Un recul pour la salle intermédiaire

La construction de la salle de diffusion destinée à un public jeunesse est retardée une nouvelle fois. Les élus résilient le contrat liant la Ville au lauréat du concours d’architecture. La Ville compte intenter un recours judiciaire pour récupérer des sommes perdues.

L’objet du litige concerne entre autres le budget du projet, que le lauréat n’aurait pas été en mesure de respecter. La Ville compte donc relancer un concours d’architecture en 2020 pour le début d’un chantier de dix mois en 2021. Les premiers spectacles sont désormais attendus pour 2022.

Le concept retenu pour la construction de la salle de 300 places était celui proposé par les firmes CIMAISE, Atelier Big City, Pageau Morel, Groupe EPG et Vinci Consultant. Les gouvernements provincial et fédéral ont confirmé des subventions de 4 M$ et 2,7 M$. Côté Scène, le diffuseur, doit injecter 500 000 $. Les sommes réservées sont reconduites pour la relance du projet.

Dans les documents rendus publics par la Ville, on indique que le budget spécifié au règlement du concours était de 5 603 188 $ plus taxes. « Le respect de ce budget représentait un enjeu majeur pour la Ville et le lauréat s’est engagé à déposer un concept le respectant. »

On y lit que tant au dépôt des plans et devis préliminaires qu’au dépôt des plans et devis définitif, « le lauréat n’a pas respecté plusieurs paramètres du concours, dont le budget, l’échéancier, le programme fonctionnel et technique et l’intégrité du concept déposé ». 

La Ville avait acheminé deux avis de défaut pour sommer le gagnant du concours d’effectuer un exercice de rationalisation des coûts de son concept. Une mise en demeure accompagnée du rapport d’exercice d’optimisation des coûts du projet effectués par une firme externe a également été transmise. Le rapport, qui a coûté environ 20 000 $, visait à fournir des pistes d’économies. « Le rapport confirmait la faisabilité du projet énoncé au programme fonctionnel et technique à l’intérieur du budget alloué », lit-on encore.

En août dernier, le lauréat ne respectait toujours pas le cadre budgétaire en présentant un dépassement des coûts de l’ordre de 13 %.

Une rencontre de la dernière chance en octobre n’a pas permis de régler le litige.

« Le lien de confiance qui existait initialement entre la Ville et le lauréat est brisé », lit-on dans le document.

À ce jour, 317 579 $ ont été payés en honoraires professionnels et 57 746 $ pour d’autres professionnels pour la confection des plans et devis. Les frais découlant de la tenue du concours pluridisciplinaire totalisent 230 500 $.

Le conseiller Paul Gingues, président du comité de culture, souhaite que le sujet des concours gouvernementaux soit abordé à l’Union des municipalités du Québec (UMQ). « Le vrai dilemme, c’est que dans les concours organisés par les gouvernements supérieurs, il y a des problèmes qui peuvent retarder les projets. Ceux qui ont gagné répondent-ils vraiment de façon adéquate? C’est un peu le problème des concours. Qu’est-ce qu’on fait si jamais ceux qui ont gagné ne répondent plus ou répondent mal aux besoins? Peut-on prendre le consortium qui est arrivé deuxième? Ce serait une belle ouverture qui pourrait sauver temps et argent. »

Le maire Steve Lussier a confirmé son intention d’amener le débat à l’UMQ. 

La conseillère Évelyne Beaudin a voulu savoir jusqu’où les dépassements de coûts sont tolérés.

Jocelyn Grenier, directeur adjoint du Service des infrastructures urbaines, explique que pour les contrats de plus de 100 000 $, une marge de 10 % est permise pour les dépassements. Dans le projet actuel, l’estimation finale devait se trouver à l’intérieur de 5 % des coûts.

