L’œuvre fétiche du sculpteur Robert Péloquin, le poisson préhistorique Coelacanth, peut être admirée à la Galerie Métissage de Lac-Mégantic. Il a pensé et conçu cette œuvre en réaction à la tragédie de 2013.

Traduire l’horreur de la tragédie de Lac-Mégantic avec sensibilité

Elles ont beau être surtout faites de métal recyclé et de pierre noble comme le granit, les œuvres du sculpteur Robert Péloquin traduisent assez bien la sensibilité de ce Franco-Manitobain arrivé au Québec alors qu’il n’était âgé que de 19 ans.

Une de ses sculptures, exposée à la Galerie Métissage de Lac-Mégantic jusqu’au 15 septembre, peut être qualifiée d’œuvre fétiche de l’artiste.

« J’ai été très touché par ce qui est arrivé à Lac-Mégantic le 6 juillet 2013. La veille, à la fin de l’après-midi, sur la route 210 de Birchton, à Cookshire-Eaton où je réside, nous avons regardé passer à basse vitesse le long convoi de wagons-citernes de pétrole, ma femme, mon fils et moi, dans notre auto qui était la première de la filée devant le passage à niveau. Quand nous avons vu, le lendemain aux nouvelles à la télé, ce qui est arrivé à Lac-Mégantic, nous savions que nous avions vu de près le train de la mort. Nous en avions des frissons d’horreur… », raconte M. Péloquin.

Il a décidé qu’une de ses œuvres en témoignerait. Il s’agit d’un poisson préhistorique qu’il a baptisé Coelacanth, qui a peu évolué depuis 350 millions d’années!

« Ma sculpture part du point de vue d’un poisson qui se cache dans les profondeurs d’un lac, qui monte vers la surface en feu et qui se fait brûler le dessus du corps. On voit qu’il y manque des écailles, il a frit, car il est monté trop vite, pris par sa propre curiosité. Il a été récupéré, encore vivant, par un humain qui, par compassion, lui a ajouté une hélice, à l’arrière pour lui permettre de se déplacer à nouveau! » décrit-il.

« Cette histoire tragique et romancée a été inspirée d’une visite des lieux, à Lac-Mégantic, pour faire du repérage d’artiste. Il y avait encore des odeurs de pétrole et des morceaux de métal. C’est ma raison pour exposer à la Galerie Métissage, en hommage aux pauvres gens qui ont été victimes de cette terrible catastrophe », avoue Robert Péloquin. 

« Mon poisson a retrouvé son chemin vers Lac-Mégantic. Un jour, après l’exposition, j’aimerais que le poisson revienne en permanence à Lac-Mégantic, exposé à l’extérieur, peut-être près du lac… »

Le centre-ville de Lac-Mégantic a déjà des allures de galerie d’art à ciel ouvert, avec les 47 sculptures monumentales installées dans un sentier culturel. « J’aurais d’ailleurs aimé participer aux symposiums donnant la vie à ces sculptures monumentales, mais j’étais trop tard pour les inscriptions », déplore-t-il.

Le sculpteur sur métal et pierre Robert Péloquin commence à être connu en Estrie, d’abord comme artiste du verre, puis restaurateur de vitraux. Son atelier, où il a toute facilité de créer des œuvres monumentales, est situé à Cookshire-Eaton, secteur Birchton. Ses œuvres sont distribuées et installées un peu partout au Canada et aux États-Unis.

À Cookshire-Eaton

Robert Péloquin a déjà deux sculptures monumentales installées à Cookshire-Eaton, sur le coin des rues Principale et Craig, devant la Maison de la culture Henry-Pope et la galerie d’art locale. La première sculpture, baptisée Stretching Times, a donné lieu à la devise de Cookshire-Eaton, « Ici on étire le temps ».

La deuxième, confectionnée de métal et de granit, s’intitule L’Arbre de vie. Elle a été érigée en 2010 et illustrée par un poème très touchant, qu’on peut lire sur un petit panneau, au sujet de la nature et de l’arrivée des pionniers qui ont colonisé la région : « … les roues cerclées de fer des premiers colons qui enfoncent dans la terre les glands éparpillés sur le sol. Ce sont de majestueux chênes centenaires aujourd’hui ».

Il a d’ailleurs un certain nombre de sculptures installées un peu partout au Canada et aux États-Unis. « Je suis impliqué dans le domaine des arts et comme sculpteur depuis une dizaine d’années. J’ai participé à des concours et exposé surtout dans de petites galeries, à Stanstead, entre autres. »

Parmi ses projets actuels, la création d’une sculpture monumentale qu’il remettra aux propriétaires de la microbrasserie 11 comtés, pour les remercier de lui avoir refilé les nombreux cadres de métal de protection qui entouraient les immenses cuves d’acier inoxydable qui ont fait le voyage en provenance d’Asie jusqu’à Cookshire-Eaton, pour leurs activités de brasseurs.

Il vise éventuellement exposer à Montréal et à Toronto, histoire de se faire connaître. « J’ai déjà sur papier tous les thèmes des œuvres qui serviront à ce projet qui me tient à cœur! »

Né à Winnipeg d’une famille francophone, il a fait toutes ses études en anglais. Dès l’âge de 16-17 ans, il peignait des aquarelles et des peintures en acrylique.

« J’ai commencé ma carrière en réalisant du dessin médical et de la photographie pour des revues et des livres médicaux, dans un département de recherche scientifique à l’Université de Montréal. Puis j’ai découvert les Cantons-de-l’Est, j’ai voulu être transféré à l’Université de Sherbrooke et au CHUS, mais j’ai finalement acheté une terre où j’ai travaillé le verre, en devenant artiste produisant des vitraux. J’ai été chanceux, mon père, qui est décédé en bas âge, a eu le temps de me montrer beaucoup de choses. Il faisait beaucoup de recyclage, j’ai hérité de sa passion pour les métaux de seconde main, que je préfère pour mes œuvres en leur donnant une seconde vie. »