Jean-François Benoît

Un premier roman volé au temps

Il accompagne le réveil des auditeurs de Rouge FM depuis bientôt 10 ans, mais Jean-François Benoît cache un autre talent dans sa manche : l'écriture. Pour ses 40 ans, cet ancien étudiant en littérature française a pu cocher un autre point de sa liste de choses à faire avant de mourir : publier un roman. Le rêve est maintenant réalité avec Le dernier jour d'Adolf.
« À l'adolescence, quand je me retrouvais dans ma chambre, soit je faisais de la radio par-dessus les animateurs de CKAC, soit je lisais ou j'écrivais. L'écriture m'a toujours habité et fasciné, et j'ai toujours espéré publier, sans savoir si j'y arriverais. Je me suis longtemps demandé si je pouvais passer d'amoureux à acteur des lettres. Le questionnement s'est évanoui quand l'éditeur m'a appelé. »
Qui plus est, le premier et le seul éditeur à qui il a proposé le manuscrit. « J'ai pris le manuscrit (j'étais tanné, j'étais vraiment rendu au bout) et je l'ai donné à mon frère qui connaissait quelqu'un dans le milieu de l'édition : Demande-lui une critique honnête! Si ce n'est pas bon, je vais recommencer autre chose''. Deux mois après, j'ai reçu un appel. »
Ce n'était pas sa première tentative. Un livre de poésie et un roman mi-action mi-horreur ont été gratifiés de l'euphémique lettre de réponse « votre manuscrit ne correspond pas à notre mandat » et blablabla...
« Pour le deuxième, c'était aussi bien comme ça : il n'était pas très bon », arrive-t-il quand même à dire aujourd'hui.
F comme Von Ribbentrop
Le dernier jour d'Adolf est la somme de multiples minutes, heures et demi-journées grappillées çà et là, sur une période de huit ans, au milieu des obligations familiales d'un père de quatre enfants. « J'ai appris à voler du temps », résume Jean-François Benoît.
Le livre raconte l'histoire d'un détective privé montréalais, Julian Patrick, qui se voit confier une mission assez particulière : remonter dans le temps pour tuer Hitler avant que ce dernier mette en place la solution finale. Un projet humainement défendable, mais lourd de conséquences.
« Je me souviens exactement du moment précis où j'ai écrit la première ligne. C'était en 2005. J'avais pris un cours d'allemand. J'ai écrit la première phrase telle quelle, au dos de la page couverture de mon cahier. Le professeur nous apprenait que le v se prononce f en allemand. Il nous donnait comme exemple von Ribbentrop. J'ai cherché qui il était sur l'internet. Et tu sais ce que ça fait, le web, avec tous les liens... »
Jean-François Benoît s'est donc mis à lire beaucoup sur la Deuxième Guerre mondiale, le Führer et l'Holocauste. « J'ai aussi lu Je suis le dernier juif de Chil Rajchman, un des très rares survivants du camp de Treblinka. Ça m'a beaucoup troublé. J'ai voulu comprendre comment c'était arrivé, pourquoi l'antisémitisme avait germé plus fortement en Allemagne (parce qu'il était répandu dans toute l'Europe entre 1900 à 1940). »
Le matinier a aussi succombé à ce fantasme récurrent en littérature de corriger le passé et d'avoir le contrôle sur le temps. « Je trouvais l'idée séduisante. Si j'avais cette possibilité, qu'en ferais-je, ou que n'en ferais-je pas? Parce que cela aurait des impacts sur le présent. »
« Jean-François, je te déteste! »
Le dernier jour d'Adolf est donc un roman où se rencontrent à la fois l'histoire, la science-fiction et la philosophie, car il se penche sur les conséquences de vouloir changer le cours des choses.
« C'est aussi un livre sur les faux semblants, le paraître et la manipulation, ce qu'on prétend désirer et ce qu'on veut faire véritablement. Car les meilleures intentions n'ont pas toujours des motifs nobles. »
Attention à ceux et celles qui n'aiment pas les fins ouvertes : Le dernier jour d'Adolf est le premier volet d'une trilogie. L'auteur est déjà assez avancé dans l'écriture du tome 2 et la structure du tome 3 est déjà établie.
« Je vais citer le commentaire d'une de tes consoeurs, Sonia Bolduc [rédactrice en chef de La Nouvelle], qui m'a écrit après avoir terminé le livre : ''Jean-François Benoît, je te déteste... mais j'attends le prochain''. »
Lancement du Dernier jour d'Adolf
Mardi, 17h
Caffuccino, 1700, rue King Ouest
Entrée libre