L’équipe de Toc toc se compose de Diane Lavallée, Noémie O’Farrell, Martin Laroche, Jean-Pierre Chartrand, Pierre-François Legendre (metteur en scène), Marie-Claude Saint-Laurent et Marcel Leboeuf. Absente : Tammy Verge.

Tocs en stock

Après avoir risqué un spectacle inédit au Québec l’an dernier avec Sylvia, comédie romantique créée en 1995 à Broadway, les Productions Monarque, nouveau nom des Projets de la Meute d’André Robitaille et de Mario Provencher (voir encadré), retournent aux valeurs sûres avec Toc toc de Laurent Baffie, qui avait obtenu un énorme succès entre 2007 et 2010 lorsqu’elle avait été montée par Juste pour rire, avec notamment Marcel Leboeuf, Edgar Fruitier et Pascale Montpetit.

« Nous avons jugé que le public était mûr pour un retour », estime André Robitaille, qui est allé recruter une équipe flambant neuve et un metteur en scène tout frais en la personne de Pierre-François Legendre. Seule exception : Marcel Leboeuf, qui reprend le même rôle de « toqué », celui qui est obsédé par les chiffres.

« Marcel fait vraiment partie de la famille de Monarque. C’est un gars important pour la compagnie. De le réunir avec Diane Lavallée [son ex-conjointe et mère de leur fille Laurence Leboeuf] sur la même scène, je trouvais ça sympathique », dit André Robitaille à propos de son ami qui lui a donné la réplique dans Le dîner de cons (2014-2015), en plus de jouer dans L’emmerdeur (2016) et Sylvia (2017).

« Chez Monarque, on préfère les spectacles qui imposent une bonne performance d’acteurs, poursuit l’animateur-producteur. On aime ça quand les comédiens mouillent leur chemise. Et Toc toc est une pièce où chaque membre de la distribution a son numéro à faire. Ce n’est pas un texte avec deux personnages principaux et les autres qui les mettent en valeur. C’est un spectacle qui fait beaucoup rire et qui s’inscrit socialement : les troubles obsessionnels compulsifs [TOC], on en entend parler beaucoup plus qu’avant. »

Dans Toc toc, six personnes atteintes d’un TOC se retrouvent dans la salle d’attente d’un psychiatre, mais ce dernier étant en retard selon son assistante (Marie-Claude Saint-Laurent), elles finissent par se confier les unes aux autres : il y a le septuagénaire vivant avec le syndrome de Gilles de la Tourette et hurlant involontairement les pires vulgarités (Jean-Pierre Chartrand), celle qui doit tout vérifier et revérifier à l’excès (Diane Lavallée), celle qui a une peur bleue des germes et microbes (Tammy Verge), celui qui craint de marcher sur une ligne (Martin Laroche), celle qui ne peut s’empêcher de tout dire deux fois (Noémie O’Farrell)... Les six patients finiront par se lancer des défis pour tenter de maîtriser leur TOC, ce qui créera quelques frictions...

Remonter sans paranoïa

Coup de foudre d’André Robitaille quand il a joué dans L’emmerdeur, Pierre-François Legendre s’est vu engager comme metteur en scène. Cette fonction occupe d’ailleurs un espace croissant dans l’agenda du comédien. Il en avait fait un peu à Québec avant de partir pour Montréal, jusqu’à ce que les Denis Drolet lui demandent de monter avec eux leur spectacle Comme du monde, ce qui lui a même valu un Olivier. Suivirent les spectacles de Mario Jean, Mario Tessier, Michel Barrette et Yves P. Pelletier, avec quelques pièces de théâtre, des galas Juste pour rire, sans oublier la mise en scène des Olivier en 2013.

« Peut-être qu’on a fini par me le demander parce que, quand je travaille comme acteur, je ne me suis jamais gêné de faire des suggestions (tout en respectant la décision ultime du metteur en scène, je ne vais pas grommeler si on me dit non). Je connaissais Toc toc pour avoir vu la pièce il y a huit ou neuf ans. J’ai vite pensé que je pourrais avoir du fun. »

Il lui a évidemment fallu se détacher de la version précédente. « Mais mon souvenir n’était pas assez précis pour en devenir paranoïaque. Ce qui était drôle, c’est que, chaque fois qu’il me faisait une suggestion, Marcel Leboeuf se dépêchait de me dire que ce n’était pas dans l’autre show! » raconte-t-il en souriant.

