Samedi, les sept ligues de la région de Sherbrooke étaient réunies sous un même toit pour le premier tournoi de la Coupe du maire. Sur la photo, les équipes de La Mission et de l’Abordage s’affrontent.
Samedi, les sept ligues de la région de Sherbrooke étaient réunies sous un même toit pour le premier tournoi de la Coupe du maire. Sur la photo, les équipes de La Mission et de l’Abordage s’affrontent.

Un monde qui bouillonne

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Sport? Art? Performance? Même Jean-François Mailhot n’est pas certain du meilleur terme à employer pour décrire l’improvisation, ce milieu éclaté dans lequel il baigne. Chose certaine, l’engouement pour cette activité est tel à Sherbrooke que la tenue d’un tout premier tournoi municipal, samedi, n’était qu’évidente pour lui et sa troupe de L’Abordage.

Pas moins de sept mouvements d’improvisation évoluent dans la région de la Reine des Cantons-de-l’Est. « C’est une ligue pour 27 000 personnes, on l’a calculé! », fait comiquement valoir M. Mailhot. Même si plusieurs ligues se partagent joueurs et entraîneurs, le monde sherbrookois de l’improvisation n’a rien d’un cercle fermé et recrute de nouveaux joueurs chaque année, insiste-t-il. « Mais une fois qu’on y entre, on ne veut plus en sortir! » admet celui qui occupe le poste de directeur de finances pour L’Abordage.

Dans le cadre de la toute première Coupe du maire, samedi, la scène de La Petite Boîte noire a été foulée par les joueurs de la Ligue universitaire d’improvisation de Sherbrooke (LUIS), la Ligue d’improvisation du Cégep de Sherbrooke (LICS), la Ligue d’improvisation amicale de Stoke (LIAS), LeShack, La Misson et L’Abordage.

« L’Abordage est la plus ancienne des ligues à Sherbrooke, puisqu’elle a 27 ans, commente M. Mailhot. En tant que ligue doyenne, on s’est dit “ pourquoi ne pas regrouper tout ce beau milieu-là et en faire un événement commun? ” »

Accompagnées des Frayeurs d’Ailleurs à l’animation, les équipes se sont affrontées devant une foule euphorique tout au long de cette journée organisée autour de la fierté sherbrookoise. Lors de son passage, La Tribune a d’ailleurs eu droit à une créative improvisation chantée sous le thème du « Blues de la prison Talbot ».

Éphémère

« La beauté de l’improvisation, c’est que c’est éphémère, explique M. Mailhot à propos de cette discipline qui a pris naissance à Montréal, à la fin des années 1970. Le théâtre, le cinéma, c’est écrit. C’est tout aussi beau, mais nous, les événements, les histoires et les impros qu’on fait, ils ne se referont jamais. »

Les spectateurs, qui œuvrent toujours comme jurés, peuvent souvent s’attendre à rire aux éclats, mais les moments dramatiques ou horrifiants sont tout aussi probables, rappelle-t-il.

Sabrina Pariseau, joueuse aguerrie de l’Abordage depuis 15 ans, dit avoir été séduite par la liberté qu’offre l’improvisation. « Je dirais aussi l’accès à l’imaginaire et les rencontres qu’on fait », renchérit celle qui gravite également dans le milieu du théâtre.

Si les joueurs ne semblent pas manquer de confiance sur scène, Mme Pariseau avance que la plupart des improvisateurs sont plutôt de grands timides. « C’est le jeu, l’effet de gang et l’effet d’équipe qui fait en sorte que t’es toujours comme un guerrier qui revient. Que ç’a bien été ou mal été, on est toujours content d’accueillir notre joueur à nouveau. C’est ça qui fait du bien. Pour une bonne improvisation, des fois, il faut que tu te plantes deux ou trois fois avant, mais ça fait partie de la game. Le public s’attend à ça, aussi, à voir des moments très très spontanés qui sont réussis, mais aussi souvent des ratées qui sont très rigolotes. »

« Je pense que le secret, c’est de se faire confiance, de se laisser aller et ne pas avoir peur du ridicule, complète M. Mailhot. Peu importe ce qu’on va faire, si nous on y croit, le public va y croire. »

L’équipe de L’Abordage a finalement mis la main sur le Bowen d’or, nommé en l’honneur du premier maire de la ville. Le maire actuel, Steve Lussier, a lui-même remis le trophée aux vainqueurs après avoir effectué le « lancer de la puck » de la grande finale.