Jean-François Tremblay et Luc Cloutier, du duo sherbrookois Guajira, lancent leur deuxième album, Masala, ce soir au Tapageur. Les profits de la soirée (la moitié des ventes d'albums et les dons volontaires) seront remis au projet de coopération internationale Bambylor.

Un album épicé pour Guajira

Jean-François Tremblay marchait dans une allée d'épicerie fine lorsqu'en levant la tête, il est tombé sur l'étiquette d'un pot de garam masala. De la même façon que ce mélange d'épices indien assaille l'olfaction avec de multiples parfums, la tête du guitariste s'est emplie de différentes sonorités exotiques.
Finalement, ces aromates sonores ont embaumé tout l'opus 2 du tandem sherbrookois Guajira. Le nom de l'album était donc tout trouvé.
«Il y a sur Masala plusieurs pincées d'ingrédients différents, tel un mélange d'épices», résume Luc Cloutier, l'autre moitié du duo guitare-batterie. «Les influences sont africaines, latines, indiennes, blues, rock...»
Difficile, effectivement, de toutes les énumérer. Par exemple, la guitare résophonique de Jean-François peut aussi bien emprunter les couleurs du vieux blues des marécages (Croiser le fer) que le son très particulier d'un sitar dans la pièce-titre. Les percussions de Luc Cloutier se sont aussi beaucoup métissées, indique Jean-François Tremblay.
«La batterie de Luc est comme l'univers : en expansion infinie.»
Méditons moins
Guajira s'est formé en 2008, alors que Luc et Jean-François, qui gravitaient dans les mêmes milieux musicaux, se sont trouvé une complicité naturelle. Il a quand même fallu beaucoup d'énergie au second pour convaincre le premier qu'un duo guitare-batterie, formation musicale tout à fait unique, était viable. Ces deux professeurs de musique ont finalement lancé un premier album éponyme, paru en 2009 et catégorisé «folk progressif». Se sont ensuivis plusieurs spectacles où leur musique a continué d'évoluer.
«Le principal objectif du nouvel album était de rapporter sur disque l'énergie et les textures que nous avions développées sur scène», expliquent les deux musiciens. «Lorsque nous avons réécouté le premier album, nous l'avons finalement trouvé beaucoup plus planant et méditatif que nous l'avions perçu au départ.»
Masala compte aussi plus de solos et d'improvisations, ainsi que des introductions. Par exemple, Karnaval, une petite folie percussive de 19 secondes, précède Au Balattou, nom d'un café de musique du monde à Montréal où le duo a joué cette pièce pour la première fois.
«C'était un jour de tempête de neige, l'autoroute 10 avait été fermée», se souvient Luc Cloutier.
Les douze plages sont ainsi marquées de plusieurs anecdotes, telle Hollywood Harmony, baptisée du nom d'une guitare qui trônait dans la maison familiale de Jean-François. «Elle était conçue pour le jazz, mais l'ancien propriétaire jouait du country. Il y avait une marque, parce qu'il mettait toujours son pouce à la même place.»
Admirateurs étrangers
Une partie de Masala a été financée par les admirateurs, dont plusieurs de Sherbrooke, mais aussi de l'étranger, car le duo est très présent sur l'internet. Cet argent a surtout servi à acheter l'équipement nécessaire pour que le duo fasse lui-même sa prise de son, avant de confier le matriçage et le mixage au studio Audiobec.
«Luc ne vous le dira pas, mais c'est aussi un excellent technicien de son. Il a travaillé avec Yvon Deschamps, André Sauvé et Térez Montcalm», souligne Jean-François.