Un peu plus d’une trentaine de clichés de Jean-René Dufort séjourneront jusqu’au 9 juillet au Musée national de la photographie de Drummondville. Le vernissage avait lieu samedi.

Trente-quatre coups de cœur de Jean-René Dufort

Que Jean-René Dufort soit un photographe passionné, en plus d’incarner notre Infoman national depuis 18 ans, n’est plus vraiment un secret. Ses albums de photographies « On est tous quelque part » et « Mon œil! », parus respectivement en 2015 et 2016, ainsi que ses participations au World Press Photo à Montréal, ont contribué à vendre la mèche.

« Ma première job à vie, ç’a été photographe pour L’Écho du Nord de Saint-Jérôme », révèle celui qui a eu sa première chambre noire dès l’adolescence. « Les personnes qui me connaissent dans ma vie privée savent qu’un Jean-René sans appareil photo, ça n’existe pas. Mais à propos de mon deuxième livre, une dame m’a déjà dit : "Je ne pensais pas que vous aviez des émotions!" On dirait qu’après 18 ans, les gens me voient dans une case et ne peuvent imaginer que je fasse autre chose », commente-t-il avec un grand sourire.

L’animateur n’a pas hésité une seconde lorsqu’il a reçu l’invitation pour exposer au Musée national de la photographie de Drummondville. « Pour moi, il n’y a pas assez de musées de photographies au Québec. Je suis quelqu’un qui court les musées et les expositions de photos. Il m’arrive même de choisir des destinations de voyage en fonction de ça. »

Pas besoin de se creuser la tête pour trouver une ligne directrice aux 34 clichés de l’exposition Mon œil : il n’y en a pas. Jean-René Dufort se fie à l’instinct et à l’émotion du moment pour faire ses choix plutôt que de se plier à un thème. Son coup de cœur du jour peut très bien être retranché le lendemain, alors qu’il se demandera, une fois l’accrochage terminé, pourquoi diable il n’a pas inclus cette photo écartée d’emblée.

« Une photo, tu peux l’adorer un jour et la détester le lendemain. J’en ai retenu une dizaine du premier livre, une dizaine du deuxième, et j’ai gardé le dernier tiers pour des inédites, comme celles de Cuba et Pyeongchang. »

Impossible pour lui d’en identifier une préférée, chacune étant liée à un souvenir, qu’il raconte (ou non) dans le court texte d’accompagnement.

« Par exemple, j’ai pris celle des soldats à Kiev le même jour où j’ai appris le décès de ma mère. On voit à leur visage que ça ne n’est vraiment pas bien passé pour eux au front, mais en regardant cette photo, je me souviens que j’étais aussi décâlissé qu’eux. »

L'observateur avant le clown

On note qu’une seule image a été prise au Québec. Pour Jean-René, qui ne jure que par les clichés sur le vif et refuse toute forme de mise en scène, l’anonymat est un précieux allié, qu’il retrouve surtout à l’étranger. En fait, lorsque l’équipe d’Infoman débarque dans un autre pays, le reporter se sert souvent de la photographie pour s’acclimater.

« La première journée, je pars seul avec mes appareils photos, parce qu’avant le clown, il y a l’observateur. La photo devient pour moi une façon de faire du repérage, de palper l’atmosphère. Ça me permet d’être plus juste dans mon propos par la suite. Mais il y a aussi des voyages personnels que je ne fais que pour la photo. »

Jean-René Dufort est aussi un inconditionnel du noir et blanc, une préférence pour laquelle il doit régulièrement tenir son bout.

« Ma maison d’édition avait bien peur qu’il n’y ait que du noir et blanc dans mes deux livres. La majorité des gens préfère la couleur. Alors je triche : je règle le capteur de l’appareil en noir et blanc pour que ça soit impossible à changer après», avoue-t-il en tirant la langue.

Jean-René Dufort a fini lui aussi par céder au numérique, après avoir traversé une période rebelle de six ou sept ans, révèle-t-il.

« En fait, j’étais en profond désaccord avec le fait que la qualité de ta photo soit proportionnelle à la valeur de ton appareil. Pour moi, la photographie est un art qui doit rester démocratique : il faut que ce soit le photographe qui soit responsable de la qualité de la photo, pas l’appareil. C’était ça à l’époque du 35 mm et c’est redevenu ça avec l’iPhone, grâce auquel n’importe qui peut faire une photo géniale. »

Jean-René Dufort lèguera  son exposition à l’établissement afin qu’elle soit intégrée dans la collection privée et puisse être offerte en exposition itinérante.

Vous voulez y aller?

Mon œil
Jean-René Dufort
Musée national de la photographie
400, rue Hériot, Drummondville
Jusqu’au 9 juillet 2018