Chantal L’Espérance veut quant à elle s’assurer que les artistes ne seront pas pénalisés si les coûts des matériaux augmentaient. « Ce serait bien plus simple si on pouvait prendre le projet qui s’est classé au deuxième rang, mais les règles du gouvernement semblent très rigides. »

La Ville n’aurait-elle donc pas dû tolérer une augmentation du budget pour éviter de futurs dépassements liés au temps? « S’il avait été question seulement du cadre financier, peut-être qu’il y aurait eu des discussions. La problématique n’est pas associée seulement au cadre financier et nous pensons qu’il est toujours possible de respecter le budget de 8,5 M$ », répond Marie-France Delage, directrice générale adjointe.

« L’odieux des concours architecturaux, c’est que les dépassements de coûts importants existent dans la majorité des dossiers. Il y a lieu de resserrer ça pour que les gens déposent avec un certain sérieux entre ce qu’ils proposent et ce qu’ils réalisent. Si jamais les coûts de matériaux sont beaucoup plus importants dans le prochain projet, ce sont des coûts que nous pouvons revendiquer dans le recours judiciaire. »

La construction de la salle intermédiaire avait été annoncée une première fois en 2013 par l’ex-ministre responsable de la région de l’Estrie Réjean Hébert. On estimait alors que le théâtre ouvrirait ses portes en 2016. L’entente de principe avec le gouvernement du Québec a été renouvelée en 2016 et confirmée par l’ex-ministre de la Culture et des Communications Luc Fortin, en 2017. Les premiers spectacles étaient alors espérés pour 2019.

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Lilie Bergeron

Côté Scène se range derrière la décision de la Ville

Un peu triste, mais surtout résiliente, la directrice générale de Côté Scène, Lilie Bergeron, accepte la décision de la Ville de mettre fin au contrat d’architecture de la salle intermédiaire. Elle confirme qu’elle n’abandonne pas ses espoirs de voir le projet se concrétiser.

« C’est une décision difficile, mais Côté Scène a été de toutes les étapes. Nous pouvons témoigner de la rigueur du travail effectué. Si cette décision a été prise par les équipes, nous considérons que c’est la bonne », dit Mme Bergeron.

« Ce projet est important pour notre milieu. Il y a encore des besoins qui sont bien réels, surtout que le gouvernement de François Legault permet maintenant deux sorties culturelles par année pour les écoles. Au-delà de la résilience dont nous devrons à nouveau faire preuve, nous nous relevons les manches pour que ce projet se réalise. On n’est pas découragés. On est un milieu résilient et on ne lâchera pas le morceau. Si les générations avant nous ne l’ont pas lâché, nous ne le lâcherons pas et il va y avoir une salle. 

« J’y crois parce qu’on est rendus très efficaces. Il ne faut pas se leurrer. Il y aura certainement d’autres problèmes, mais après un tour de piste, tout est fait avec une extrême rigueur et les services de la Ville comprennent très bien ce que sont les besoins d’une salle de spectacle. J’ai besoin d’y croire. » 

Lilie Bergeron admet avoir interrogé la Ville pour s’assurer que les coûts du projet n’exploseront pas en raison du délai de réalisation. « Évidemment qu’il y a cette réalité. Ils en ont fait l’analyse quand ils ont décidé que la meilleure option est de résilier le contrat. Ils en ont fait l’analyse j’en suis certaine. J’ai posé la question et j’ai confiance dans cette équipe. Nous avons une étude indépendante qui confirme que le programme fonctionnel technique se réalise dans le cadre budgétaire. Tout le temps on a questionné ce budget. De mon côté, ce que je sais faire, c’est protéger l’utilité de ce lieu-là et je m’entoure pour protéger ça. Après, il faut faire confiance aux gens avec lesquels on travaille. »

Côté Scène maintiendra son engagement financier. « Il y a même un de nos donateurs qui est reconnaissant que nous respections le cadre financier et que nous en tenions compte. C’est un signe de saine gestion du projet. » Jonathan Custeau