Un mal pour un bien pour Wellbad

Il vient de Hambourg, il s’appelle Daniel Welbat, mais ses amis de l’école secondaire l’ont vite surnommé well-bad, s’amusant de cet oxymore anglais plutôt rigolo. L’adolescent a d’abord trouvé ça agaçant, mais il s’est habitué et n’a pas eu à chercher très loin lorsqu’il a eu besoin d’un nom pour son propre groupe de musique. Parce qu’on peut voir, dans ce bien-mal, une métaphore du blues, où les sentiments de mal-être, comme la tristesse ou la mélancolie, finissent par donner du bien-être musical.

C’est en fait un artiste polyvalent que le public québécois s’apprête à rencontrer pour la première fois sur scène, à l’occasion d’une courte tournée de six concerts à Montréal, Québec, Sherbrooke et Ottawa. Certes, la musique occupe la première place dans le cœur du créateur de 30 ans, mais sur le chemin artistique de Daniel Welbat, on compte aussi des expériences comme comédien, réalisateur de courts métrages, auteur de scénarios et compositeur de trames sonores.

« Je suis né dans une dynastie d’acteurs et d’artisans du cinéma allemand », résume le fils du producteur Douglas Welbat et de l’actrice Katja Brügger. « Je me suis retrouvé sur des plateaux de tournage dès mon plus jeune âge, en plein milieu d’un univers artistique parfois complètement fou, avec des gens qui ont parfois des problèmes d’argent, de drogue, d’alcool. J’ai grandi dans ce monde très inspirant », dit-il sans ironie.

D’ailleurs, le plus récent album de Wellbad, Heartbeast, est une sorte de « charmant hommage » à ses apprentissages de jeunesse. Un disque qu’il décrit comme la « trame sonore d’un film qui n’a jamais été tourné ».

On peut y suivre la destinée d’un personnage imaginaire, E. L. Kruger, producteur de films de série B qui décide de commettre un vol pour financer sa plus récente bobine, son plan se soldant par un échec total. Les douze chansons du disque représentent les montagnes russes vécues par le protagoniste.

« En fait, Kruger n’est pas un personnage complètement imaginaire. Il est la combinaison de plusieurs personnes que j’ai rencontrées dans ma vie. Il traverse ce que ces gens ont vraiment traversé », précise l’artiste, qui mentionne que, même si les plages de Heartbeast forment une histoire, il ne s’est pas cantonné à recréer celle-ci sur scène. Du moins pour l’instant.

« Ce serait une très bonne idée de monter un tel concept, mais pour l’actuelle tournée, ce sera un mélange d’anciennes et de nouvelles chansons, pour bien présenter Wellbad au public canadien », dit celui qui s’amène avec ses quatre musiciens, une voix qui n’est pas sans rappeler celle de Tom Waits (une de ses influences, d’ailleurs, avec Willie Dixon, The Black Keys et Eels) ainsi qu’un blues fortement teinté de rock.

Sensations bleues

« Mon goût pour le blues me vient de mon père, nous écoutions la même musique lorsque j’étais plus jeune. Mais je trouve important de ne pas écrire en fonction d’un genre musical. Ça peut sembler cliché de dire ça, mais il y a tellement de couleurs dans le monde, pourquoi n’en utiliser que trois? Le blues, pour moi, c’est avant tout une affaire de sensation, une façon de chanter et d’interpréter, de transpirer sur scène, de se retrouver devant des gens qui ont tous leurs problèmes, mais qui les ont oubliés à la fin du spectacle. Pour moi, c’est la partie blues du métier, mais je n’essaie pas de me limiter à un seul genre, sinon on s’emprisonne. On peut faire un parallèle avec notre monde actuel, où les frontières se ferment et les gens se replient sur eux-mêmes. Ce n’est pas la bonne façon de faire, surtout pas en musique. »

Daniel Welbat aborde avec cette même ouverture les multiples disciplines artistiques qu’il affectionne.

« En fait, la première chose que j’ai faite à l’adolescence, c’est d’écrire des scénarios. C’est ce qui m’attirait le plus. Vers l’âge de 15 ou 16 ans, un ami qui déménageait en Australie m’a donné sa guitare. Au même moment, je prenais conscience du temps nécessaire pour réaliser un film. Entre l’écriture et le produit final, il y a facilement trois ans. Avec une guitare, je pouvais avoir une chanson en dix minutes. Je pouvais éprouver un plaisir fou beaucoup plus rapidement. »

Très précoce, le musicien a enregistré ses premières pièces à 16 ans, dans la langue de Shakespeare. À 20 ans, il fondait même sa propre étiquette, Blue Central Records. Aujourd’hui, il a déjà quatre albums à son actif.

Mauvais jour pour les bleus

La prochaine tournée canadienne ne sera pas le premier séjour de Wellbad chez nous. « Nous avons déjà présenté des vitrines lors de la Semaine de la musique canadienne à Toronto dans les dernières années. »

C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’il a fait la connaissance de la chanteuse blues Samantha Martin, avec qui il interprète Bad Day for the Blues sur Heartbeast.

« J’ai en fait d’abord rencontré son gérant, qui a beaucoup aimé notre musique. Nous avons gardé contact par courriels, c’est comme ça que j’ai connu Samantha. Finalement, la veille de la dernière journée d’enregistrement de Heartbeast, nous avons appris que Samantha était à Hambourg. Elle donnait un spectacle et je suis allé la voir. Elle m’a reconnue. Je lui ai demandé si elle avait un jour de libre pendant son séjour. Elle m’a répondu : "Demain!" Elle est donc venue en studio et nous avons fait cette chanson ensemble, de manière très spontanée et très cool. »

Wellbad sera au Festival international de jazz de Montréal le 1er juillet, à L’Anti de Québec le 3 juillet, au Sherblues & Folk de Sherbrooke les 4 et 5 juillet et au Rainbow d’Ottawa le 6 juillet.

WELLBAD
HEARTBEAST
BLUES ROCK ANGLO
Blue Central Records

Vous voulez y aller?

Wellbad
Jeudi 4 juillet, 17 h 30
Carré Strathcona, Sherbrooke

Vendredi 5 juillet, 23 h
Boquébière, Sherbrooke

Entrée gratuite