Un peu désinvolte dans sa démarche, Rick Hughes s’est surtout rattrapé par sa voix, son charisme et sa connivence avec le public.

Trois rois du rock et un orchestre symphonique

CRITIQUE / Le chef de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke Stéphane Laforest doit vraiment être très heureux d’avoir ajouté une série de concerts pop symphonique à la saison régulière de l’OSS. La réponse du public est excellente (le concert Broadway du printemps dernier était à guichets fermés), et la prestation d’hier soir n’a pas fait défaut à l’engouement, avec plus de 1200 personnes dans la salle Maurice-O’Bready.

Il faut dire qu’il y avait une brochette de choix à l’honneur. Trois rois du rock, chacun avec sa couleur : Rick Hughes, routier d’expérience au registre haut perché, Yvan Pedneault, au timbre puissant rappelant Freddie Mercury (il promène d’ailleurs un spectacle en hommage à Queen), ainsi que Tim Brink, Estrien à la voix bellement éraillée. Grand merci d’ailleurs au maestro d’avoir donné ainsi une chance à un petit gars de la région.

Et comment c’était? Une véritable partie de plaisir. Pas pour les interprètes, s’entend, car ces derniers avaient fort à faire, mais pour le public, que des bonbons rock bellement orchestrés (la majorité par le chef lui-même), avec quand même une place pour quelques découvertes.

Par exemple Fool’s Overture, qui n’est assurément pas la pièce la plus connue de Supertramp, mais qui est probablement une des plus amples et des plus ambitieuses (elle est en partie orchestrale au départ).

À souligner aussi l’espèce de Vol du bourdon qui s’est invité dans l’arrangement de Paint It Black, des Rolling Stones. Bref, maestro Laforest n’a pas oublié, en transposant ces succès rock, de mettre ses troupes en évidence.

Ce fut par exemple le cas dans Goodbye Stranger, dont le refrain aurait été trop haut pour Tim Brink, mais dont les cordes et les vents se sont chargés. Même chose pour Bohemian Rhapsody, Yves Pedneault laissant l’ouverture et le passage opératique aux musiciens.

Phil Brink

Fait à noter : le menu musical ne figurait pas dans le programme, pour réserver la surprise à l’auditoire. Ce dernier a surtout eu droit à des succès des Rolling Stones, Queen, Supertramp et Led Zeppelin, avec au moins une pièce réservée à Pink Floyd, U2, Genesis et Phil Collins.

Beau flash d’ailleurs d’avoir confié Against All Odds à Tim Brink, un répertoire auquel le chanteur n’avait encore jamais touché, mais qui lui va comme un gant. Même s’il s’agissait de sa première expérience avec un orchestre symphonique, l’Estrien a paru vraiment très à l’aise dès sa première chanson. C’est d’ailleurs le seul des trois qui est descendu dans la foule.

Un peu désinvolte dans sa démarche, Rick Hughes s’est surtout rattrapé par sa voix, son charisme et sa connivence avec le public, brillant particulièrement dans Dreamer, Kashmir et Black Dog (il a d’ailleurs dédié la dernière à sa sœur Lulu, qui combat une récidive de cancer).

Moins lumineux en première partie (ses basses étaient souvent inaudibles et il a dû descendre d’une octave certaines lignes d’Another One Bites the Dust), Yvan Pedneault a pris tout son élan avec Sunday Bloody Sunday, brillant de tous ses feux avec le tiercé queenesque final (We Will Rock You, Bohemian Rhapsody et We Are the Champions, ses deux coéquipiers se joignant à lui pour la dernière, livrée en rappel, puis reprise à la demande générale).

Accrocs

Maintenant, ce serait mentir de dire que tout s’est passé comme sur des roulettes. La soirée a été marquée par de multiples petits accrocs venus surtout des solistes et de la sonorisation.

Primo, être accompagné d’un orchestre est beaucoup plus difficile pour un chanteur (les repères sont souvent camouflés dans la masse sonore), ce qui fait que quelques entrées ont se sont faites en retard.

Secundo, la sonorisation doit amalgamer voix, instruments acoustiques et instruments électriques, ce qui n’est pas de tout repos non plus. D’ailleurs, on soupçonne que le sonorisateur a eu maille à partir avec une nouvelle console, laquelle ne semblait pas répondre avec toute la précision souhaitée. Dans Satisfaction, c’est carrément le micro de Tim Brink qui a lâché. Mais pour la définition de l’orchestre, diésé pour l’occasion d’un quatuor piano, guitare, basse, batterie, c’était totalement sur la coche.