Jonathan Crow, Andrew Wan, Brian Mankel et Eric Nowlin forment le Nouveau Quatuor Orford depuis 2009. Le plus récent album de l’ensemble classique, «Par quatre chemins», réunit trois œuvres qu’ils ont créées lors de précédentes éditions du Festival Orford Musique, dont une écrite par François Dompierre, dédiée à Jacques Languirand.

Un nouveau chemin à quatre pour le Nouveau Quatuor Orford

Andrew Wan n’est pas près d’oublier l’enregistrement du quatrième et plus récent album du Nouveau Quatuor à cordes Orford. Pas pour les raisons que l’on pourrait supposer. La captation s’est déroulée en janvier 2017, à l’église Saint-Augustin de Mirabel, réputée pour son acoustique.

« C’est vrai que le son est étonnant et je suis très heureux du résultat. Mais il y a eu une grosse tempête à ce moment-là. J’avais stationné ma voiture de location à côté de l’église. Et toute la neige est tombée du toit et a fracassé le pare-brise. Ce fut mémorable! » raconte en riant celui qui est aussi premier violon de l’Orchestre symphonique de Montréal.

Depuis sa fondation en 2009, le Nouveau Quatuor à cordes Orford fait mentir crescendo les puristes qui estiment que, pour donner la pleine mesure d’un quatuor à cordes, il faut s’y consacrer entièrement. L’écriture est si fusionnelle, la connexion doit être d’une telle perfection que les musiciens doivent y accorder tout leur agenda, considèrent-ils.

Mais les trois collègues d’Andrew Wan (le violoniste Jonathan Crow, l’altiste Eric Nowlin et le violoncelliste Brian Menkel) sont, comme lui, des premières chaises de grands orchestres symphoniques, respectivement ceux de Toronto, Detroit et Montréal. Ils partagent le même désir de mener à la fois une carrière de professeur, de musicien d’orchestre, de soliste et de chambriste.

Créé par l’ancien directeur artistique d’Orford Musique Davis Joachim, dans le but de ressusciter autrement le mythique Quatuor Orford ayant marqué l’histoire musicale canadienne de 1965 à 1991, le NQCO suscite depuis sa fondation des commentaires élogieux, tant sur disque que sur scène. Il a même remporté le Juno du meilleur album classique en 2017, pour celui consacré à Brahms.

« Mais ça peut envoyer le mauvais message, reconnaît Andrew Wan. Nous ne sommes pas là pour dire aux musiciens de quatuor à cordes ni aux gens qui respectent beaucoup cet ensemble musical que nous arrivons à accomplir la même chose en beaucoup moins de temps. Nous sommes simplement des amoureux du quatuor à cordes. C’est juste impossible pour nous de nous y consacrer à temps plein. Je pense que les résultats sont intéressants parce que nous venons tous d’horizons différents. Nous nous organisons quand même pour maximiser les moments que nous passons ensemble. Nous bloquons plusieurs semaines par année pour répéter, même quand il n’y a pas de concert au calendrier. »

Car il y a aussi la scène et les tournées. Chaque année, le NQCO donne entre 20 et 25 concerts, avec en moyenne trois programmes différents. Avec son rôle d’ambassadeur du Canada, il s’efforce de mettre à l’honneur le répertoire d’ici, passé et présent, célèbre ou méconnu.

« Nous continuons aussi d’évoluer. Lorsque j’écoute notre premier album, je constate très vite que nous n’avons plus le même son. »

Tripatif et cosmique

Par quatre chemins est toutefois le premier opus consacré uniquement à des quatuors écrits pour le NQCO et créées par lui. L’œuvre-titre, signée François Dompierre, a été jouée pour la première fois lors du Festival Orford Musique 2015 et les deux autres, des compositions d’Airat Ichmouratov et de Tim Brady, en 2013.

« L’idée d’un album est venue de François Dompierre. Après le concert, il a émis le désir que sa pièce soit enregistrée. C’est lui d’ailleurs qui a sollicité Johanne Goyette chez Atma. Nous avons tellement aimé travailler lui et apprécié sa composition que nous avons évidemment accepté. François nous a aussi permis de choisir, pour compléter l’album, deux autres œuvres parmi nos favorites écrites pour nous. »

François Dompierre a dédié son quatuor à Jacques Languirand, d’où ce titre pareil à celui de l’émission de radio que l’animateur a pilotée pendant 43 ans à Radio-Canada. Les cinq mouvements ont aussi été baptisés en fonction du vocabulaire du déluré personnage, tels Hornpipe tripatif et Musette cosmique.

La pièce a été écrite avant les allégations d’inceste à l’endroit de Languirand, allégations qui n’ont jamais été prouvées, le principal intéressé étant alors atteint d’un Alzheimer avancé et sa fille étant décédée. Jacques Languirand s’est éteint à son tour le 26 janvier dernier.

« Il y a des compositeurs qui ont de grandes idées, mais qui produisent des choses peu commodes à jouer. François, lui, a une écriture à la fois magnifique et adaptée aux mains. Et facile d’approche, tous comme les deux autres », souligne Andrew Wan.

Le cinquième mouvement, Scherzo hachuré, est d’ailleurs construit sur la structure harmonique de What a Wonderful World.

Guitariste dur à cuire

À propos de Tim Brady et de son Journal (String Quartet no 2), Andrew Wan rappelle que le compositeur est avant tout guitariste. « Je dirais même un dur à cuire de la guitare électrique. Il écrit comme si c’était pour son instrument, avec de multiples motifs, des effets impressionnants, des notes rapides ou très tenues... C’est donc un défi, puisque la précision est presque numérique. L’expressivité est partout, pas seulement sur une ou deux notes à la fois. Cela donne une charge monolithique colossale, très excitante à jouer. Les pizzicatos sont tellement vites que, pour l’enregistrement, nous avons utilisé des plectres. »

Quant à Ichmouratov, les membres du NQCO savaient qu’ils auraient droit à une œuvre « émotive, profonde et sincère ».

« C’est la plus romantique des trois pièces. L’écriture d’Airat a deux personnalités : une très expressive, avec des mélodies magnifiques, et l’autre plus rigide, plus rythmique. Cela donne un quatuor à la fois très métronomique d’un côté, vaste et languissant de l’autre. »

Nouveau Quatuor à cordes d'Orford
«Par quatre chemins»
Classique
Atma classique

Discographie
2011 : Schubert et Beethoven : les derniers quatuors (Bridge Records)
2014 : Jacques Hétu — Œuvres de chambre complètes pour cordes (Naxos)
2015 : Brahms — Quatuors à cordes op. 51, nos 1 et 2 (Bridge Records)
2018 : Par quatre chemins (Atma classique)