L’artiste-médiatrice Gabrielle Bélanger a chapeauté l’exposition intergénérationnelle Tisser/Texter, laquelle réunit le fruit du travail conjoint du Cercle des fermières de Brompton, de l’École secondaire Brompton et de la Maison des jeunes l’Intervalle. Les œuvres cocréées sont présentées à la Maison des arts et de la culture de Brompton jusqu’au 18 février.

Tisser des liens, créer une expo

C’est une expo pas comme les autres. On le voit au résultat qui se déploie sur les deux étages de la Maison des arts et de la culture de Brompton. On le sait à la démarche qui la sous-tend. Le projet de médiation et de création intergénérationnel piloté par l’artiste Gabrielle Bélanger a permis de tisser beaucoup plus que des œuvres. Il a aussi tressé des liens.

« L’élan derrière ce projet, c’était vraiment de créer des ponts entre des personnes de différentes générations, explique Mme Bélanger. Dès le départ, j’ai souhaité mettre en relation des gestes qui appartiennent à chacune de ces générations et qui se répondent au-delà du temps. »

D’où le titre Tisser/Texter. D’où, aussi, les différents espaces d’exposition où s’amalgament des œuvres diversifiées, fruits du travail conjoint du Cercle des fermières de Brompton, de l’École secondaire Brompton et de la Maison des jeunes l’Intervalle.

Savoir-faire traditionnel et techniques d’art actuel se croisent dans l’exposition à laquelle une soixantaine de citoyens de tous âges de la communauté bromptonvilloise ont mis leur griffe. L’estampe, la sérigraphie, la photographie, la peinture, le cyanotype et le tricot sont quelques-unes des voies créatives qui ont été empruntées par les participants au fil de l’aventure artistique.

« La matière première d’une exposition comme celle-là est vraiment humaine. C’est ce qui me touche le plus, je pense, dans pareille démarche. Le geste de créer devient ensuite un moyen de partager quelque chose, un moment autant qu’un propos », exprime l’artiste-médiatrice de Québec, qui a passé un mois en Estrie pour mener le projet à bien.

Pendant sa résidence dans les Cantons, celle-ci avait son atelier au cœur de l’école secondaire de Brompton. « Les jeunes pouvaient passer à l’heure du midi, par exemple. Cette proximité était inspirante pour moi, et riche de possibles créatifs pour eux. »

Le Cercle des fermières avait ses locaux à deux pas. Littéralement.

« Tout ça a bien sûr facilité les échanges. Un midi, par exemple, une élève a manifesté l’envie d’en savoir plus sur le Cercle des fermières. Elle voulait apprendre à tricoter et peut-être se joindre au groupe. On a juste eu à traverser de l’autre côté pour qu’elle trouve des réponses à ses questions. »

Riches échanges, liens précieux

Les échanges, riches et variés, ont ponctué toute la démarche. D’emblée, l’artiste-médiatrice de 31 ans a voulu provoquer la rencontre et stimuler la conversation entre tous. Elle a par exemple orchestré un tisse-dating, pendant lequel élèves et fermières conversaient ensemble à partir de questions ouvertes (et fournies au préalable). Les réponses des unes et des autres composent d’ailleurs un tableau de l’exposition, tableau où des extraits de ces discussions sont imprimés sur des gabarits de téléphones intelligents en plexiglas.

« Moi, je n’ai pas de cellulaire. À vrai dire, c’est un outil dont je ne veux pas. Mais cet exercice m’a permis de comprendre l’importance de celui-ci pour les jeunes. Au terme de l’activité, Micheline, l’une des fermières, m’a dit : "Les jeunes sont vraiment vifs d’esprit, ça débobine dans leur tête!" J’ai trouvé l’image porteuse, elle a teinté la suite. On a d’ailleurs réutilisé l’image de la bobine, et l’objet comme tel, au fil de l’exposition. »

Celle-ci rassemble différentes œuvres qui s’imbriquent et se font écho. Il y a par exemple ces photographies (signées Yves Harnois) imprimées sur de larges pans tissés qui racontent les rencontres. Il y a ces installations qui témoignent çà et là du parcours créatif. Il y a ces selfies à débobiner, ces coffres à crayons dans lesquels fouiller, ces bancs recouverts de tricot. Et il y a l’imposant métier à tisser, témoin du geste répété de celles qui nous ont précédés.

Plus qu’un linge à vaisselle

« Quand on s’arrête et qu’on regarde cette machine de bois, on réalise à quel point le linge à vaisselle fabriqué à la main était plus qu’un simple linge à vaisselle. C’est très touchant », souligne l’artiste, qui a aussi une formation en travail social.

« Dans ma pratique artistique, je travaille beaucoup avec les milieux communautaires, il y a toujours une dimension sociale à mes projets », note celle qui, ces dernières années, a créé autant avec la communauté rurale de Kalkeri, en Inde, qu’avec les sans-abris de la région de Québec. Son site web, gabriellebelangerart.wordpress.com, permet d’en savoir plus sur ses projets et sa démarche.

Tisser/Texter est une expo intergénérationnelle qui émane du projet collectif VitaCité, développé dans cinq centres culturels d’arrondissement en partenariat avec la Ville de Sherbrooke, le ministère de la Culture et des Communications et l’organisme Cultures du cœur.

Vous voulez y aller?
Tisser/Texter
Maison des arts et de la culture de Brompton
Jusqu’au 18 février