Pierre-François Legendre a toutefois donné un grand coup de balai dans la scénographie. « Avec Marc Senécal, on a transposé la salle d’attente (presque toujours être installée dans un appartement bien tenu) dans un décor impressionnant, presque inquiétant, qui pourrait représenter les méandres de l’esprit pour ces personnes ordinaires aux prises avec des problèmes extraordinaires. »

« Mais André a raison : ce sont de grosses partitions d’acteurs. Après 20 minutes, les six se retrouvent ensemble sur scène. La pire chose à faire dans ce contexte serait d’imposer ma vision. Chacun doit trouver son affaire. C’est même mieux de se laisser surprendre! Ma position se situe quelque part entre bien les encadrer et les lâcher lousses. »

ArithmomanIe

Bien qu’il reprenne exactement le même personnage d’arithmomane (il était soit trop vieux, soit trop jeune pour enfiler un des deux autres rôles masculins), Marcel Leboeuf a accepté immédiatement de remonter dans l’aventure.

« Parce que j’ai joué cette pièce pendant trois ans, je sais qu’elle marche, qu’elle est amusante à faire, qu’on s’attache à son propre personnage. Elle est difficile à répéter, mais une fois qu’on va la posséder, on va avoir un plaisir fou. Ça a une certaine valeur dans ce métier, souvent fait de deuils et de risques. Ça ne veut pas dire qu’on travaille moins fort, même si j’ai de petites longueurs d’avance », d’expliquer le comédien, qui a retrouvé avec joie son rôle de chauffeur de taxi un peu brusque, bousculant les autres et déclenchant les conflits au sein du groupe. « Le genre de gars qui devrait souvent réfléchir avant de parler. »

Marcel Leboeuf n’a pas eu à combattre d’anciens réflexes d’il y a onze ans. « Ça aurait pu arriver, parce que c’est vrai qu’il y a beaucoup de Marcel dans ce personnage-là. La seule crainte que j’avais, c’était de ne pas avoir une aussi belle gang qu’en 2007. Force est d’admettre que j’ai trouvé une autre gang formidable. Pierre-François est quelqu’un qui dirige bien, qui donne envie d’aller plus loin. Je vis donc le moment présent, pas le passé. »

Edgar Fruitier et Marcel Leboeuf dans la version de Toc toc présentée de 2007 à 2010.

Le poteau du métro

Quant à Tammy Verge, c’est complètement vierge qu’elle a enfilé les souliers de Blanche, la nosophobe du groupe.

« Je n’ai pas vu la version de 2007, mais ça n’a pas été trop difficile d’incarner Blanche, parce que j’ai un peu cette obsession de la propreté en moi. Si je touche le poteau dans le métro, tu peux être sûr que je ne me frotterai pas les yeux avant d’avoir trouvé un robinet. Quand les enfants rentrent à la maison, c’est le lavage de mains tout de suite. »

Sollicitée par Pierre-François Legendre sur le plateau du Tricheur, l’actrice également animatrice à la radio a tout de même pris un temps de réflexion. « L’été, pour moi, c’est ma période de congé, mais je connais bien Pierre-François (j’ai fait beaucoup d’impro avec lui à Québec), alors j’ai accepté. Pour moi, travailler avec un ami, ça a son pesant d’or. C’est 50 pour cent de la décision. »

D’autant plus que « Ledge » (surnom de Pierre-François) comprend son processus de création de personnages, soit celui d’explorer jusqu’à la dernière minute. « Il m’est arrivé de trouver l’accent de mon rôle deux jours avant la générale. Comme je suis une fille d’impro, ça ne me stresse pas de me poser des questions jusqu’à la fin, pour être sûre d’avoir pris les meilleures décisions. Je suis faite comme ça. Et Ledge est d’accord avec ça. »

Et il semble que le public a bien hâte de retrouver les personnages de Toc toc. « C’est notre prévente au guichet la plus forte depuis notre arrivée à Drummondville en 2015. Ça nous sécurise. Je pense que nos années antérieures finissent par payer », conclut André Robitaille.

Du loup au papillon

Pour être certains que personne n’associe les Projets de la Meute au groupe d’extrême-droite qui fait la manchette depuis un an ou deux, André Robitaille et Mario Provencher ont préféré rebaptiser leur compagnie. Ils ont opté pour le monarque, un papillon qui migre en bandes, telle une troupe d’acteurs qui part en tournée. Pour les deux producteurs, il est essentiel que leurs spectacles se promènent partout au Québec.

« J’aimais le nom de la Meute, pour l’idée de regroupement et de solidarité, mais ça a l’air qu’il y a d’autres gens à Québec qui l’ont aimé aussi, avec d’autres ambitions que les nôtres, commente André Robitaille. Naïvement, je croyais que ce ne serait qu’un feu de paille, mais aujourd’hui, Mario et moi n’étions plus à l’aise avec cette comparaison potentielle. N’importe qui aurait voulu s’éloigner de ces individus. C’est juste le gros bon sens. Nous avons aussi choisi le papillon parce qu’un coup d’aile peut changer la vie des gens ou, du moins, leur donner un break de deux heures dans leur semaine. Ça, c’est mon petit côté romantico-prétentieux. »

Vous voulez y aller ?

Toc toc
Du 13 juillet au 25 août
Maison des arts Desjardins
Entrée : 50 $ (étudiants : 25 $)