Pierre-Yves Cardinal

Un jeune loup à la ferme

Un jeune journaliste ambitieux, talentueux, charmeur mais en mal d'équilibre. Un homme timide, sans charisme, avec les deux pieds dans la même bottine. Et, finalement, une espèce de désaxé manipulateur, violent, vicieux et dangereux, qui souhaite à tout prix cacher l'homosexualité de son frère défunt à sa mère, au point de prendre psychologiquement en otage l'amant de ce dernier.
Bref, Pierre-Yves Cardinal a eu l'occasion de jouer tous les profils mentaux depuis un an. Entre le fougueux Philippe Saint-Pierre des Jeunes loups et son grand introverti que l'on découvrira l'automne prochain dans Nouvelle adresse, le comédien a adoré que Xavier Dolan lui confie le rôle du très détestable bourreau de Tom dans Tom à la ferme.
« Xavier m'a téléphoné pour me dire qu'il avait quelque chose à me proposer, et de lui revenir vite, parce que le tournage commençait trois semaines plus tard. Xavier et moi, nous nous étions souvent croisés sur les plateaux de doublage et dans quelques partys. Il m'avait aussi vu travailler dans Tu m'aimes-tu? »
Pierre-Yves Cardinal n'a aucunement déchanté lorsqu'il a découvert toute l'ombre du vil fermier que son ami voulait lui confier. « C'est le genre de personnage vraiment attirant pour un acteur. Il a plein de niveaux. C'est sûr que, physiquement, on ne veut pas plonger dans une telle noirceur, une telle violence quasi pathologique. L'idée que tu n'en ressortiras pas te passe par la tête », dit-il, en référence à la dépression qu'aurait faite Isabelle Adjani en jouant Mademoiselle Julie, ou à la mort de Heath Ledger peu après son Joker dans Batman.
« Mais, en même temps, dès que le travail a commencé, tout le monde est tombé dans le plaisir. Xavier est festif dans son approche du tournage. Probablement parce que c'est là qu'il se sent le mieux, et il entraîne toute l'équipe dans cet esprit-là. Tout le monde était concentré pendant les prises, mais autrement, c'était super agréable. C'était probablement nécessaire, aussi, étant donné la lourdeur de plusieurs scènes. »
Des raisons pour mal virer
Adapté d'une pièce de théâtre de Michel-Marc Bouchard, Tom à la ferme raconte l'histoire d'un jeune publicitaire (Xavier Dolan) qui se retrouve en pleine campagne pour assister aux funérailles de son amoureux. Il découvre sur place que sa belle-mère (Lise Roy) n'a aucune idée de qui il est, ni de la nature de ses rapports avec le défunt. Déterminé à ce que sa mère n'en apprenne rien, le fils aîné Francis (Pierre-Yves Cardinal) entame un jeu de manipulation psychologique fait de violence et de séduction. Non seulement Tom garde le secret, mais il reste à la ferme.
« Quand on lit le scénario, la première réaction par rapport à Francis est de le trouver épouvantable. Mais il faut arriver à trouver d'où il part. Xavier et moi avons vite établi les bases du personnage. Sa relation avec sa mère ne fonctionne pas. Il a perdu son père jeune, alors qu'il était probablement celui qui en avait le plus besoin. Visiblement, il vit très mal le deuil de son frère, qui était extrêmement important pour lui. Même que son frère l'a probablement fui. Francis était prédisposé à mal virer dans un tel contexte. »
Célibataire, seul à s'occuper de la ferme, isolé à la campagne, le jeune fermier est non seulement ignoré par les filles, mais par tout le village. Un ostracisme dont Tom découvrira les raisons à la fin.
« J'en suis arrivé à trouver sa frustration très normale dans ce contexte-là. Tellement que, lorsque les autres membres de l'équipe le traitaient d'épouvantable, ça me surprenait sur le coup. Pour Francis, Tom représente le seul moyen de se rapprocher de son frère, et Tom, lui, est probablement attiré par la ressemblance de Francis avec son amoureux décédé. À la fin, personne dans cette famille n'est capable de faire face à sa peine, ce qui crée une espèce de climat toxique, de dépendance affective mal placée, d'équilibre précaire, car tout est factice. »
Étonnamment, la scène où Francis agresse Tom dans un champ de maïs n'a pas été la plus difficile à tourner. « Oui, il y a toute une chorégraphie à respecter et il faut se rappeler d'où vient la violence, mais c'était ma première grosse scène du film et j'en étais presque heureux, car la glace a été cassée dès le départ. Les scènes les plus difficiles sont celles qui demandent le plus de subtilité. »
Souvenirs de tapis rouge
Il faut croire que la prestation de Pierre-Yves Cardinal a été appréciée, puisque l'acteur s'est retrouvé en nomination aux prix Écrans canadiens, remis la semaine dernière. « J'étais déjà très heureux d'avoir été nommé. La présentation du film à Venise a aussi été mémorable. Nous avons vraiment été traités aux petits oignons. Bien sûr, le tapis rouge et la réception qui a suivi (sur une terrasse devant la mer) étaient surréels. Mais j'ai surtout été touché par l'amour des gens de là-bas pour le cinéma. »
Même si la série Les jeunes loups a attiré un grand public cet hiver et qu'une suite est fort probable, Pierre-Yves Cardinal n'a pas encore reçu de confirmation de son retour. « Je crois qu'il faut d'abord que Réjean écrive la suite. J'ai l'impression que la série va revenir, mais pas tout de suite. »
Quant à Nouvelle adresse, la nouvelle série de Richard Blaimert (Les hauts et les bas de Sophie Paquin) que diffusera Radio-Canada en automne prochain, elle est déjà entièrement tournée depuis l'été dernier.
« Mon personnage ne l'a vraiment pas avec les filles, il n'a aucune carte dans son jeu. C'est un rôle plus modeste, mais je pense que ça va être un bon show. Richard a une écriture fine. C'est un excellent dialoguiste. Ça m'a permis de travailler avec Sophie Lorain et Raphaël Ouellet, qui ont coréalisé la série. »