Xavier Dolan avant la projection de «The Death and Life of John H. Donovan», lundi, à Toronto.

TIFF: accueil mitigé pour le premier Dolan en anglais

TORONTO — Le réalisateur québécois Xavier Dolan a fait ses débuts en langue anglaise lundi avec la présentation au Festival de Toronto, en première mondiale, de son très attendu septième long-métrage, «The Death and Life of John F. Donovan» («Ma vie avec John F. Donovan»).

Le film, servi par un casting de vedettes comme Susan Sarandon, Natalie Portman et Kit Harington (Le trône de fer), aurait dû être présenté au dernier Festival de Cannes, qui a récompensé Mommy ou Juste la fin du monde quelques années plus tôt. Il a finalement été retiré de l’affiche, le montage n’étant pas terminé.

Dolan avait annoncé en février qu’il avait dû couper à regret le personnage de «méchante», jouée par l’actrice américaine Jessica Chastain, officiellement parce qu’elle s’insérait mal dans l’histoire. Le film est passé de quatre heures à un peu moins de deux heures.

Sur le tapis rouge lundi, Dolan, 29 ans, n’est pas revenu sur la difficile gestation du film ni sur le choix de faire son premier opus en anglais. Il ne s’est pas adressé aux journalistes, laissant à ses acteurs le soin de répondre aux questions.

«Ça parle de l’industrie du spectacle, d’Hollywood», a expliqué Kit Harington. «De plus, il voulait travailler avec certains acteurs qui ne parlaient pas français donc vous savez, à l’arrivée il a choisi de faire un film en anglais».

Le film raconte l’histoire d’un jeune acteur, Rupert Turner qui se remémore sa correspondance avec une ancienne vedette américaine de la télévision une décennie plus tôt. Il raconte la vie compliquée de l’acteur, les compromis que ce dernier a dû faire pour accéder à la notoriété, mais également sa tendresse et sa générosité envers l’enfant qu’il était, et les conséquences sur sa propre vie.

C’est la première fois que le jeune prodige québécois présente un film au Festival international de Toronto (TIFF), principale manifestation du genre en Amérique du Nord, souvent considérée comme un tremplin vers les Oscars américains. Dolan y apparaît également pour un rôle secondaire dans le film Boy erased, histoire d’un adolescent gai forcé de subir une thérapie.

Lors d’une entrevue accordée dimanche au Devoir, Dolan reconnaissait être plus absorbé par le tournage en cours de son prochain long-métrage (en français), Matthias et Maxime, que par les débuts de son film à Toronto.

«Je suis tellement heureux sur ce plateau que mon coeur n’est pas complètement ici [au festival de Toronto]», a-t-il confié à la journaliste du Devoir. «La finalité d’un film se nourrit aussi de la créativité d’un autre. Tourner me permet de conserver une distance émotive. Toronto constitue une plateforme de business sans pareille et un marché énorme, mais le temps a fait son oeuvre sur ce film-là...»

Natalie Portman lors de son passage au TIFF vendredi

Critiques partagées

Si le premier lot de critiques est attendu à partir de mardi, plusieurs médias canadiens ont livré leur verdict, mitigé, dès lundi soir.

Malgré un budget de plus de 35 millions $ et une distribution impressionnante, «le résultat n’est pas à la hauteur des espoirs suscités», tranche Radio-Canada sous le titre «Le faux pas de Xavier Dolan».

«Dès les premières minutes, on sent la dissonance: la magie n’est pas au rendez-vous», estime la critique de Radio-Canada.

Le Devoir livre un avis plus partagé. «Sans avoir signé son meilleur opus malgré ce gros budget, Xavier Dolan y a exploré une voie nouvelle en se délestant aussi d’effets et d’affects trop collés à son nom pour ne pas devenir des boulets, mais on s’ennuie de ses fulgurances».

Même sentiment pour La Presse: «Le premier film anglophone de Xavier Dolan n’est pas son meilleur. Mais il n’est pas non plus le désastre appréhendé», nuance son critique.

Aucune date de sortie dans les salles n’a encore été annoncée pour The Death and Life of John F. Donovan.