Le Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke présente jusqu’au 24 mars l’exposition La révolution Borduas : espaces et liberté qui rend hommage à Paul-Émile Borduas. Une partie de l’exposition est consacrée au « Refus global », manifeste publié en 1948, dirigé par le peintre québécois.

Traverser la pensée de Borduas

Une traversée de l’œuvre et de la pensée de Paul-Émile Borduas est présentée au Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke jusqu’au 24 mars. L’exposition La révolution Borduas : espaces et liberté dévoilée jeudi rend hommage à ce peintre majeur, grand défenseur de la liberté et signataire du « Refus global ».

 Borduas est reconnu comme l’un des peintres importants du 20e siècle. Il a d’ailleurs connu un rayonnement international tout au long de sa carrière. La révolution Borduas : espaces et liberté réunit plus d’une soixantaine d’œuvres picturales et photographiques, dont certaines rarement exposées à ce jour. 

Placées en ordre chronologique dans différentes zones, les œuvres exposées permettent de suivre l’évolution de Borduas, tant artistique que psychologique. 

S’il a d’abord été attiré par une carrière de peintre décorateur d’églises, il s’est finalement rapidement éloigné de toute forme d’art qu’il jugeait contraignante. 

« Sur le conseil d’Ozias Leduc, Borduas s’est inscrit à l’École des Beaux-Arts de Montréal à 17 ans où il a appris tous les rudiments du dessin, mais il est entré en réaction contre la formation de l’école puisqu’il jugeait que c’était trop de conventions à respecter, de contraintes. Il a rejeté tout ça et il s’est intéressé aux mouvements de peinture d’avant-garde européenne », explique la commissaire Anne Beauchemin.

Rapidement, l’artiste originaire de Saint-Hilaire s’est tourné vers l’automatisme, un mouvement qui se veut empreint d’authenticité et de liberté.

« Plutôt que de travailler avec des formes ou des couleurs choisies d’avance, il se lance sur des pages blanches, trace des lignes au hasard qu’il remplit de couleurs », poursuit Mme Beauchemin.

Cette aspiration à une liberté totale teintera toute l’œuvre de Borduas. Que ce soit avec la peinture à l’huile, la gouache ou l’aquarelle, chaque médium permet à l’artiste de livrer sa pensée sur une toile.

Si les peintures sont fortes, chargées et foncées pendant les années 1940, elles se révèlent tranquillement plus épurées en couleur et en forme pendant les années 1950, jusqu’à être seulement composées de bandes noires et blanches. 

« Cette évolution est synonyme d’un esprit qui s’en va à l’essentiel. Pour arriver à ces sentiments intérieurs, c’est le travail d’une vie et c’est ce que l’œuvre de Borduas reflète : c’est l’évolution de sa réflexion intérieure », résume Mme Beauchemin. 

Refus global

La révolution Borduas : espaces et liberté fait également une place importante au Refus Global, un manifeste publié en 1948 décriant le conservatisme de la société québécoise politique et religieuse et rompant avec ses valeurs traditionnelles.

Le livre est l’œuvre d’un groupe, mené par Borduas, qui estimait que le Québec avait « un sauvage besoin de libération ».

« C’est une date marquante dans la carrière de Borduas et l’histoire culturelle du Québec. Dans l’exposition, on présente un exemplaire original du Refus Global. On le présente comme une sorte de cri de liberté que Borduas a lancé en 1948, mais on le présente aussi comme une révolution toute discipline dans le monde de l’art. Nous exposons par exemple un texte de Françoise Sullivan sur le monde de la danse et de Claude Gauvreau sur le théâtre », souligne Mme Beauchemin. 

Placé au centre de l’exposition, le présentoir du Refus Global est marqué de plusieurs titres d’articles de journaux ayant été publiés après la parution du manifeste.

« Tout le tour des deux socles, il y a des titres d’articles écrits à l’époque. Nous trouvions intéressant de montrer tout le tumulte que cet essai a créé. Il y a eu des articles à ce sujet pendant un an, dans plusieurs journaux », explique la commissaire. 

Paul-Émile Borduas a quitté le Québec peu de temps après la publication de son livre, lasse de la tourmente. Il s’est d’abord établi à New York, puis à Paris. Il est décédé à l’âge de 54 ans, d’une crise cardiaque.

Encore aujourd’hui, le travail du peintre québécois continue de rayonner et d’inspirer des artistes. L’exposition se termine d’ailleurs sur des reproductions d’œuvres rendant hommage à Borduas. 

Fait intéressant à noter, un audioguide est proposé aux visiteurs. Celui-ci est composé en majorité de textes rédigés par Borduas, permettant de plonger encore plus pleinement dans sa pensée.

Vous voulez y aller

La révolution Borduas : espaces et liberté

Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke

Jusqu’au 24 mars