La carrière du pianiste Tristan Longval-Gagné prend lentement son envol, grâce notamment au récital solo qu’il a présenté à la Place des Arts l’hiver dernier et qu’il promène maintenant un peu partout. Il ira même jusqu’en Colombie-Britannique au printemps 2019. « Je participerai à un jury et j’en profiterai pour donner quelques concerts là-bas », explique-t-il.

Tristan Longval-Gagné : la pédagogie en récital

SHERBROOKE — L’année 2018 s’annonce comme celle du véritable envol pour le pianiste sherbrookois Tristan Longval-Gagné. Sa signature avec l’agence d’artistes St-André Management à la fin de 2017 lui a ouvert plusieurs portes, notamment celle de la Place des Arts, où il a donné deux récitals l’hiver dernier.

« C’était seulement la deuxième fois que je jouais là. Disons que de se voir sur de grands panneaux publicitaires, ça rend humble. Ç’a été un moment significatif, mais comme la salle Claude-Léveillée est super intime, j’ai pu donner mon concert sans rien sacrifier à ce que je fais habituellement, en restant proche de ma démarche artistique : celle de rendre la musique classique le plus accessible possible. »

Tout comme le chef de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke Stéphane Laforest qui prend le temps de s’adresser à son public et de mettre en contexte les pièces au programme, Tristan Longval-Gagné présente longuement chaque morceau, ce qui se révèle être un élément capital de ses récitals.

« Je ne veux pas que les spectateurs se sentent mal à l’aise quand ils assistent à un concert classique. Il y a donc toujours des interventions de ma part. Ça s’est même déjà transformé, lors d’une prestation à Ottawa, en véritable conversation avec le public. Les gens étaient assez en confiance pour me poser des questions et réagir à certains propos. J’avais trouvé ça super cool. »

Il faut dire qu’à travers son calendrier de concerts — il sera avec l’Orchestre symphonique de Drummondville le 15 novembre pour interpréter un concerto de Mozart —, Tristan apprivoise également la direction de l’école de musique Pianissimo, dont il est devenu copropriétaire il y a 18 mois avec deux autres partenaires. Les horaires sont parfois compliqués entre les répétitions, les prestations et les leçons de piano, mais c’est un beau défi, dit-il.

« En fait, je me rends compte que j’aime les concerts et l’enseignement pour la même raison : partager ma passion pour la musique. Que je sois devant un auditoire ou en tête-à-tête avec un élève, je fais de la pédagogie partout! » résume-t-il en riant.

Bach et Rach

Le récital solo que Tristan Longval-Gagné donne en ce moment comporte uniquement des transcriptions, c’est-à-dire des œuvres écrites pour un instrument ou un ensemble musical particulier (le plus souvent un orchestre), puis transposées pour piano seul, la plupart du temps par un autre compositeur, mais parfois par le même.

L’artiste a commencé à s’intéresser aux transcriptions lorsqu’il a pris conscience du défi pour ceux qui les réalisent, soit respecter l’essence de la pièce. Celle du compositeur, mais aussi de l’époque et du lieu où l’œuvre a été créée.

« Bach est fort probablement celui qui a été le plus transcrit, mais souvent, on le dénature. Par contre, lorsqu’on écoute son prélude transcrit par Rachmaninov, on n’entend rien que Bach n’aurait pu faire lui-même s’il avait vécu à la même époque que son transcripteur. Il n’y a rien qui accroche. C’en est impressionnant. Pourtant, cette pièce reste du Rachmaninov à part entière. »

La valse de Maurice Ravel (également au programme de son récital) a été réalisée par le compositeur lui-même. « Il s’agit d’une œuvre orchestrale écrite pour un ballet. Ravel en a fait une transcription pour deux pianos et une pour piano solo, mais cette dernière n’était pas destinée aux concerts : c’était pour le pianiste qui jouait lors des répétitions des danseurs. Il y manquait donc beaucoup de choses. Plusieurs pianistes se sont ensuite penchés sur la partition solo au fil des ans. Ils l’ont améliorée, chacun apportant sa propre touche. Il en existe ainsi de multiples versions aujourd’hui. Pour ma part, je dois avouer que je suis très influencé par celle de Louis Lortie, que j’ai écoutée au moins un millier de fois. »

Improviser classiquement

Le concert comporte aussi les arabesques du Danube bleu transcrites par Schülz-Evler, la transcription d’Isoldes Liebestod de Wagner par Franz Liszt, la Danza de Rossini transcrite par Marc-André Hamelin ainsi que West Side Story de Bernstein, réingéniée par... Tristan lui-même.

« L’idée part d’une transcription de West Side Story pour deux pianistes et deux percussionnistes que j’ai interprétée avec le quatuor Nova. À force de la jouer, je me suis dit que ce serait probablement faisable en piano solo. J’ai commencé à y travailler à temps perdu, mais ça m’a tourné dans la tête pendant deux ans et l’exercice a pris de l’ampleur », raconte le musicien, très heureux d’explorer, avec cette partition, des couleurs auxquelles il n’est pas habitué, tels le jazz et le funk des années 1950. Il a même gardé des passages pour l’improvisation.

« Ce n’est vraiment pas quelque chose dans lequel je suis compétent, mais je trouve important de se mettre en danger. C’est là qu’on fait des progrès. On ne peut pas toujours jouer des choses qui nous tombent aisément sous les doigts. »


Vous voulez y aller?

Les classiques viennois

Jeudi 15 novembre, 19 h 30

Orchestre symphonique de Drummondville

Maison des arts Desjardins

Entrée : 50 ou 55 $ (38 $ pour les 20 à 35 ans)


Materia

Tristan Longval-Gagné

Dimanche 18 novembre, 20 h

Vieux Clocher de Magog

Entrée : 29,50 $