Quelque 500 personnes se sont laissé envoûter par Tire le coyote hier soir au Théâtre Granada. Le chanteur sera à Tout le monde en parle demain soir.

Tire le coyote hypnotise le Granada

CRITIQUE / Avec Tire le coyote, on peut facilement parler d’envoûtement. Comment expliquer qu’un nombre sans cesse croissant de mélomanes (environ 500 hier soir au Théâtre Granada), dans un remarquable mélange de générations, succombent à sa voix de canidé mélancolique et blessé?

C’est qu’outre le lyrisme de cette voix que plusieurs finissent par étreindre, il y a surtout cet auteur qui sait merveilleusement coller sa langue foisonnante, en français, sur des musiques typiquement nord-américaines (folk, blues, country, rock). C’est surtout ça, la magie Tire le coyote, et elle a fait pleinement effet lors de cette prestation aux qualités multiples : humble et débordante, dosée et emportée, émouvante et réjouissante.

Et de grand apparat, pourrait-on ajouter, le public sherbrookois ayant bénéficié d’un spectacle à six musiciens, le guitariste Simon Pedneault, coréalisateur de Désherbage (plus récent opus de sieur Coyote), n’étant pas toujours de la partie (il accompagne aussi Patrice Michaud). Cela a donné des moments d’une belle ampleur, le chanteur arrachant plusieurs fois son étiquette folk country pour prendre celle du rockeur, sans pour autant éclipser les touchants instants de dénuement extrême.

Le spectacle a d’ailleurs commencé en douceur par un « feu de camp inversé » sur Pouvoirs de glace : Tire (Benoît Pinette pour les intimes) et ses deux guitaristes autour du micro, en dessous (et non au-dessus) de la lumière d’un seul projecteur, livrant la chanson de façon presque identique à l’album. C’est l’avantage des disques enregistrés en direct : on peut plus facilement les reproduire sur scène.

Euphorique complicité

Ce qui ne veut pas dire que la bande ne s’est permis aucune fantaisie. Désherbage est justement un album où le Fleurimontois d’origine a laissé beaucoup de terrain à ses musiciens. Cet espace de liberté est non seulement resté, mais il donne droit à d’euphoriques moments de complicité et d’improvisation, tel l’emballant duel de guitares électriques dans Confetti, l’introduction à Chainsaw, ou ce deuxième feu de camp dans La fille de Kamouraska, cette fois en sextuor (oui, oui, même le pianiste et claviériste Vincent Gagnon était de la partie, avec son famélique et drolatique Casio). Bref, une belle gang de gars.

La mèche hirsute, armé de sa guitare et de son harmonica, Tire le coyote a livré parfaitement ses montagnes russes d’émotions, de la douloureuse L’âge d’or vaut rien à l’irrésistible Moisonneuse batteuse, de la révoltante Jésus à la berçante Jeu vidéo.

Un peu surprenant que la chanson-titre de Désherbage n’ait pas trouvé sa place dans le programme, mais on ne peut pas dire que la feuille de route du spectacle manquait de cohésion, l’artiste ayant retenu les plus belles perles de ses trois albums précédents.

Fervent amateur de poésie, le chanteur invite à chaque spectacle un poète local pour lui confier le retour de l’entracte. C’est Mathieu K. Blais, auteur du recueil Tabloïd, qui est venu lire un de ses textes où les oiseaux servent de métaphore à une sorte de déliquescence flirtant malheureusement avec la banalité. Le public a chaudement applaudi ce texte ironique et dérangeant de lucidité.