Issue de la Grande cueillette des mots du Granit, la pièce Comme un grand trou dans le ventre du Théâtre des Petites lanternes met notamment en scène les comédiens Bruno Gagnon et Marie Lefebvre. La troupe doit repartir en tournée à l'automne.

Un prix provincial pour les mots des Méganticois

Tout juste rentré de la République démocratique du Congo où il mène depuis un an une nouvelle Grande cueillette des mots, le Théâtre des Petites lanternes de Sherbrooke a vu son travail salué par le réseau québécois Les Arts et la Ville, qui lui remet son prix Citoyen de la culture Andrée-Daigle 2017.
Kristelle Holliday et Angèle Séguin, respectivement directrice générale et directrice artistique du Théâtre des Petites lanternes, ont reçu le prix Citoyen de la culture Andrée-Daigle 2017 des mains de Jean-Guy Desrosiers, maire de Montmagny et représentant de l'Union des municipalités du Québec.
Ce prix vient récompenser la Grande cueillette des mots du Granit, un exercice mené avec la communauté de Lac-Mégantic dans les suites de la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013, qui a été transporté sur scène à travers la pièce Comme un grand trou dans le ventre.
« Ce prix, on le partage avec toute la collectivité de la MRC du Granit parce que le projet s'est fait en symbiose avec eux », lance d'emblée la directrice artistique du Théâtre des Petites lanternes, Angèle Séguin, qui rappelle que plus de 2000 personnes ont été artisans et artisanes de cette création.
« Recueillir des centaines d'histoires, lire ces milliers de pages de mots et de paroles évocatrices, puis nous mettre au travail. Notre devoir était de trouver le ton juste pour faire entendre le battement de toute une population et faire en sorte que toutes ces histoires d'humanités, de pertes de repères, de batailles intérieures et de reconstruction se conjuguent en une histoire universelle et contribue à nous élever un peu plus tous et toutes, où que nous soyons », a-t-elle témoigné.
« Le jury a applaudi ce projet profondément touchant qui a favorisé la reconstruction de la communauté de Lac-Mégantic. Ayant mobilisé une grande proportion de la population, cette initiative curative est le reflet que l'art et la culture peuvent être un vecteur de changement puissant et efficace. Il répond de façon inédite au besoin criant d'expression et de solidarité de la collectivité, fragilisée par la tragédie », en ont dit les membres du jury, issus de l'organisme Les Arts et la Ville et de l'Union des municipalités du Québec.
Présentée sur plusieurs scènes depuis l'automne 2015, la pièce Comme un grand trou dans le ventre connaît une deuxième vie en 2017, nourrie du temps qui passe et de la résilience des survivants.
La troupe doit repartir en tournée à l'automne après qu'elle aura travaillé avec d'autres communautés désireuses de connaître le fruit de cette grande réflexion collective.
Angèle Séguin quant à elle se nourrira sans doute de cette nouvelle reconnaissance alors qu'elle entre en phase d'écriture sur le projet congolais, secondée par l'auteure Marie-Louise Bibish Mumbu.
Intitulé Bongo té tika! (Pas comme ça, arrête!), rappelons-le, le projet se penche sur les violences faites aux femmes en République du Congo, un pays aux prises avec d'interminables conflits armés depuis plusieurs années. En collaboration avec Oxfam-Québec, la démarche en cours depuis un an veut donner la parole à plus de 600 femmes et 200 hommes de la capitale, Kinshasa.
Le comité de pilotage réunit près d'une vingtaine d'intervenants de l'ambassade canadienne, du ministère du Genre, de la Famille et de l'enfant, de la magistrature congolaise, de l'ONU et de l'UNESCO, entre autres, énumère Mme Séguin : « Ça donne des échanges vraiment riches et ça m'ouvre des espaces autrement inaccessibles. »
La pièce doit être présentée pour la première fois à Kinshasa en février 2018 et plus de 80 représentations sont déjà planifiées.
Si les coauteures ont prévu trois autres séjours au Congo d'ici là pour compléter le processus de création, l'équipe artistique doit également séjourner à Sherbrooke en octobre prochain.
« La beauté de ces projets c'est qu'ils nous permettent de sortir de nos tours d'ivoire et de nous rendre perméables à l'autre. On a vraiment à s'apprivoiser et à entendre ce qu'on a à dire, estime Mme Séguin. À Lac-Mégantic, cela a contribué, je crois, à une cohésion sociale et à une rencontre à un niveau plus élevé que ce qui était arrivé, pour se voir avec dignité malgré la douleur. »