L’auteur estrien Hervé Gagnon a mis la main jeudi soir sur un prix Arthur-Ellis, récompensant les meilleurs romans policiers canadiens.

Un gage de qualité pour la série Joseph Laflamme

« Sidéré » est le mot employé par l’écrivain estrien Hervé Gagnon pour décrire sa réaction devant le prix Arthur-Ellis, que son roman Adolphus — Une enquête de Joseph Laflamme, a remporté jeudi soir. Sélectionné par le Canadian Crime Writers pour cette distinction dans la catégorie du meilleur roman francophone, l’ouvrage représente le sixième tome de la série portant le nom de Laflamme, un journaliste montréalais vivant à la fin du XIXe siècle.

En 2015, le tout premier volume des enquêtes de Laflamme avait d’ailleurs été nommé comme finaliste dans cette même catégorie. « Ça met la série entre parenthèses. C’est un peu un gage de qualité de l’ensemble du parcours. En finissant Adolphus, je savais qu’il y avait une certaine qualité dans le récit, qui est d’ailleurs très technique. Ce n’est pas une intrigue compliquée, mais c’est toute la chair autour de l’os qui était cuite à point. De là à dire que je m’attendais à un prix, pas du tout ! » s’enchante Hervé Gagnon, qui, au lendemain de la cérémonie, avoue avoir complètement oublié la tenue de celle-ci tellement ses attentes étaient basses. 

Ce prix tombe à point : en février, la série a fait son entrée sur le marché européen, sous la bannière de la collection Grands détectives chez la maison d’édition française 10/18. 

Interrogé sur le secret derrière le succès des aventures de Joseph Laflamme et de ses collaborateurs, l’auteur d’Ayer’s Cliff risque une conjecture : « Il faudrait demander aux lecteurs, mais je soupçonne que c’est sans doute la nature des personnages, surtout dans le dernier tome : j’étais assez heureux du niveau de sarcasme et d’ironie que j’avais atteint. Ils sont amicalement méchants les uns envers les autres et se disent franchement des vacheries, mais des vacheries très drôles. Le sixième tome est parsemé de répliques très irrévérencieuses. Il y a quelque chose de très libérateur à écrire ça, et je pense que ça se communique aux lecteurs. »

« Vieux chums »

Ses personnages, il les compare à de « vieux chums », après tant de temps passé à les construire. « Ça devient automatique pour moi de les mettre en œuvre. Ils sont approfondis, ils ont pris de l’ampleur. Tu leur donnes une palette émotive et une profondeur humaine un peu plus grande chaque fois. »

Au moins un septième volume sera à venir, assure l’écrivain, qui se plongera cependant dans l’univers médiéval qu’il affectionne pour la prochaine année. Ses retrouvailles avec le journaliste montréalais devront donc attendre. « En ce moment, je suis dans les batailles à l’épée dans les rues de Paris. Ce sera un genre de polar du Moyen Âge en deux tomes. »

Historien et muséologue, l’auteur estrien prend un énorme plaisir à se plonger dans l’histoire pour y dénicher ce qui lui servira de point de départ. Cette fois, la prochaine épopée de Laflamme sera basée sur une histoire de fantômes.

« Je pars toujours de faits divers qui se sont produits à Montréal. Dans ce cas-ci, je vais parler d’une légende qui voulait que le fantôme d’une prostituée revienne une fois par année dans la maison de Griffintown ou elle avait été assassinée. » 

Un travail éditorial crucial

Hervé Gagnon tient à souligner la différence entre le manuscrit original et l’œuvre qui vient d’être récompensée, grâce au travail de son éditrice chez Libre Expression, Marie-Ève Gélinas.

« Sans elle, c’est juste un bon livre. Si je gagne un prix, c’est parce qu’elle passe par-dessus et qu’on le retravaille ensemble. Les services de mon éditrice sont non seulement professionnels, mais ils sont aussi respectueux de l’œuvre. Je plains les auteurs qui se retrouvent dans de fausses maisons d’édition où c’est de l’auto-édition déguisée. Le travail éditorial est devenu fondamental de nos jours », insiste l’écrivain.