Pris pas de multiples projets, donc deux rondelles country, sa participation à l’album Sept jours en mai, plusieurs contrats comme réalisateur (dont le nouveau gravé d’Hugo Lapointe, lancé le même jour que le sien) et le retour de son groupe rock Les Chiens, Éric Goulet n’avait pas produit de disque sous le nom de Monsieur Mono depuis 2008. Mais une rupture amoureuse l’an dernier a vite ramené son alter ego triste et mélancolique sur le devant de la scène. Est ainsi paru hier l’opus 3 de Monsieur Mono, Le Grand Nulle Part

Troisième album de Monsieur Mono : la tristesse partout

Monsieur Mono, l’alter ego triste et mélancolique d’Éric Goulet, est revenu hier avec « Le Grand Nulle Part », un troisième album après un hiatus de dix ans. Et tous les mélomanes qui connaissent ce créateur polyvalent, adulé autant comme musicien que comme réalisateur et doué aussi bien pour le rock que pour le country, auront le premier réflexe de penser : « Ça ne va pas bien. »

Et ils auront raison : Monsieur Mono a traversé une fameuse tempête l’an dernier. À la différence que, cette fois, le contexte de rupture amoureuse, qui avait donné le jour à son premier album en 2005, ébranlait une famille avec maison et enfants, avec toute la réorganisation conséquente.

Mais comme treize ans auparavant, Éric Goulet a traversé le tsunami par une courte mais intense période d’écriture, à raison d’une chanson par jour environ.

« J’allais mener les enfants à la garderie, je revenais à la maison travailler une chanson et quand j’allais les chercher, elle était déjà terminée. Comme la première fois, ce fut salvateur. C’est une très grande richesse de pouvoir s’exprimer artistiquement sur ce qui nous arrive. C’est bon pour l’ego. Ça m’a permis de passer à travers. »

La différence, c’est que son opus 1 en tant que Monsieur Mono (Éric Goulet fait également partie du groupe rock Les Chiens et s’est d’abord fait connaître au sein de la défunte formation Possession simple) avait été réalisé sans aucune attente. L’auteur-compositeur était persuadé que personne ne voudrait entendre des chansons aussi « personnelles, intenses et sombres ». La suite des choses lui avait donné tort : le disque s’était vite retrouvé en réimpression. C’est, encore aujourd’hui, celui de sa discographie qui s’est le plus vendu et dont on lui parle le plus.

« C’est effectivement très drôle et paradoxal qu’un album aussi triste ait pu rendre les gens heureux comme ça! commente-t-il en rigolant. En même temps, la musique à la radio est tellement aseptisée et clean cut aujourd’hui. »

Alors, oui, une fois passée la catharsis de l’année dernière, l’auteur-compositeur savait qu’il pourrait graver quelque chose avec ses dix nouvelles créations ennuagées (huit chansons et deux pièces instrumentales). Il les a quand même lancées de façon indépendante. « C’est moi qui ai imprimé les pochettes. Les vinyles seront aussi imprimés à la main. Ça reste un projet au ras des pâquerettes. »

Petit fantôme

La totalité des nouvelles chansons de Monsieur Mono a été écrite au piano. Éric Goulet a laissé sa guitare dans son étui pendant tout le processus, ce qui n’était jamais vraiment arrivé avant. À part quelques notes de contrebasse de Mario Légaré, de furtifs coups de batterie de Marc Chartrain et de subtiles nappes électros qui se posent en filigrane « comme un petit fantôme en arrière », le piano et les cordes tiennent le haut du pavé.

« En fait, j’ai recyclé un ancien projet, un album de Monsieur Mono que je voulais réaliser entièrement au piano, et dont je n’aurais pas signé la plupart des textes. J’avais commencé, mais quand les événements sont arrivés, ça m’a un peu fouetté et je me suis mis à écrire. Pour moi, le piano est plus facile à jouer que la guitare et ça donne plus d’ampleur. La dynamique est beaucoup plus large », explique-t-il.

Mais avec Monsieur Mono, les cordes ne sont jamais bien loin non plus. Discrètement posées sur L’océan, pièce d’ouverture du premier album, elles étaient plus présentes sur Petite musique de pluie mais retravaillées électroniquement. Cette fois, la partition du quatuor Esca a été laissée telle quelle et occupe une place prépondérante.

« Je voulais que ce soit très classique, très intemporel. C’était vraiment un exercice de sobriété. Autant dans la livraison vocale qu’instrumentale, et même dans l’enregistrement, il n’y a aucune fioriture. C’est peut-être, de ma part, une forme de stoïcisme par rapport aux événements. J’ai essayé de garder la tête froide », dit-il en riant.

L’œil de la tempête

Et c’est où, le Grand Nulle Part?

« On pourrait comparer ça à l’œil de la tempête, ou à la minute d’apesanteur avant que l’avion s’écrase. Le moment où tu es dans la confusion totale : tu ne sais plus qui tu es, ni où tu t’en vas, ni ce que tu veux. Tu doutes de tout, tu vis des émotions contradictoires. D’habitude, je n’aime pas les textes trop nébuleux, mais là, ça marchait », dit-il à propos de la chanson-titre, dans laquelle le personnage veut à la fois quitter un lieu innomé et y rester.

« Chaque chanson, poursuit Éric Goulet, correspond à un chapitre du processus post-rupture : la découverte de ce qui vient d’arriver, la tentative de recoller les pots, etc. »

Éric Goulet cite Joe Dassin dans le premier extrait, La princesse aux petits pas, avec le vers comme si je n’existais pas. Il y a gardé la même mélodie du célèbre ver d’oreille, sauf la dernière note. Un flash qu’il a eu dans un de ces moments où il sentait n’être plus rien.

« Je m’aperçois qu’avec les années, l’inspiration arrive comme un cadeau. Les idées de chansons se présentent presque toutes formées, sans effort. »

Un an après la tempête, Éric Goulet a le détachement nécessaire pour partir en tournée avec ses nouvelles pièces en formule solo. « Depuis six mois, le vent a changé de bord. Le contraste est frappant. Ma vie a vraiment pris un tournant pour le mieux à partir de juin. Aujourd’hui, j’ai le goût d’avoir du fun. Probablement que le prochain projet sera un retour au country », confie-t-il, sourire dans la voix.

Discographie de Monsieur Mono

2005    Monsieur Mono

2008    Petite musique de pluie

2018    Le Grand Nulle Part

Vous voulez y aller?

Monsieur Mono

Samedi 24 novembre, 21 h à La Petite Boîte noire

Entrée : 18 $ (prévente : 16 $)