À la fois installation d’art médiatique et sculpture de lumière, d’images et de son, ISOTOPP de Herman Kolgen traduit en influx lumineux le niveau de radioactivité du GANIL, le Grand Accélérateur national d’ions lourds de Caen, en France. En place jusqu’au 19 octobre, l’oeuvre est en quelque sorte la participation de la Galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke à l’événement d’arts médiatiques Espace [IM] Média, qui s’est amorcé en juillet et se poursuit cet automne.

Un pont entre science et art

Dans sa démarche d’artiste, Herman Kolgen s’intéresse au territoire, à sa façon dont il nous influence, mais plus particulièrement à ses éléments invisibles, comme le vent, la poussière, les fréquences terrestres. Et pour rendre ces éléments tangibles dans ses créations, il a eu besoin de la science.

L’installation d’art médiatique ISOTOPP, sise cet automne à la Galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, n’a donc pas été motivée par le désir de faire un pont entre les arts et la science (même si telle en est l’heureuse conséquence), mais plutôt par une tentative de rendre apparent un autre phénomène naturel invisible : la radioactivité. Avec son dispositif, Herman Kolgen réussit à transformer en sculpture de son et de lumière la radioactivité présente au GANIL, le Grand Accélérateur national d’ions lourds, à Caen, en France.

« Oui, confirme-t-il, je reçois en temps réel les données de radioactivité de la centrale là-bas. Cette installation me rend donc un peu nerveux, car je dois être certain que l’appareil qui m’envoie les données ne plante pas ou ne soit pas débranché par mégarde. La première fois que j’ai fait présenté ISOTOPP, c’était pour une durée de quatre heures seulement, à Dallas, pour une foire d’art contemporain d’un soir. Pas pour plusieurs semaines comme ici. J’ai donc averti les gens du GANIL de vérifier un peu plus souvent que tout fonctionne bien », raconte le Montréalais, artiste multidisciplinaire reconnu depuis plus de 30 ans pour ses créations en arts médiatiques.

Collisions de noyaux

Herman Kolgen a eu l’idée d’ISOTOPP lorsqu’il a présenté son œuvre précédente, laquelle était inspirée par les fréquences terrestres. L’installation était branchée en temps réel sur des sismographes au Japon. Deux scientifiques du GANIL ont vu son travail, lui ont dit qu’ils trouvaient ça « vraiment cool » et lui ont demandé s’il voulait développer quelque chose à partir des opérations de leur centre de recherche. Une telle attitude représentait un vent de fraîcheur pour le sculpteur audiocinétique.

« Malgré ma feuille de route, je reçois peu de réponses des scientifiques que je sollicite. Pour mon projet sur les fréquences sismiques, j’avais demandé une rencontre de deux heures pour qu’on m’explique certaines choses (au lieu de passer des heures à tout vérifier sur l’internet), et personne ne m’a répondu. Mais les scientifiques du GANIL avaient envie de plus de connexions avec l’extérieur, de sortir de leur bulle, de démocratiser ce qu’ils font. La nouvelle direction était ouverte à un peu plus de relations publiques. J’ai donc été invité à visiter le centre et on m’a donné carte blanche. »

Herman Kolgen s’est rapidement aperçu qu’il ne pourrait se connecter directement aux opérations de collisions de noyaux atomiques lancés à très haute vitesse, parce que celles-ci ne sont pas effectuées en permanence. Il y a des moments, voire des journées où l’accélérateur n’est pas en fonction.

« Mais ce qui est surveillé constamment, c’est la radioactivité dans la centrale, justement pour s’assurer qu’elle n’atteigne pas un niveau dangereux pour l’humain. Je me suis donc bricolé un petit appareil pour recevoir ces données. »

Et comment s’y est-il pris pour transformer la radioactivité en sons et lumières?

« La radioactivité se mesure à l’aide de courbes graphiques qui ressemblent beaucoup aux ondes lumineuses et sonores. J’ai simplement transféré les courbes de radioactivité en les connectant à des paramètres audio. Même chose pour la lumière : je transpose les pointes d’énergie en courant électrique, et donc en lumière. »

Pas du tout Walt Disney

Le résultat fait penser à un film de science-fiction : dans la galerie enténébrée, des faisceaux de lumière nerveux et intermittents projettent, sur un écran circulaire transparent, des cercles ou des taches, des éclairs, parfois des chiffres ou des lettres, pendant que des sons de nature électronique ou percussive, tout aussi saccadés, se font entendre.

La réaction des scientifiques du GANIL a rassuré Herman Kolgen sur son travail. « L’un d’entre eux était même ému. Il m’a confié que c’était exactement ce qu’il ressentait lorsqu’il regarde ses graphiques. Ils m’ont dit que j’avais très bien compris le transfert d’énergie visuellement, que c’était crédible et poétique, pas du tout Walt Disney. En tout cas, personne ne m’a fait remarquer que, les arts et les sciences, c’est vraiment différent », conclut-il dans un éclat de rire.

Vous voulez y aller?

ISOTOPP
Herman Kolgen
Galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke
Jusqu’au 19 octobre