Les auteurs de la série Les Nombrils, Delaf et Dubuc, lance le 8e album intitulé Ex, drague et rock’n’ roll. Un tome « pivot » selon eux.

Tome 8 des Nombrils : une dynamique « complètement inversée »

Le trio infernal est de retour. Karine, Vicky et Jenny poursuivent leurs aventures dans le tome 8 de la très populaire série Les Nombrils. Est-ce que la soudaine célébrité de Karine viendra changer les choses à tout jamais? La réponse, ou pas, dans Ex, drague et rock ‘n’ roll, qui, selon les auteurs Delaf et Dubuc, met la table pour la fin.

« La dynamique est complètement inversée, confirme Maryse Dubuc. Le personnage de Karine a toujours été la bonne petite fille qui se laisse un peu taper dessus par les deux autres, mais dans cet album, on la voit faire des choix qui sont complètement à l’inverse d’avant, parce qu’elle a touché à la célébrité et il y a quelque chose qui lui plaît là-dedans. Est-ce qu’elle devient un personnage méchant? C’est ce qu’on aborde. C’est un album important pour la série. »

« Ce qui nous excitait avec cette idée, c’est que Jenny et Vicky sont les deux reines de l’école depuis le début, ajoute Marc Delafontaine alias Delaf. Elles jouissent d’une célébrité assez incroyable, mais confinée à l’intérieur de l’école. On s’est demandé ce qui arriverait si Karine devenait une vraie célébrité qui éclipse complètement les deux autres. »

Si les personnages et l’histoire ont énormément évolué depuis le premier tome publié en 2006, la façon de raconter, soit une page pour une blague, reste sensiblement la même pour les deux auteurs de North Hatley.

« Depuis le tome 4 ou 5, on écrit une histoire et on la décline en gags, explique Dubuc. L’histoire prend donc le dessus. Les pages du tome sont prépubliées dans le magazine Spirou en Belgique à raison d’une par semaine. Elles doivent donc être satisfaisantes en elles-mêmes, mais aussi servir à faire avancer l’histoire. On a deux types de lecteurs : ceux qui lisent une page chaque semaine et qui voient un peu moins l’histoire et ceux qui le lisent en tome et pour qui les gags passent peut-être en arrière-plan. »

Sept versions

S’ils s’entendent pour dire que le tome 8 a été relativement facile à écrire, Delaf et Dubuc ont dû retourner à la planche à dessin plus d’une fois, sept en fait.

« La version retenue est la 7.9.3 », lance Delaf en riant.

« Nos versions 1, 2 et 3, ce n’est pas qu’on ne les aimait pas, mais elles auraient nécessité 72 pages, admet Dubuc. On coupe, coupe et coupe encore pour les faire entrer en 44 pages et on regarde ce qui reste et ça ne se tient simplement plus. Il y a trop de trous et il manque les justifications pour les événements. Ça oblige à refaire des versions en se concentrant sur notre objectif principal et en oubliant les autres. On peut partir d’une version où un personnage meurt et finir avec complètement autre chose. »

Le grand défi de Delaf et Dubuc est le manque d’espace. Même les pages de garde sont utilisées pour un résumé des personnages et de la relation qu’ils entretiennent entre eux. « Chaque mot est soupesé », souligne Dubuc. 

La fin approche

Au risque de briser le cœur de centaines de milliers de lecteurs, les aventures des Nombrils auront une fin et celle-ci est prévue plus tôt que tard.

« On n’aura pas 32 tomes, indique Dubuc. Un jour, on va faire autre chose. On n’est pas encore certain, parce que ce n’est pas écrit, mais on a toujours envisagé une dizaine d’albums. Regardez les séries télé qui n’en finissent plus : on décroche. »

Même s’il se termine sur un cliff-
hanger, à l’instar des autres tomes, Ex, drague et rock ‘n’ roll est un « album pivot » qui met justement la table pour une éventuelle fin. Mais celle-ci n’est pas pour demain, rassure Delaf : « On n’a pas fait le tour, il reste encore des événements majeurs. »

Ex, drague et rock ‘n’ roll est en vente dans toute la francophonie et en version numérique via la plateforme Izneo. L’album est également traduit en néerlandais.

Plus populaire en Europe

Delaf et Dubuc l’avouent sans gêne : leur série Les Nombrils est plus populaire en Europe qu’au Québec. Ici, la bande dessinée est toutefois en ascension selon eux.

« Au Québec, on part de rien. Il y a 20 ans, on se faisait dire que ce n’étaient pas de vrais livres, signale Maryse Dubuc. Maintenant, il y a une nouvelle génération de professeurs, de directeurs d’école et de bibliothécaires qui sont plus ouverts parce qu’ils en ont lu quand ils étaient petits. Ils se rendent compte que c’est vraiment un type de lecture valable et que ce n’est pas parce que tu lis de la BD que tu ne lis pas de romans. Nous avons maintenant plein d’auteurs, d’éditeurs, de festivals et même un baccalauréat à l’Université du Québec en Outaouais. Mais en Europe, ça fait vraiment partie de la culture. »

Les Nombrils, c’est un peu plus de deux millions d’exemplaires vendus à travers la francophonie. Le tome 8 est tiré à 160 000 copies. À titre de comparaison, le tome 1 avait été tiré à 26 000 exemplaires en 2006.

La bande dessinée, tout comme le livre, a toutefois déjà connu de meilleurs jours.

« Avant, lorsque tu vendais 10 000 copies pour une bande dessinée, les éditeurs te boudaient et ils ne voulaient pas de toi, explique Marc Delafontaine. Maintenant, tu vends 10 000 et les éditeurs s’arrachent ta BD. Donc, 160 000, c’est un très gros tirage. »

Le nombre grandissant de BD sur le marché est également en train de devenir un enjeu selon Delaf.

« On a longtemps parlé de surproduction. C’est un débat. Il y a 25 ou 30 ans, il y avait 500 nouvelles BD par année. Maintenant, il y en a 6000. Les libraires sont débordés. Ils reçoivent des caisses de livre et, parfois, ils ne les ouvrent même pas. »

« Il commence à y avoir du piratage, même très peu de temps après la sortie, renchérit Dubuc. Nos albums se trouvent même en anglais sur l’internet alors qu’on ne les traduit pas... Une des difficultés de la BD, c’est que ça coûte cher à produire. C’est du beau papier, c’est imprimé en couleur, c’est cartonné et ça se vend moins cher qu’un roman. Les marges pour l’éditeur sont beaucoup plus réduites. »