages précoces, la violence faite aux femmes et aux homosexuels. »
Angélique Kidjo dit profiter de la tribune qui lui est octroyée, car d'autres avant elle ne l'ont pas fait.
« Pourquoi est-ce qu'on parle des Noirs? C'est parce qu'il y a beaucoup de problèmes qui n'ont pas été réglés. Quand on fait tout pour qu'il y ait une amnésie par rapport à l'esclavage, il faut qu'on en parle. Les séquelles de l'esclavage sont encore présentes dans la société, comme les filles-mères en Amérique ou ailleurs, parce que les victimes d'avant n'ont pas osé en parler. »
Selon elle, les rapprochements interculturels font donc partie de la solution.
« Quand on expose nos enfants à une culture multiple et riche, ils deviennent des adultes différents », résume l'artiste.