Loreena McKennitt a fait salle comble dimanche soir au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, pour le dernier spectacle de sa tournée Lost Souls. La musicienne, ici en compagnie de la violoncelliste Caroline Lavelle et du percussionniste Robert Brian, n’était pas venue à Sherbrooke depuis 2012.

Un dernier voyage avec Loreena

CRITIQUE / La soirée aurait pu avoir quelque chose de solennel. C’était en effet la dernière prestation sur scène de Loreena McKennitt pour une période indéterminée. La chanteuse d’origine manitobaine a en effet annoncé en octobre qu’elle interrompait sa carrière musicale pour se consacrer à des enjeux qui la préoccupent fortement, dont la lutte contre les changements climatiques et contre les effets de la révolution numérique sur l’industrie musicale.

Et le hasard a voulu que c’est Sherbrooke (plus précisément la salle Maurice-O’Bready, à guichets fermés pour l’occasion) qui était la dernière ville visitée par sa tournée internationale Lost Souls, aucune date ultérieure ne figurant au calendrier. Les quelque 1500 spectateurs de dimanche soir sont donc les derniers avant peut-être longtemps à avoir vu et entendu la Manitobaine d’origine sur les planches.

Mais Loreena McKennitt n’a pas mis d’accent spécial sur ce point final. Au contraire, elle a laissé tout le terrain à la musique, se limitant à trois ou quatre interventions durant cette généreuse prestation de 140 minutes. Sachant à quel point l’artiste aime généralement discuter avec son public, c’était un peu inhabituel.

Mais on sentait que la musicienne et ses cinq coéquipiers avaient simplement envie de faire vibrer le plus longtemps possible les tympans de l’assistance. Ce qui allait de soi, considérant l’énorme talent de toute cette belle bande aux talents multiples. Non seulement Loreena joue de la harpe, de l’accordéon, du piano et du clavier, mais sa violoncelliste Caroline Lavelle manie aussi la flûte à bec, tandis que Brian Hughes passe de la guitare à l’oud, puis au bouzouki en claquant des doigts.

Probablement est-ce la raison pour laquelle ce sont les pièces instrumentales qui ont suscité le plus d’enthousiasme de la salle, notamment lors de l’épique « duel » improvisé entre le violon (joué par Jugh Marsh) et la guitare électrique, à la fin de Bonny Swans.

Ajoutez la superbe forme vocale de Loreena et les magiques harmonies avec Caroline, et le buffet était servi. Étonnant d’ailleurs tout l’éventail musical que le sextuor a livré, le seul petit défaut étant un volume trop élevé pour le violon en première partie, ce qui a fait frôler le larsen à quelques reprises.

ÂGE D’OR

C’est la trilogie des années 1990 de Loreena McKennitt (les albums The Visit, The Mask and the Mirror et The Book of Secrets, qui correspondent en quelque sorte à l’âge d’or de l’autrice-compositrice) qui ont tenu le haut du pavé de cette soirée. Sans oublier évidemment Lost Souls, le plus récent opus, paru l’an dernier.

En fait, non : le tout dernier disque de l’artiste est un album double en concert, enregistré au Royal Albert Hall de Londres et paru vendredi, que tous les spectateurs dimanche soir ont reçu gratuitement!

La chanteuse s’est tout de même permis, en ouverture, une légère excursion dans ses débuts, avec Samain Night, de l’album Parallel Dreams (1989), et un saut de puce sur An Ancient Muse (2006), via The Gates of Istanbul. Bref, le panorama était suffisamment complet et varié pour ce dernier rendez-vous avec la « trouvère » canadienne.

Et si ce n’était de ses nouveaux objectifs, l’artiste aurait probablement continué, son plaisir de chanter (dont son large sourire dans All Souls Night) témoignant de l’absence totale de lassitude.

Comme c’était prévisible, ce sont The Mummer’s Dance, son plus grand succès, et Dante’s Prayer qui ont occupé le rappel, le refrain de la deuxième se terminant par un poignant remember me. Tel un rappel aux admirateurs de ne pas l’oublier durant son éloignement. Mais comme ce n’est pas la première retraite de l’artiste et que sa musique ne s’empoussière pas, gageons qu’ils et elles seront nombreux lors de son retour.